La Turquie s’interroge sur la coopération entre Assad et Daech

Manifestation anti-Bachar Al-Assad. Berlin, juin 2013. [Joel Schalit/Flickr]

« Le manque d’autorité en Syrie est à l’origine du problème Daech » estime Osman Sert, porte-parole du Premier ministre turc, dans une interview à EURACTIV.

Osman Sert est le porte-parole du premier ministre turc, Ahmet Davuto?lu.

Est-il réaliste de penser que Moscou va maintenir son projet de Turkish Stream ? Depuis sa première annonce, il n’y a eu aucune évolution.

Tout le monde sait maintenant qu’il y a un problème entre la Turquie et la Russie, et ce, à cause de l’avion de combat russe qui a été abattu car il violait l’espace aérien turc. Avant cet incident, nous avions prévenu la Russie à plusieurs reprises qu’elle ne devait pas violer nos frontières.

Quoi qu’il en soit, nous devons tous nous concentrer pour combattre la menace que représente Daech, pour assurer l’avenir de la Syrie et chercher une solution à l’actuelle crise des réfugiés. Si nous échouons, Daech pourra répandre son idéologie haineuse.

Il faut du temps pour mettre en place de tels projets énergétiques. Dans mes souvenirs, le projet Blue Stream [gazoduc entre la Russie et la partie asiatique de la Turquie, via la mer Noire] a mis de nombreuses années à se concrétiser. Tous les projets entre la Turquie et la Russie sont sur la table, sauf si une des parties annule.

Du moins pour le moment, connaissant la psychologie des deux pays, nous devrions faire preuve de patience pour discuter de tels projets à long terme.

Pensez-vous prendre une initiative à échelle gouvernementale pour désamorcer les tensions avec la Russie ?

Nous ne voulons pas que la situation se dégrade. Nous avons déjà déclaré que nous étions prêts à tout type de dialogue avec les Russes. Malheureusement, à l’exception d’une réunion entre les bureaux des affaires étrangères russe et turc, nos appels sont restés sans réponse du côté russe. Depuis le début, la Turquie est prête au dialogue pour clarifier les évènements qui se sont déroulés à nos frontières.

Peut-être avez-vous vu les photos du pilote russe qui a perdu la vie. Il a eu droit à une cérémonie militaire respectueuse, à laquelle ont participé de hauts représentants de l’armée russe et turque, avant que son corps soit remis à la Russie. Cela démontre bien l’approche adoptée par la Turquie.

Le président américain, Barack Obama, a récemment demandé à Ankara de fermer les quelque 95 kilomètres de sa frontière commune avec la Syrie, qui est le dernier lieu de passage des combattants de Daech. Qu’en pensez-vous ?

Depuis le début, Ankara essaye d’empêcher les combattants de l’État islamique d’entrer dans son territoire. L’EI a déjà tué plus de 100 citoyens turcs à Ankara. Pas de doute sur cela : la Turquie fait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher Daech de pénétrer sur son territoire. Malgré notre lutte perpétuelle contre le PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan], leurs terroristes parviennent parfois à traverser la frontière turque. Cela veut-il pour autant dire que la Turquie soutient le PKK ?

Nous construisons déjà de nouveaux murs équipés de caméras et de radars à la frontière turco-syrienne pour protéger notre pays des terroristes. C’est pour notre propre sécurité, pour la sécurité de la Turquie, car Daech cible aussi la Turquie. Nous ne faisons pas cela juste parce que d’autres pays nous le demandent. Nous agissons ainsi pour protéger notre territoire et nos citoyens.

Personne ne devrait oublier que la principale cause du problème Daech est le manque d’autorité à Damas. Tant que les choses continuent comme cela, et qu’aucune autorité centrale n’est capable de contrôler le pays, des organisations comme Daech et Al Qaeda continueront d’exister. L’origine du problème Daech est Assad lui-même. Nous ne pouvons donc pas, et nous ne devons pas, coopérer avec son régime, qui est responsable de milliers de morts et du déplacement de millions de personnes.

Nos services de renseignement nous indiquent qu’Assad coopère avec Daech. Parfois le régime de Bachar Al-Assad combat des groupes d’opposition, puis les combattants de l’EI s’installent dans ces endroits. Le régime d’Assad est la raison de l’existence de Daech.

Lors du sommet UE-Turquie, le Premier ministre, Ahmet Davuto?lu a déclaré espérer la réunification de Chypre dans un avenir proche. Pourquoi le gouvernement turc est-il si optimiste ?

Nous essayons toujours d’être optimistes sur la résolution de la question chypriote. Nous soutenons tout type d’initiatives. Les deux parties de l’île savent que faire pour résoudre le problème. La seule chose qui manquait jusqu’à présent était la volonté politique.

Aujourd’hui, nous voyons cette volonté politique dans le nord de l’île, et, du côté turc, elle a toujours été présente. Le fait est que le gouvernement grec et le gouvernement turc se sont concentrés sur les élections et ont renouvelé leur mandat. Désormais ces gouvernements sont forts et nous avons au moins quatre ans devant nous pour trouver une solution.

Nous sommes confiants dans le fait que nous allons trouver une solution non seulement pour Chypre, mais aussi pour résoudre les problèmes entre la Grèce et la Turquie.

Malgré le nouvel élan dans les relations UE-Turquie depuis le dernier sommet, certains dans l’UE ne veulent toujours pas que la Turquie prenne la voie de l’Union. Le chef du Parti populaire européen (PPE) de centre droit par exemple, Manfred Weber, a récemment affirmé que son groupe politique s’opposait à une adhésion complète de la Turquie dans l’UE.

Ce qui est important pour nous c’est l’acquis communautaire de l’UE et les décisions prises par le Conseil européen jusqu’à présent vis-à-vis du processus d’adhésion de la Turquie. Selon les acquis, nous continuons notre chemin vers une adhésion complète. C’est important pour nous.

Douglas Carswell, un député UKIP, a estimé que l’UE donnait 3 milliards d’euros pour donner en échange la liberté de mouvement dans l’espace européen à 75 millions de Turcs. Voulez-vous commenter cela ?

Aujourd’hui, la Turquie accueille 2,2 millions de réfugiés syriens. Il s’agit d’une responsabilité historique vis-à-vis de nos frères et sœurs syriens. C’est une affaire humanitaire. Nous les accueillons, jusqu’à présent nous avons porté le fardeau et nous avons dépensé plus de 7 milliards d’euros de notre budget pour les réfugiés. Nous n’attendons pas qu’un jour l’UE arrive et nous rembourse cette somme.

Le problème des réfugiés n’est pas seulement turc. C’est le problème de tout un continent et si l’UE veut partager le fardeau, quel est le problème ? L’Europe contribue à un projet humanitaire, pourquoi cela déplait-il à certains Européens ?

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.