Le Kazakhstan fera pression pour un consensus sur la réforme de l’OMC

Le Kazakhstan est le premier pays d’Asie centrale à avoir conclu un accord de partenariat et de coopération renforcé avec l’UE, et le bloc est le premier partenaire commercial et investisseur au Kazakhstan. [The Qazaq Times]

Dans une interview exclusive, le ministre du Commerce et de l’Intégration du Kazakhstan, Bakhyt Sultanov, évoque la prochaine réunion ministérielle de l’OMC sous la présidence de son pays, les relations économiques entre l’UE et le Kazakhstan et la taxe carbone aux frontières.

Bakhyt Sultanov est mathématicien, ingénieur et économiste. Depuis 1994, il a occupé divers postes administratifs dans le secteur économique du Kazakhstan et il a également été maire de la capitale, Astana.

Il s’est entretenu en russe avec le rédacteur en chef d’EURACTIV, Georgi Gotev, le 17 novembre dernier.

Ma première question aux ministres en visite est la suivante : qu’est-ce qui vous a amené à Bruxelles, et qui avez-vous rencontré  ?

La semaine prochaine, notre Président, Kassym-Jomart Tokaev, se rendra à Bruxelles et visitera les institutions européennes. De nombreuses rencontres sont prévues avec des responsables politiques, mais également avec des hommes d’affaires de premier plan. Il se rendra ensuite en Suisse, où il assistera à l’ouverture de la douzième conférence ministérielle de l’OMC, qui se tiendra à Genève sous la présidence du Kazakhstan. Ma tâche consistait donc essentiellement à contribuer à la préparation de cette visite. J’ai eu des réunions avec la Commission européenne, le vice-président Valdis Dombrovskis, plusieurs eurodéputés occupant des postes à responsabilité ainsi que des représentants d’entreprises.

Le thème principal est la poursuite du développement de la coopération bilatérale. Le Kazakhstan est le premier pays d’Asie centrale à avoir conclu un accord de partenariat et de coopération renforcé (APCR ou Enhanced Partnership and Cooperation Agreement, EPCA en anglais) avec l’UE, ce qui est crucial dans ce domaine. L’UE est notre premier partenaire commercial et également le premier investisseur dans notre pays.

Nous devons tirer parti des nouveaux instruments et des meilleurs mécanismes mis en place afin de renforcer une coopération mutuellement bénéfique. Nous sommes la première économie de la région, et notre pays participe activement à toutes les initiatives régionales, y compris l’initiative des Nouvelles Routes de la Soie (Belt and Road Initiative). Nous également avons notre propre programme, Nurly Zolh, dans le cadre duquel, au cours de nos 30 années d’indépendance, nous avons construit de nouvelles routes et de nouveaux chemins de fer. Nous sommes prêts à nous développer comme plaque tournante pour assurer un transit multimodal entre les plus grandes économies, à savoir l’UE et l’Union économique eurasienne, l’Asie centrale et du Sud-Est, et la Chine.

Nous avons également consulté la Commission européenne sur les questions de changement climatique concernant l’agenda de Glasgow et l’objectif d’élimination progressive du charbon. Le Kazakhstan s’est engagé à atteindre ces objectifs, et nous avons fixé un objectif de neutralité carbone d’ici 2060. Il faut tenir compte du fait que notre pays est jeune, avec seulement 30 ans d’indépendance. Nous ne sommes qu’au début de notre développement économique. C’est pourquoi, dans nos consultations avec nos partenaires de l’UE, nous cherchons à ce que les caractéristiques de notre région et de notre pays soient prises en compte.

La douzième conférence ministérielle de l’OMC (MC12) devait se tenir du 8 au 11 juin à Nur-Sultan, capitale du Kazakhstan. La communauté internationale et l’UE, en particulier, avaient placé de grands espoirs dans cette conférence, organisée à un moment de crise pour l’organisation. Elle a toutefois été annulée à cause de la pandémie de Covid-19. Le moment est peut-être encore mieux choisi aujourd’hui avec le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche et puisque la réforme de l’OMC se fait attendre depuis longtemps. Quel est votre avis  ?

La douzième conférence ministérielle de l’OMC n’a pas été annulée mais reportée, comme vous l’avez dit, en raison de la pandémie. La conférence se tiendra à Genève, mais le Kazakhstan présidera tout de même la conférence ministérielle, qui débutera le 30 novembre. En ce qui concerne les restrictions liées à la Covid-19, la participation physique à cette conférence se fait selon le format « un plus un », et nous nous attendons à ce que notre chef d’État assiste à la cérémonie d’ouverture. Les détails du programme de la conférence sont en cours d’élaboration.

Outre l’issue à donner à la crise de la Covid-19, les questions abordées incluent celles discutées depuis de nombreuses années comme les subventions faussant la concurrence accordées par les membres à leurs industries, agriculteurs et pêcheurs, et bien sûr, la réforme interne de l’OMC. En tant que pays présidant la conférence, nous souhaitons parvenir à des décisions consensuelles qui seront reflétées dans le document final, à savoir la déclaration ministérielle.

Lorsque vous avez parlé de présence physique en un plus un, cela signifie que le Président et vous-même vous y renderez  ?

Non, cela signifie que les ministres du Commerce des pays membres sont conviés et qu’une autre personne peut également assister à la conférence. Le chef d’État viendra quant à lui assister à la cérémonie d’ouverture.

L’UE est un partenaire commercial et d’investissement crucial, qui représente environ la moitié du chiffre d’affaires du commerce extérieur du Kazakhstan ainsi que des investissements. Pouvez-vous nous indiquer les tendances que suit actuellement le commerce entre l’UE et le Kazakhstan, en ce compris durant la période Covid  ?

En effet, ce que vous dites est juste, mais en ce qui concerne nos exportations, il s’agit principalement de matières premières du secteur pétrolier et gazier. C’est la raison pour laquelle l’une de nos missions essentielles consiste à diversifier nos exportations et à augmenter la part des produits manufacturés dans nos exportations. Nous sommes également très intéressés par la composante climatique, et, après analyse, nous avons proposé d’inclure 140 produits supplémentaires, ce qui augmenterait le volume de nos échanges à hauteur de 1,5 milliard de dollars.

Au cours de la dernière période, la tendance était d’augmenter la part des produits manufacturés dans les exportations du Kazakhstan. À cette fin, nous nous sommes alignés sur les normes les plus élevées, c’est-à-dire les normes biologiques. L’une des questions dont nous avons discuté avec la Commission européenne concerne nos exportations de produits agricoles, qui seraient pleinement conformes aux exigences de l’UE.

Malheureusement, à l’instar de nombreux pays, la pandémie de Covid-19 a eu un impact néfaste sur nous, et nos échanges avec l’UE ont été réduits. Toutefois, nous constatons aujourd’hui un rebond spectaculaire. Nous n’avons pas encore atteint les niveaux d’avant la crise, mais nous avançons dans cette direction avec de nouveaux contacts commerciaux.

Ma question suivante concerne les pressions exercées par l’UE en faveur d’une taxe sur le carbone aux frontières. Igor Sechin, chef du géant pétrolier Rosneft, a déclaré que les taxes sur le carbone aux frontières comme celles que l’Union européenne veut mettre en place causeront des dommages bien plus importants à l’économie russe que les sanctions. Êtes-vous d’accord avec une telle déclaration  ? Que pensez-vous de la politique de l’UE en matière de taxe carbone aux frontières  ?

La réduction du carbone est extrêmement importante, et la taxe carbone frontalière est l’un des instruments qui permettront d’atteindre cette réduction. De ce fait, nous comprenons cette position. Cependant, comme nos confrères russes, nous souhaiterions que la spécificité de notre économie soit prise en compte. Notre industrialisation et celle de la Russie présentent des similarités, et il faut aussi considérer que nous sommes situés au centre du continent eurasien. Nous sommes le plus grand pays enclavé, nous avons d’énormes distances internes, et nous ne voudrions pas que nos produits perdent leur compétitivité lorsqu’ils arrivent sur le marché de l’Union européenne.

C’est pourquoi nous pensons qu’il est bénéfique de tenir des consultations permanentes et de discuter des mécanismes et des délais pour l’introduction de tels instruments.

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