«Le Kosovo remplit les conditions de l’UE pour une libéralisation des visas»

Forces de sécurité kosovares [RNW.org/Flickr]

La libéralisation des visas pour le Kosovo ne doit pas être retardée par la crise migratoire que traverse l’UE, demande Beikim Çollaku, le ministre kosovar de l’Intégration européenne.

Beikim Çollaku est le ministre kosovar de l’Intégration européenne.

L’UE est en pleine crise de l’immigration, est plus que jamais la cible du terrorisme et est aux prises avec le trafic d’armes et d’êtres humains via les Balkans, ainsi qu’avec une hausse du populisme de droite. Dans ce contexte, pourquoi devrait-elle permettre aux Kosovars de voyager dans l’UE sans visa ?

Parce que cette décision doit être fondée sur le processus de libéralisation des visas reconnu et ses conditions, pas sur les sujets qui n’ont rien à voir avec le Kosovo. Les 1,8 million de citoyens kosovars doivent être traités de manière juste par les autres pays de la région. Le Kosovo a respecté une double série de conditions fixées par l’UE. Nous gérons correctement le flux de migrants et nous participons à la lutte contre le terrorisme. Le Kosovo est très actif sur cette question.

Cinq des 28 États membres de l’UE, notamment l’Espagne et la Grèce, ne reconnaissent pas l’État kosovar. Quelles sont donc réellement vos chances de rejoindre l’UE ?

Il est vrai que cinq pays membres n’ont toujours pas reconnu le Kosovo, mais il a été confirma que notre pays et l’ensemble de la région avaient un avenir européen et je suis convaincu que nous y parviendrons en respectant les conditions d’adhésion. Quand il y a une volonté politique à l’UE, les choses se concrétisent. C’est exactement ce qu’il s’est passé cette année, quand Bruxelles a permis au Kosovo de signer son premier accord contractuel, l’accord de stabilisation et d’association. En outre, le Kosovo sera reconnu par les cinq pays en question, c’est la seule façon d’assurer l’emprise européenne sur la région.

>> Lire : La Serbie craint que l’UE contraigne la Grèce à reconnaître le Kosovo

Mais, à l’inverse, qu’est-ce que le Kosovo, un petit pays de 1,8 million d’habitants, a-t-il à offrir à l’UE ?

La taille du pays n’est pas une condition d’adhésion et ne peut être que positive dans le contexte de réformes. Le Kosovo est une pièce du puzzle des Balkans, c’est indéniable. Il contribuera donc à l’instauration de la paix, de la stabilité et de la prospérité de toute la région et, par extension, de tout le continent. L’État multiethnique du Kosovo est établi en tant qu’État à part entière et fondé sur les valeurs de liberté, de démocratie et de paix valorisées par l’UE, ses membres et tous les pays civilisés du monde.

Politiquement parlant, trouvez-vous que le Kosovo soit réellement stable ? Cette semaine, l’opposition a utilisé des grenades lacrymogènes au Parlement. Plus tôt dans l’année, le Premier ministre albanais, Edi Rama, a sous-entendu que l’Albanie pourrait un jour englober le Kosovo. Il ne s’agit pas là du type de stabilité dont jouissent les pays d’Europe occidentale.

Non, le scénario albanais n’est absolument pas réaliste. Dans notre histoire récente, nous avons tout fait pour consolider notre indépendance et développer le pays, qui avance à grands pas vers une intégration euro-Atlantique. Les défis auxquels nous sommes confrontés ne sont pas liés à cette question. Je suis d’accord que la perturbation du fonctionnement des institutions n’est pas conforme aux normes et valeurs européennes, et nous avons d’ailleurs exigé que l’opposition abandonne ce type de comportement et débatte de tous les sujets controversés selon la loi et via les institutions démocratiques.

>> Lire : Polémique sur les intentions d’unification de l’Albanie et du Kosovo

Les relations entre l’UE et la Serbie sont très tendues. Le fait d’aider le Kosovo ne les rendra-t-il pas encore plus difficiles ?

Nos deux pays se sont engagés séparément sur la voie de l’intégration européenne, mais la normalisation des relations est une condition très claire de l’UE. Pour moi, au plus tôt la Serbie reconnait la réalité de l’indépendance du Kosovo, au plus vite elle pourra rejoindre l’UE. Les autorités serbes savent d’ailleurs très bien que cette reconnaissance devra bien avoir lieu à un moment ou à un autre.

>> Lire : La reconnaissance du Kosovo fait tanguer les négociations d’adhésion de la Serbie

On dit que le Kosovo est un refuge pour les islamistes radicaux. Que fait le gouvernement de Pristina pour régler ce problème, si c’en est un ?

Je n’ai jamais vu nulle part que le Kosovo était un refuge, mais il est vrai que nous avons aussi ce problème, comme nombre de pays de l’UE. Nous soutenons la lutte internationale contre les extrémistes violents et y participons au niveau local, mais aussi via la coalition contre l’État islamique. Nous avons passé une loi contre la participation [des citoyens] à des conflits étrangers depuis longtemps. Des dizaines de personnes ont été arrêtées lors de coups de filet de grande ampleur, parfois menés en coopération avec la police de certains États de l’UE. Nous avons fait beaucoup d’efforts pour promouvoir le dialogue entre les communautés religieuses, afin de prévenir l’extrémisme violent.

En Europe, on estime souvent que le Kosovo a de gros problèmes de corruption et de crime organisé. Est-ce un stéréotype ou une réalité ?

Comme les autres pays concernés par le processus d’élargissement, le Kosovo a certains problèmes liés à l’État de droit, mais nous menons des actions spécifiques afin d’y mettre un terme. Le Kosovo a accueilli et a pleinement participé à la plus grande mission dédiée à ce sujet lancée par l’UE. Nous améliorons nos institutions afin de supprimer ce type de problèmes.

Ce n’est cependant pas un changement qui peut s’opérer du jour au lendemain. Ici encore, il y a eu de nombreuses arrestations et les institutions font leur travail, mais ces processus de réformes prennent du temps, tout simplement.

Le Monténégro vient de recevoir le feu vert pour adhérer à l’OTAN. Est-ce également une ambition de Pristina ?

Oui, l’entrée imminente du Monténégro dans l’OTAN est une bonne nouvelle. Nous faisons tout notre possible pour intégrer l’alliance le plus rapidement possible. Les citoyens du Kosovo sont très sensibles à cette question et nous faisons ce qu’il faut pour que cette aspiration se concrétise.

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