La Finlande veut d’urgence une défense européenne commune

Sauli Niinisto [Markku Ojala/EPA]

Sauli Niinistö, le président finlandais, n’est pas opposé à une politique étrangère commune, qui ferait de l’UE un véritable interlocuteur sur la scène internationale. Il expose sa vision de la sécurité à la frontière Est de l’UE à notre partenaire, Gazeta Wyborcza.

Sauli Niinistö est président de la Finlande depuis 2012 et a également été ministre des Finances. Ancien avocat, il est issu du Parti de la coalition nationale (Kok), libéral-conservateur.

Vous vous entretenez régulièrement avec le président russe, Vladimir Poutine. En juillet, la presse européenne a écrit que Moscou tentait de diviser la Finlande et l’UE.

Je ne peux pas croire que ces mots aient été prononcés. J’ai rencontré le président Poutine à de nombreuses reprises. Après tout, nous sommes voisins, nous devons être en contact. La Finlande est peut-être le pays européen le plus déterminé à maintenir les sanctions imposées à la Russie, alors qu’elles nous nuisent énormément. Comment pourrait-on parler de division ?

Avez-vous peur d’être à nouveau pris pour cible par la Russie ?

Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de Finlandais qui s’inquiètent d’une attaque russe, et moi non plus. De la même manière, je ne pense pas que la Russie s’en prendra aux pays baltes ou à la Pologne. Si Moscou étudiait théoriquement une telle offensive, ce serait le début de la Troisième Guerre mondiale. C’est un conflit que personne n’est en mesure de gagner, tout le monde y perdrait. C’est pourquoi il n’y aura pas de guerre.

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Qu’est-ce qui a changé en Finlande depuis l’annexion de la Crimée ?

Pas grand-chose. Nous avions déjà adopté d’autres solutions que la plupart des pays européens. Nous n’avons jamais considéré la paix comme acquise et permanente. C’est pourquoi, contrairement à d’autres, nous n’avons pas abandonné le service militaire. Officiellement, nous consacrons 1,3 % de notre PIB à la défense. En réalité, c’est plus, parce que nous ne comptons pas les salaires des soldats et des garde-frontières ou le service militaire dans ces dépenses. Aujourd’hui, nous renouvelons notre flotte d’avions de chasse.

Les sondages indiquent que 75 % des Finlandais sont disposés à défendre leur pays. Dans aucun autre pays en Europe vous ne trouverez de taux aussi élevé. Il est positif que les gens aient cette attitude. Ils n’ont pas peur de la guerre conventionnelle, ils s’inquiètent d’une guerre hybride.

Vous ne voulez cependant pas rejoindre l’OTAN, ce qui garantirait la sécurité de la Finlande.

Une adhésion immédiate à l’OTAN est soutenue par 25 % du pays, mais la majorité de la société finlandaise y est opposée. Cela ne signifie cependant pas que nous avons pris une décision définitive. À l’inverse de la Suède, nous ne fermons pas de porte. À l’avenir, nous pourrons toujours faire une demande d’adhésion si nous le souhaitons.

Nous coopérons activement avec l’OTAN sur les moyens militaires. Nous coopérons aussi directement avec les États-Unis. Je suis impliqué dans la politique européenne de défense depuis déjà de longues années, cela fait dix ans que nous en parlons, aujourd’hui nous voyons enfin les choses bouger.

Outre Vladimir Poutine, vous avez aussi rencontré Donald Trump cette année. Encore un homme politique qui ne fait pas l’unanimité en Europe…

En politique, il ne sert à rien de diaboliser ses partenaires.  La plupart des Européens sont parvenus à la conclusion que Donald Trump est le président des États-Unis et qu’il est nécessaire d’être en contact avec lui. En géopolitique, il faut être pragmatique. Il faut écouter tout le monde. Autant avec Vladimir Poutine qu’avec Donald Trump, j’ai pu trouver un langage commun.

Quelle est la position d’Helsinki sur les projets d’intégration européenne d’Emmanuel Macron ?

En ce qui concerne la politique de défense et de sécurité, nous soutenons ces propositions. Je pense que la Pologne a une position similaire. Je me suis entretenu avec Andrzej Duda [le président polonais] à ce sujet, il est très intéressé par les questions de sécurité, surtout dans le contexte de la région de la mer Baltique. C’est un aspect essentiel. Qu’est-ce qu’une union si elle ne peut pas protéger ses citoyens ?

Ce qui nous inquiète, c’est l’idée de mutualisation de la dette de la zone euro. Dans les années 1990, quand nous avons adopté la monnaie unique, j’étais ministre des Finances. Si les autres gouvernements européens avaient respecté les règles sur la dette à ce moment-là, nous ne devrions pas gérer aujourd’hui les problèmes économiques de l’Italie et de l’Espagne.

Emmanuel Macron se concentre surtout sur la zone euro, qui selon lui devrait devenir le cœur de l’Union européenne. Pour des pays comme la Pologne, qui n’ont pas adopté la monnaie unique, cela signifie se résigner à la périphérie.

Je ne pense pas que la zone euro pourrait être différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Elle est au centre de l’Union européenne en ce qui concerne les affaires financières, mais cela ne va pas plus loin. Si d’autres pays ne veulent pas participer à la défense commune, ils n’auront tous simplement pas à le faire. Je ne pense pas que cela brisera l’UE.

Cela dit, je ne suis pas opposé à une meilleure intégration, même si elle ne s’applique pas à tous les États membres, mais à la condition que l’union en bénéficie. Je suis sceptique quant à un budget commun à la zone euro, mais favorable à une politique étrangère commune.

L’UE est absente de conversations qui règlent les plus grands problèmes géopolitiques. Elle rate les discussions sur la Syrie, alors qu’elle est presque sa voisine. Les voix des grands pays européens, l’Allemagne, la France, la Pologne, ne seront pas écoutées si ces pays s’expriment chacun pour soi.

Que se passera-t-il si Moscou, Washington et Pékin se mettent à se parler au-dessus de nos têtes ? Nous ne pouvons pas laisser cela arriver. Nous disposons d’institutions européennes qui s’occupent d’affaires étrangères, mais il manque toujours la volonté d’agir.

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Cela fait longtemps que j’entends dire que Bruxelles devrait s’occuper de choses plus importantes que d’écrire des directives sur des broutilles. Il est peut-être temps de faire quelque chose à ce sujet ?

Je suis convaincu que quand l’UE décidera d’assurer la sécurité de ses citoyens, sa popularité croîtra. Les gens ont peur : à l’Ouest, ils craignent l’immigration, le terrorisme, dans notre partie de l’Europe, la peur de la Russie s’ajoute à cela. Quand l’Europe aura une réponse à cela, ce sera déjà un progrès.

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