Premier ministre estonien : « les consommateurs russes seront les plus touchés par les sanctions économiques »

Taavi Roivas

Taavi Rõivas [Estonian Government]

Les sanctions européennes à l’égard de la Russie auront des répercussions négatives pour les consommateurs russes, mais peu pour les producteurs alimentaires estoniens, affirme le premier ministre estonien.

Taavi Rõivas, le leader du Parti de la réforme d’Estonie, a été nommé premier ministre en mars dernier. Il a occupé le poste de ministre national des Affaires sociales pendant deux ans. À 34 ans, il est le plus jeune chef de gouvernement de l’UE. Un entretien avec Jan Pavec d’Euractiv.cz lors d’une conférence de presse à Tallinn, la capitale estonienne.

Selon vous, quelles seront les conséquences des sanctions imposées par l’UE à l’égard de la Russie ?

Il n’y aurait pas de sanctions s’il n’y avait pas l’espoir d’aboutir à un apaisement du conflit. L’objectif est de contraindre la Russie à ne plus se mêler des affaires ukrainiennes.  J’espère que Vladimir Poutine ne souhaite pas [infliger] ce type de sanction économique au peuple russe. Je suis convaincu que ce seront les consommateurs russes ordinaires qui vont souffrir le plus.

Il est à peine imaginable de voir des magasins russes sans denrées alimentaires venant de l’UE, de l’Australie et des États-Unis. Au bout du compte, les rayons seront vides, le choix sera plus restreint et les prix augmenteront probablement. Cela se passe déjà à cause de la dévaluation du rouble. Les consommateurs russes subiront fortement les décisions du président russe.

Les sanctions auront également des répercussions sur l’agriculture de nombreux États membres de l’UE. Bon nombre d’entre eux savent néanmoins depuis les années 1990 que le commerce avec la Russie pourrait générer des profits considérables mais aussi compter des risques élevés.

Nous n’imposons pas des sanctions envers la Russie pour le plaisir, nous n’avons pas le choix. La Russie n’a jamais satisfait les exigences et n’a fourni aucune explication.

Le dialogue est-il possible entre les deux camps ?

Le dialogue est toujours positif, mais nous devons garder en mémoire qu’un État s’ingère dans les affaires d’un autre pays. Vladimir Poutine a les cartes en main pour régler le conflit.

Quelle est la part d’exportations estioniennes vers la Russie ? L’Estonie va-t-elle demander une aide financière pour gérer les effets des sanctions ?

Les produits estoniens envoyés vers la Russie représentent 8,4 % de l’ensemble de notre marché à l’exportation. La Russie est notre troisième partenaire au niveau de l’exportation. Cela représente 19 % de nos denrées agricoles exportées. Mais la moitié des ces produits sont des produits alimentaires réexportées, notamment l’alcool. En somme, il s’agit de 10 % de l’ensemble des exportations agricoles et de 20 % des produits laitiers. C’est assez insignifiant.

Craignez-vous qu’une crise semblable à la crise dans l’est de l’Ukraine se produise en Estonie ?

La situation de l’Estonie est complètement différente. Nous sommes membres de l’OTAN, l’une des plus fortes alliances militaires au monde. Je ne considère pas [la Russie] comme une menace imminente, mais je pense qu’elle a soif de conquête.

Dans ce cas de figure, l’OTAN se dressera-t-elle pour défendre l’Estonie ?

Si un village situé à la frontière du territoire de l’OTAN était attaqué sans aucune représaille, ce serait la fin de l’OTAN. Personne n’aurait à nouveau confiance dans cette organisation. Je suis complètement convaincu que l’OTAN s’engage à défendre tous ses alliés avec sérieux.

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