Rebecca Harms: Oettinger a torpillé la politique d’indépendance énergétique de l’UE

Rebecca Harms [Website of Green/EFA group]

Rebecca Harms [Greens/EFA]

Günther Oettinger,  l’actuel commissaire à l’Énergie,  a torpillé les projets qui auraient pu permettre des économies d’énergie, la création d’emplois, mais aussi une action contre le changement climatique plus efficace, selon Rebecca Harms, présidente du groupe des Verts et de l’Alliance libre européenne. Une interview d’EURACTIV Pologne.

Rebecca Harms était déjà militante au sein du mouvement antinucléaire lorsqu’elle était étudiante. Elle est élue députée européenne depuis 2004.

La Russie vous a refusé l’entrée sur son territoire en tant que « persona non grata ». Pourquoi ?

Au début, il y avait un problème technique avec l’ordinateur, puis ce fut l’authenticité de mon passeport diplomatique qui a posé problème. Enfin, ce fut au tour de ma carte d’identité belge que j’ai en tant qu’eurodéputée résidente à Bruxelles. Ce qui m’a semblé étrange, étant donné que mon passeport diplomatique est allemand. Après trois heures, je me suis entendu dire que je n’avais pas l’autorisation d’entrer en Russie, et que toute tentative [allant à l’encontre de cette décision] serait considérée comme un acte criminel.

Par la suite, j’ai dû signer un document qui m’informait que j’étais considérée comme « persona non grata » en Russie. Il est par ailleurs clair que quelqu’un avait déjà préparé mon vol de retour vers Bruxelles – l’embarquement de mon avion commençait quelques minutes après la signature du document.

L’incapacité de l’Occident à prendre une action préventive et significative, mais aussi cohérente, à l’encontre de la Russie, non seulement provoque une grande frustration parmi les Européens, mais aussi alimente l’euroscepticisme.

La Pologne n’est pas la seule à être contrariée par la situation actuelle. D’ailleurs, dans ce cas, je dois reconnaître que je me sens plus polonaise qu’allemande.

J’ai souvent l’impression que même si l’UE dit soutenir l’Ukraine, dans les faits les intérêts économiques sont les plus forts, notamment en termes d’importations d’énergie.

Angela Merkel est d’une certaine façon la dirigeante de l’Europe. Êtes-vous d’accord pour dire que cette position lui donne non seulement du pouvoir, mais aussi une responsabilité ?

Oui. Et elle a une double responsabilité : en tant que dirigeante politique, mais aussi en tant que citoyenne allemande.

L’Allemagne est le pays qui a tiré le plus profit de la réunification et de l’intégration européenne – et a reçu une aide à la fois de l’Est et de l’Ouest lors des jours difficiles de 1989. Nous avons une dette auprès de ceux qui se sont battus pour la démocratie à cette époque, et nous nous devions de soutenir ceux qui se battaient pour la liberté et la démocratie en novembre 2013, et c’est ce que nous continuons de faire.

Je suis déçu que l’Allemagne semble avoir oublié le passé, et néglige la règle fondamentale qu’est la solidarité européenne.

Vous dites que l’Allemagne a échoué en tant que dirigeant politique de l’Europe, mais aussi moralement.

La France a eu son scandale des Mistral, le Royaume-Uni a exporté des armes à la Russie, l’Autriche a choisi de protéger ses banques, l’Allemagne a conclu l’accord gazier, la Hongrie a pour sa part signé un accord nucléaire avec Rosatom. Tout ça a eu lieu alors que la Russie était clairement en train de prendre part à la guerre dans l’Est ukrainien.

Je ne peux pas cautionner une telle situation. Ma demande est d’y mettre un terme. Si nous souhaitons un changement, l’UE doit être unifiée. Une seule et unique stratégie consensuelle entre les États membres faciliterait [une politique extérieure cohérente].

Et en quoi consisterait cette stratégie ?

L’Europe doit adopter des sanctions économiques et une stratégie claires en vue de mettre en œuvre l’accord d’association avec l’Ukraine et aider ce pays à se réformer, et ce, à tous les niveaux. Les actions prises par l’UE et les États-Unis doivent être simples et cohérentes, de telle manière à ce que la Russie tout comme l’Ukraine aient une perception claire de la stratégie occidentale.

Et j’ai bon espoir que l’engagement de la Pologne à la tête de l’UE avec Donald Tusk comme président du Conseil européen fasse avancer la situation.

Au vu des manifestations récentes à Moscou et Saint-Pétersbourg, êtes-vous optimiste quant à l’avenir de la société russe?

Ces manifestations, qui réunissent des défenseurs des droits de l’homme, des activistes opposés à la guerre, des mères de soldats, etc., sont une bonne chose. Cela dit, le fait que 80 % de la population soutiennent la nouvelle ligne nationaliste de Poutine ne me rend pas du tout optimiste.

Comment contenir ce conflit?

Nous, en tant qu’Européens, devons tout faire pour arriver à une situation où la Russie accepte de ne pas interférer en envoyant des moyens militaires ou en finançant ou équipant indirectement les « séparatistes ». Nous, en tant qu’Européens, devons faire le choix évident de l’Ukraine, à la fois pour ce qui est de l’économie que des relations politiques.

Mais avant tout, ce choix doit également être fait par l’Ukraine elle-même, et non pas la Russie.

Si Moscou ne se décide pas à renoncer à ses intentions belligérantes, l’Europe doit se dépêcher de mettre en place une stratégie pour l’indépendance énergétique, qui n’a été que trop longtemps retardée, et multiplier ses sources d’énergie. L’Union arriverait alors enfin à une sécurité énergétique. A l’approche de l’hiver, cette question est de plus en plus urgente. Il est aussi important de rappeler que la Russie ne veut pas perdre ses clients européens.

Pensez-vous que l’Union de l’énergie soit la réponse à cette question?

Oui. Mais l’Europe se réveille alors qu’il est déjà trop tard. Pourquoi avons-nous attendu d’arriver à une situation d’urgence pour parler d’une plus grande intégration énergétique? Nous aurions dû nous en occuper il y a plusieurs années déjà.

Il est vital pour l’Europe doit réduire ses importations énergétiques, que ce soit de la Russie ou d’autres sources. L’Europe doit aussi restreindre drastiquement toutes ses dépendances importantes et diversifier son bouquet énergétique en ce qui concerne les sources de ses importations.

Vous êtes donc en faveur d’une coopération avec l’Iran, que Hassan Rouhani a offert à New York lors du sommet de l’ONU.

Nous n’avons pas énormément d’alternatives dans ce domaine bien sûr, nous devons nous tourner vers des pays riches en ressources de remplacement. En même temps, beaucoup doit être encore fait en termes d’économie, d’énergie et de sécurité énergétique, puisque l’Europe n’a pas eu de politique ambitieuse avant, et ce, sans qu’il y ait de véritables raisons.

[Le commissaire letton] Andris Piebalgs, alors qu’il était en charge de l’énergie sous la Commission Barosso I de 2004 à 2009, avait dégagé le champ politique pour mettre en place une politique en faveur de l’efficacité énergétique. Puis Günther Oettinger a mis fin aux différents projets en rejetant les objectifs contraignants en matière d’investissement dans les technologies innovantes qui aurait pu permettre pourtant la réalisation d’économie d’énergie, créer de l’emploi, et lutter contre le changement climatique. De fait, il a empêché le développement économique et a provoqué une plus grande dépendance énergétique.

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