Relations UE-Afrique, « les planètes s’alignent »

Les plans de l'UE visant à établir un « partenariat stratégique » avec l'Afrique ont été fortement touchés par la pandémie de Covid-19. Le gouvernement portugais, qui assure la présidence tournante de l'UE pendant six mois, entend conclure l'agenda d'ici à l'été. EPA-EFE/STR [EPA-EFE/STR]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Repenser la coopération internationale dans un monde post-pandémie.

Les plans de l’UE visant à établir un « partenariat stratégique » avec l’Afrique ont été fortement touchés par la pandémie de Covid-19. Le gouvernement portugais, qui assure la présidence tournante de l’UE pendant six mois, entend conclure l’agenda d’ici à l’été.

« Nous aurons cette année une nouvelle Commission africaine avec de nouvelles priorités, je pense donc que les planètes s’alignent maintenant pour renforcer les relations UE-Afrique », a déclaré Jeremy Pellet à EURACTIV, directeur général d’Expertise France, une agence française d’expertise technique internationale et d’aide au développement.

« La pandémie a remis en cause presque tous les projets que nous avons partout dans le monde », a-t-il ajouté.

L’un des principaux défis des prochains mois sera de surmonter les répercussions de la crise sur l’économie et le développement.

« Dans ce contexte, les prochains fonds extérieurs de l’UE seront essentiels pour aider les pays à se remettre de cette crise ».

L’instrument de voisinage, de développement et de coopération internationale de l’UE pour 2021-2027 (NDICI), doté de 70,8 milliards d’euros, est destiné à soutenir le développement durable en Afrique, en Asie, en Amérique, dans le Pacifique et dans les Caraïbes.

« Le soutien de l’UE au développement est et restera très fort pour les années à venir, et il est également plus politique qu’auparavant, ce qui montre que l’UE veut être présente non seulement en tant que donateur mais aussi en tant qu’acteur diplomatique », a expliqué M. Pellet.

Expertise France va bientôt fusionner avec l’Agence française de développement (AFD) pour soutenir des projets de financement dans les pays en développement et les territoires français d’outre-mer.

« Nous serons en mesure d’offrir un soutien complet à nos partenaires et aux bénéficiaires et nous pourrons faire fonctionner les solutions financières et l’assistance technique, véritable force de cette intégration », a fait savoir M. Pellet.

L’un des principaux domaines prioritaires de la France sera l’accent mis sur l’Afrique.

« Nous serons là pour répondre aux priorités françaises et européennes en matière de développement international : L’Afrique, face aux défis mondiaux, l’action sur le climat, la santé, le développement économique, seront des éléments clés face à la pandémie », a-t-il renchéri.

« Nous nous concentrerons sur la région du Sahel, où nous avons un intérêt particulier à soutenir les États pour qu’ils soient présents sur tous les territoires – nous traitons plusieurs questions là-bas où nous soutenons des systèmes de sécurité efficaces, le développement des services publics et travaillons à l’amélioration de la gouvernance et de l’État de droit ».

À la mi-janvier, le président Emmanuel Macron a ouvert la porte à un éventuel retrait de certaines troupes de la région du Sahel en Afrique, en déclarant que la France pourrait « ajuster » ses opérations après les succès remportés contre les militants islamistes et l’arrivée de forces européennes plus nombreuses.

La France, ancienne puissance coloniale dans la région, est la plus grande présence militaire occidentale menant des opérations anti-insurrectionnelles au Mali et dans le Sahel, une région aride du nord-ouest de l’Afrique, juste en dessous du désert du Sahara.

Une décision à ce sujet devrait être prise lors du prochain sommet conjoint de la France et des pays du Sahel du G5 en février à N’djamena, la capitale du Tchad.

Dans le même temps, l’initiative chinoise « Belt and Road Initiative » (BRI) devrait permettre de tisser des liens économiques, politiques et sécuritaires entre l’Afrique et la Chine, et de faire progresser les intérêts géopolitiques de Pékin.

Au cours des dernières années, la Chine a rapidement accéléré sa présence sur le continent, du développement des infrastructures au commerce et à l’éducation.

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a profité de sa récente visite en Afrique pour signaler que Pékin était toujours disposé à financer des projets d’infrastructure dans le cadre de ladite initiative, malgré les inquiétudes que ce projet de plusieurs milliards de dollars ne soit confronté à des coupes budgétaires dans un contexte de ralentissement économique imminent en raison de la pandémie.

Les diplomates européens craignent que Pékin ne gagne les cœurs et les esprits sur le continent africain en prétendant offrir une aide au développement « sans conditions », c’est-à-dire sans les conditions que l’UE attache à son aide financière.

« En ce qui concerne la Chine, nous ne devons pas être naïfs car nous savons que parfois derrière les approches de coopération internationale, il peut y avoir des intérêts diplomatiques », a soutenu M. Pellet.

À la question de savoir dans quelle mesure il voyait les relations franco-africaines remises en cause par la Chine sur le plan économique, le représentant d’Expertise France a répondu que « la réponse devrait être européenne ».

« Notre meilleure réponse est de travailler entre Européens pour développer ensemble nos partenariats en Afrique, en nous appuyant sur une expertise de qualité et sur la solidarité », a-t-il conclu.

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