Le rôle de l’UE dans la gouvernance mondiale

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Un nombre croissant d'institutions et d'accords internationaux tentent de relever les défis majeurs du monde actuel en matière d'économie, d'environnent et de sécurité. Quel est le rôle de l'UE dans ce nouvel ordre mondial ?

Contexte

A l’heure de l’interdépendance croissante entre les pays et du changement de l’équilibre des pouvoirs, notamment avec la croissance économique de la Chine et d’autres pays émergents, l’UE tente de définir le rôle qu'elle jouera au sein de la gouvernance mondiale.

Bien que la « gouvernance mondiale » soit un terme relativement nouveau, elle se réfère à un thème très ancien : la coopération entre les Etats souverains sur des défis communs.

Ces défis incluent désormais des réductions tarifaires, des droits agricoles et de propriété intellectuelle, des réponses aux crise économiques et financières, des questions environnementales telles que le changement climatique et la biodiversité, le contre-terrorisme, la prolifération nucléaire, la migration, le trafic de drogue et d'êtres humains ainsi que les risques sanitaires tels que les pandémies.

En pratique, la coopération sur ces questions se développe via des institutions formelles, telles que les Nations unies, l’Organisation mondiale du commerce, et même l’UE, et ce grâce à des sommets informels, comme lors des conférences du G8-G20 et des conférences intergouvernementales sur le changement climatique et la diversité.

Un rapport conjoint du US National Intelligence Council et de l’Institut des études de sécurité de l’UE définit plus largement la gouvernance mondiale comme « toutes les institutions, les partenariats et les réseaux qui contribuent à l’action collective et à la résolution des problèmes à l’échelle internationale.

Ces dernières années ont vu naître des intérêts nationaux divergents, des difficultés concernant la mise en œuvre pratique d’accords et le manque de confiance de la part des parties négociatrices dans plusieurs domaines. Certains dirigeants ont prévenu du déclin dans la volonté de mettre en place une coopération multilatérale efficace.

Notre problème majeur reste le phénomène de « parasitisme », par lequel certains pays prennent la décision d’agir sur certains problèmes, alors que les bénéfices d’une telle initiative ont un impact sur tous les autres. Un bon exemple est celui du changement climatique, où les coûts économiques de la réduction des émissions de CO2 sont nationaux, mais les bénéfices potentiels sont partagés par tous.

Des institutions et des forums visant à encourager la coopération internationale continuent d’émerger. Une question clé est de réformer la représentation dans ces instances, dont beaucoup ont été établies suite à la Seconde Guerre mondiale, de manière à refléter les réalités du XXIe siècle, et en particulier le pouvoir économique croissant des pays émergents tels que la Chine, l’Inde et le Brésil.

Ces développements incluent l’expansion du G8 vers le G20, des changements à l’OMC et au FMI, et des appels perpétuels à réformer les Nations unies et leur Conseil de sécurité.

Tout cela s'inscrit dans un contexte où, depuis l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, l’UE s’est fixée de nouvelles ambitions pour devenir une force puissante et cohésive dans les affaires internationales, notamment avec la création du Service européen d’action extérieure.

Les questions significatives à aborder ici incluent la capacité des gouvernements européens à coordonner leurs positions, ainsi que l’amélioration de la représentation formelle de l’UE dans diverses institutions et forums.

Il n’est pas certain que l’UE sera capable de relever le défi de la définition des règles pour le siècle prochain et de ne pas se sentir marginalisée sur la scène internationale par les Etats-Unis, la Chine et d’autres pays émergents.

Problèmes

 

Le Service européen pour l'action extérieure

Les ambitions de l'UE en matière de politique étrangère ont été renforcées par l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne en décembre 2009. Les nouveautés introduites par ce traité incluent la création du poste du haut représentant de l'UE pour les affaires étrangères, actuellement occupé par la baronne Catherine Ashton, la modernisation des représentations étrangères de la Commission européenne dans des ambassades de l'UE à part entière, et l'établissement du Service européen pour l'action extérieure (SEAE).

Depuis, toutefois, les résultats ont été quelque peu mitigés. L’Europe peine encore et toujours à s’exprimer d’une seule voix et semble souvent se trouver marginalisée par les autres pays.

Après n’être parvenue à assurer une représentation totale à l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2010, un vote à l’assemblée des 192 pays en mai 2011 a vu 180 d’entre eux voter en faveur du statut de « superobservateur » européen, ce qui ne confère pas de droit de vote à l’Union mais permet à sa Haute Représentante, Catherine Ashton, de parler au nom de l’Union européenne.

Les pays européens ont toutefois vu leur représentation réduite au FMI et à la Banque mondiale, afin d’intégrer les économies émergentes.

D'une certaine manière, cette situation reflète inévitablement le déclin relatif du poids démographique et économique de l'Europe dans le monde. Dans le même temps, peu seront ceux qui argueront que l'influence de l'UE à l'étranger est proportionnelle à ses dépenses extérieures ou à l'ampleur de son corps diplomatique.

Le SEAE et les services diplomatiques des États membres de l'UE coûtent environ 8 000 millions d'euros par an, alors que les États-Unis dépensent 8400 millions d'euros. En outre, alors que les services diplomatiques des États membres emploient 55 400 personnes originaires de leur pays et 38 400 employés locaux, les États-Unis ne disposent que de 21 800 employés nationaux et de 6000 employés locaux.

De plus, l'UE fournit plus de 53 milliards d'euros pour l'aide au développement chaque année, dont 12,1 milliards sont une aide de la Commission européenne, le reste étant payé par les États membres. C'est près de deux fois le montant payé par les États-Unis.

Alors que les États membres de l'UE rencontreront sans doute certaines difficultés pour coordonner leurs politiques étrangères, des spécialistes du Centre for European Policy Studies ont identifié ce qu'ils qualifient de « désaccords interinstitutionnels continus sur les détails » et de « certains signes de retour en arrière de la part des États membres concernant une mise en œuvre efficace du Traité de Lisbonne dans les affaires extérieures ».

L'autorité de Mme Ashton a également été bien souvent critiquée pour une prétendue passivité. Le coprésident des Verts/Alliance libre européenne au Parlement européen, Daniel Cohn-Bendit, s'est montré très critique et a déclaré : « Elle ne peut pas se contenter de nous donner son programme et nous parler des gens qu'elle a rencontrés : ce n'est pas suffisant ». L'homme d'État chevronné a également critiqué l'UE pour sa diplomatie divisée et timide.

Ces problèmes font échos à des commentaires révélés par WikiLeaks que Chris Patten, à l'époque commissaire européen aux affaires extérieures, avait fait à un diplomate américain en 2004. M. Patten aurait dit que l'UE ne pouvait pas être une « réelle puissance », car il y aurait toujours un État membre en faveur d'une approche plus prudente, voire passive, ce qui empêcherait une action de l'UE.

Lors de la crise libyenne en 2011, dans laquelle la France et la Grande-Bretagne ont joué un rôle important, l'UE est restée quelque peu en retrait. La France a d'abord éclipsé et même contredit Mme Ashton. D'autres États membres, dont l'Allemagne et l'Italie, se sont montrés beaucoup plus frileux à l'idée d'une intervention.

Ces développements ne sont pas de très bon augure pour la capacité de l'UE à se représenter elle-même à l'étranger, notamment au sein des institutions et des instances internationales. Toutefois, certains arguent que le Traité de Lisbonne n'est en vigueur que depuis deux ans et que le SEAE a, quant à lui, été lancé il y a un peu plus d'un an seulement.

Pierre Vimont, le nouveau secrétaire général du SEAE, a récemment appelé à la patience, faisant remarque que l'intégration européenne était lente mais en progrès.

Revoir le rôle de l'Europe commence avec la représentation

Le problème de la représentation européenne s'est révélé récurrent dans plusieurs instances internationales. D'un côté, les États membres ont tendance à être surreprésentés pour des raisons historiques et les nations émergentes font pression pour obtenir une meilleure représentation.

Le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a déclaré par exemple que de nombreuses nations émergentes trouvaient « un peu étrange que sur 25, 26 [personnes au G20], environ neuf soient européennes ». D'un autre côté, l'UE en tant que telle n'est bien souvent pas représentée totalement ou trouve que sa voix est diluée à cause de la multitude d'États membres.

Les États membres sont largement surreprésentés au Conseil de sécurité des Nations unies. La France et le Royaume-Uni, en tant que vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, détiennent deux des cinq sièges permanents et disposent du droit de veto (aux côtés des États-Unis, de la Chine et de la Russie). Des pays de l'UE sont également représentés en tant que membres non permanents au sein du Conseil de sécurité. En étant présente à la fois en « Europe orientale » et dans la région « Europe occidentale et autre », l'UE dispose de trois membres non permanents à tout moment.

Cela signifie que l'UE, qui est responsable d'environ un quart de l'économie mondiale avec moins de 7 % de la population, détient souvent un tiers des sièges au Conseil de sécurité avec deux droits de veto.

Les tentatives de réforme du Conseil de sécurité de l'ONU n'ont rien donné jusqu'à présent. L'Inde, le Brésil, le Japon et l'Allemagne ont souvent été mis en avant en tant que nouveaux membres permanents potentiels.

L'UE en tant que telle n'est toutefois pas un membre à part entière de l'Assemblée générale de l'ONU. Une tentative d'aboutir à une participation renforcée et au droit de s'exprimer pleinement pour l'UE au sein de cet organe a échoué en septembre 2010 lorsqu'une majorité de pays en développement a, contre toute attente, voté contre cette décision.

Les États membres de l'UE sont surreprésentés au FMI et à la Banque mondiale. L'UE détient actuellement 32 % des droits de vote au FMI et huit des 24 sièges au sein de son conseil d'administration.

En octobre dernier, le G20 a accepté d'enlever six points de pourcentage de pondération des voix ainsi que deux sièges au conseil d'administration aux États membres de l'UE pour les attribuer à des pays émergents. Ces réformes prendront effet en 2012. Une révision supplémentaire est prévue pour 2020. En avril 2010, la Banque mondiale a elle aussi réformé son système de vote, mais de manière bien moins radicale : la pondération totale des voix des États membres est passée de 28,54 % à 26,32 %. Là aussi, l'UE en tant que telle est peu représentée. La Banque centrale européenne a un statut d'observateur au sein du FMI et il n'y a aucune représentation de l'UE à la Banque mondiale.

Dans la mesure où les affaires monétaires sont une compétence exclusive de l'UE pour les pays qui utilisent l'euro, de nombreux observateurs et acteurs, dont le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, ont appelé à une représentation de la zone euro au FMI.

Gouvernance économique : libéralisation du commerce et gestion de crise

L'importance du commerce international, des investissements étrangers directs et des taux de change relativement stables pour l'économie mondiale a mené à une interdépendance significative des plus grandes économies au monde. Cette interdépendance est gérée par une coopération internationale depuis bien longtemps.

En termes d'institutions, cela remonte à la création, après la Seconde Guerre mondiale, de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT; le précurseur de l'Organisation mondiale du commerce).

Ces institutions continuent de travailler, souvent d'une manière controversée, pour éliminer les barrières tarifaires et commerciales, libéraliser les flux de capitaux, étendre l'application des droits sur la propriété intellectuelle, etc.

L'organisation de sommets réguliers rassemblant les principales économies du monde remonte à 1975 lorsque le G6 s'est réuni suite à la crise pétrolière de 1973 et à la perspective d'une stagflation économique prolongée (croissance et inflation lentes).

Au début, seuls les pays les plus riches du monde participaient à ces sommets qui se sont progressivement élargis pour devenir le G20 des plus grandes économies mondiales, avec la Chine, l'Inde, le Brésil et la Russie (les pays BRIC).

Ces sommets visent à promouvoir la confiance et la coordination économique malgré les difficultés et les tendances égoïstes et mercantiles que ces objectifs ont tendance à entraîner.

L'interdépendance économique internationale a été confirmée avec la crise financière de 2007 et la récession qui s'en est suivi. La crise a débuté aux États-Unis et a eu des répercussions à l'échelle mondiale.

Aujourd'hui, la gouvernance économique se concentre sur l'atténuation des effets de la crise. Les gouvernements doivent analyser de nombreux dossiers, dont :

  • Le protectionnisme : Lors du premier sommet du G20 en novembre 2008, l'accent fut placé sur la prévention des mouvements protectionnistes.
  • Les guerres monétaires: les gouvernements ont naturellement tendance à augmenter les exportations de leur pays en dévaluant leur monnaie, ce qui rend leurs produits plus compétitifs. Les États-Unis et l'Union européenne se sont montrés particulièrement inquiets face à la valorisation actuelle du yuan chinois.
  • Les monnaies de réserve mondiales: l'écrasante majorité des réserves de devises étrangères sont en dollars US, ce qui pose la question des avantages dont disposent les États-Unis à cause de cet état de fait et met en exergue la vulnérabilité de l'économie mondiale face aux fluctuations de l'économie américaine. L'UE, la Chine et d'autres pays sont actifs dans la promotion de monnaies alternatives ou d'un panier de monnaies afin de rivaliser avec le dollar américain.
  • La coordination des plans de relance : de nombreux pays, notamment les Etats-Unis, ont augmenté leurs dépenses publiques et l'« assouplissement quantitatif » (l'achat d'obligations d'État) pour stimuler la demande et donc encourager la croissance malgré la récession. Cela a donné lieu à des tensions avec les partenaires commerciaux qui craignent que ces actions déstabilisent leurs économies en encourageant les pressions inflationnistes et en sous-évaluant artificiellement la monnaie.
  • La réglementation financière : la crise financière de 2007 fut la cause immédiate de la récession de la fin des années 2000. Parmi les causes de la crise se trouvent notamment les conditions de crédit trop laxistes, la déréglementation, la bulle immobilière, le surendettement des banques et les produits dérivés trop complexes et opaques. L'UE et la communauté internationale se sont depuis impliquées dans la réglementation du secteur financier pour éviter qu'une autre crise se reproduise (voir les articles de la section « Services financiers »). De nombreuses réponses sont possibles, dont de nouvelles règles de surveillance, la taxation des transactions financières et une plus grande transparence pour les produits dérivés et les agences de notation de crédit.
  • Le prix des matières premières : la relance économique fut accompagnée d'une augmentation des prix de la nourriture et de l'énergie ainsi que d'une certaine volatilité, ce qui menace la croissance économique et le pouvoir d'achat des consommateurs. Ce phénomène a été un facteur clé des manifestations récentes dans les pays arabes, entre autres. Certains pays, notamment la France, ont cité la spéculation comme une cause de la crise et ont demandé une coopération internationale pour s'atteler à ce problème.

La gouvernance économique est également au cœur du programme de l'UE, surtout suite à la crise de la dette qui a frappé la Grèce et l'Irlande.

Pour protéger l'euro, les leaders européens ont renfloué les pays trop endettés en créant un mécanisme de sauvetage d'une valeur de 440 milliards d'euros et en mettant sur pied un « pacte sur la compétitivité ». Au moment de la rédaction de ce dossier, les résultats et les autres mesures à prendre sont encore inconnus (voir le LinksDossier d'EURACTIV sur la réglementation financière)

Gouvernance environnementale : grandes ambitions mais mise en application limitée ?

La coopération mondiale en matière d'environnement est beaucoup plus récente et moins développée que dans le domaine de l'économie ou de la sécurité. Au cours des dix dernières années, cependant, les conventions environnementales se sont multipliées et des agences publiques ont vu le jour à tous les niveaux, ce qui a mené à une mosaïque d'accords et de réglementations. Les entreprises ont créé leurs propres départements environnementaux et de nombreuses institutions académiques et de recherche ont été établies.

Le nombre d'institutions « vertes » a augmenté rapidement ces dernières années pour lutter contre un large éventail de problèmes, dont le changement climatique, la biodiversité, la détérioration des sols, la raréfaction de l'eau, la désertification et les organismes génétiquement modifiés (OGM), entre autres.

Les efforts au niveau international se sont largement développés lors du « sommet de la Terre » de juin 1992 à Rio de Janeiro grâce auquel des conventions majeures sur le changement climatique et la biodiversité ont été adoptées.

Les plus récentes négociations se sont concentrées sur les sommets à présent annuels de la CCNUCC. Au niveau mondial, les deux principales institutions actuellement impliquées sont le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), établi en 1972, et la Commission du développement durable de l'ONU (CDD), créée en 1992.

Un nouveau Sommet de la Terre a eu lieu en juin 2012 dans la même ville (voir le LinksDossier d'EURACTIV sur Rio+20). Ce sommet tentera d'examiner les instruments politiques qui pourraient stimuler l'économie verte, comme la suppression des subventions et l'imposition de taxes sur les activités néfastes pour l'environnement.

L'effort le plus important réside peut-être dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et le changement climatique. Depuis 1995, des sommets mondiaux ont été tenus dans le contexte de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) pour créer des accords collectifs voués à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à diminuer les effets du changement climatique.

En décembre 1997, le protocole de Kyoto a été adopté au Japon et a établi des objectifs contraignants pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les pays industrialisés. Les Etats-Unis, le second plus grand émetteur de carbone au monde, a refusé de ratifier l'accord. Le protocole expire en 2012 et nous ne savons toujours pas s'il servira de base pour des accords futurs de l'ONU sur les réductions d'émissions. Des pays tels que le Japon, la Russie et le Canada se sont opposés à un prolongement du protocole de Kyoto.

Les efforts récents en matière de négociations se sont concentrés sur les sommets désormais annuels du CCNUCC. La conférence de Copenhague en décembre 2009 a largement été perçue comme un échec. Il semblerait que l'UE ait été exclue des négociations pour la rédaction de l'accord final non contraignant, qui fut largement négocié bilatéralement par les Etats-Unis et la Chine.

En 2010, la conférence de la CCNUCC à Cancun a mené à un accord relativement modeste qui a officialisé l'accord de Copenhague en tant que partie du processus de l'ONU, créé un Fonds vert et établi des transferts de technologies entre le nord et le sud. Les décideurs politiques et les parties prenantes ont eu l'impression que la confiance entre les différentes parties impliquées s'était intensifiée à Cancun, surtout entre les pays développés et en développement.

Ils seraient assez optimistes quant à l'élaboration d'un accord plus ambitieux lors du prochain sommet à Durban en Afrique du Sud à la fin de l'année.

Jusqu'à présent, l'UE a réalisé des progrès limités s'agissant de convaincre les autres pays de réduire leurs émissions de carbone. Des moyens de pression possibles seraient une augmentation de l'objectif de réduction de l'UE pour 2020 à 30 % et l'imposition de tarifs carbone aux frontières de l'Europe.

D'autres accords incluent l'adoption par 190 pays du protocole de Nagoya sur la biodiversité qui établit l'objectif de faire de 17 % des terres des réserves naturelles d'ici 2020.

L'Europe fait figure d'exemple pour la gouvernance continentale

L'UE tient à exporter son modèle d'intégration régionale dans les autres parties du monde. La haute représentante pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, a qualifié les organisations régionales de « pierre angulaire pour la gouvernance mondiale ». Les efforts d'intégration régionale, parfois explicitement inspirés de l'UE, sont fréquents de par le monde, mais ils n'ont jamais atteint le même degré d'intégration et de processus de décision supranational qu'en Europe.

En Asie de l'Est et du Sud-est, les efforts d'intégration régionale sont entravés par des différences culturelles plus fortes, des systèmes politiques radicalement différents et une réconciliation incomplète suite aux guerres.

Certaines organisations ont atteint un degré limité d'intégration, notamment dans la sphère économique. Il s'agit de l'Association des nations du Sud-Est asiatique (ANSEA), de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), de Mercosur en Amérique du Sud, du Conseil de coopération du Golfe et de la Communauté de développement de l'Afrique australe.

Il existe également des organes panrégionaux qui ont abouti à une intégration généralement très limitée, comme l'Union africaine, l'Union des Nations sud-américaines (UNASUR) et la Ligue arabe.

L'UE encourage les efforts d'intégration régionale, surtout via des allocations spécifiques d'aide au développement.

Pour la période 2007-2013, EuropeAid, la DG développement et coopération à l'étranger de l'UE, a assigné 775 millions d'euros à l'Asie pour de l'aide régionale. Elle a également soutenu le fonds de l'Union africaine dans ses efforts de paix en accordant plus de 740 millions d'euros à l'Instrument financier pour la paix en Afrique pour des projets qui promeuvent le dialogue régionale et les opérations de maintien de la paix en Somalie, au Darfou et dans la République centrafricaine.

De plus petites sommes, d'un total de 175 millions d'euros, ont été allouées pour des efforts d'intégration régionale en Amérique latine, notamment en Amérique centrale, pour la Communauté andine et Mercosur.

Maintien de la paix

Depuis sa création, l'Union européenne s'est engagée dans la gestion de crises et la prévention des conflits. Conçue comme un moyen de mettre un terme à la guerre en Europe par le biais de l'intégration institutionnelle et de la mise en commun volontaire de la souveraineté, l'UE continue de s'engager pour la paix, la sécurité et la prospérité sur le continent européen et au-delà.

L'Union a envoyé des missions de maintien de la paix dans plusieurs endroits en difficulté de la planète et s'engage contre les actes de piraterie au large des côtes de la Somalie. Élément nécessaire dans les opérations de gestion des conflits actuelles, le maintien de la paix prend traditionnellement la forme d'un contrôle des cessez-le-feu.

En août 2008, l'UE a négocié un cessez-le-feu entre la Géorgie et la Russie, envoyé des observateurs européens pour superviser la situation et fourni une aide humanitaire aux personnes déplacées pendant les combats.

La Suisse avait alors joué un rôle de médiateur, dans la mesure où le pays participait à des missions de maintien de la paix et à la politique européenne commune en matière de sécurité et de défense (PSDC). La neutralité de la Suisse est reconnue sur la scène internationale depuis 1815 et a permis au pays d'agir comme un médiateur dans les confits qui secouent différentes parties du globe. Aujourd'hui, la Suisse contribue aux missions de maintien de la paix au niveau européen et mondial à travers le monde, grâce à son personnel civil et militaire.

Au sein de la PSDC européenne, la Suisse participe notamment à des missions en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo.

Le département fédéral suisse des affaires étrangères a toutefois précisé que le pays pouvait décider « de façon autonome si elle souhaite prendre part à une mission PCSD, quand, où et dans quelle mesure elle souhaite intervenir ».

 

 

 

 

 

 

Réactions

Lors d’un discours aux Nations unies en février, la haute représentante de l’UE, Catherine Ashton, a défendu l’intégration régionale comme un pas vers la gouvernance mondiale, affirmant : « nous avons un engagement de longue date pour un multilatéralisme efficace avec des Nations unies fortes au centre. Les organisations régionales bâtissent des unions pour la gouvernance mondiale, avec une double responsabilité. D’abord, une responsabilité pour renforcer la sécurité, le développement et les droits de l’Homme dans leur propre région. Ensuite pour soutenir les efforts des Nations unies dans la promotion de ces objectifs autour du globe ».

Le président français, Nicolas Sarkozy, a demandé une réforme des organisations internationales afin de mieux représenter les forces économiques et politiques mondiales lors d’un discours en octobre 2010 à l’Organisation mondiale de la Francophonie. Suite aux changements apportés à la Banque mondiale et au FMI, il a demandé ce qui empêchait les Etats de proposer à l’Assemblée générale une réforme indispensable des Nations unies pour adapter l’organisation aux réalités du XXIe siècle. « Nous sommes au XXIème siècle, nous ne sommes plus au XXème siècle », a-t-il dit, réclamant un changement de gouvernance.

Il a cité de nombreux pays et régions qui devraient être autorisés à obtenir une meilleure représentation au Conseil de sécurité des Nations unies, dont l’Afrique, l’Inde, l’Amérique du sud, l’Allemagne et le Japon. « Est-il normal qu'il n'y ait aucun membre permanent du Conseil de Sécurité émanant de l'Afrique ? Un milliard d'habitants, dans trente ans deux milliards d'habitants, qui n'ont pas de représentation permanente. C'est un scandale », a-t-il affirmé.

Interrogé quant aux nouveaux modèles de gouvernance à la lumière des crises économique et financière, Joseph Deiss, président suisse de l’Assemblée générale des Nations Unies, a souligné que le G20 était utile dans la gestion rapide de la situation de manière concertée et coordonnée. « Mais efficacité ne signifie pas légitimité », a-t-il ajouté.

Le G20 ne doit pas devenir la voie ordinaire, a-t-il poursuivi. « Je pense que l’augmentation de l’importance du G20 sur la scène internationale a été l’occasion d’une prise de conscience saine : nous avions tout à fait besoin d’une gouvernance qui s’attaque aux défis mondiaux, mais ce système doit être efficace et représentatif. Il doit conjuguer leadership, légitimité et expertise ».

Si le G20 affirme avoir un avantage compétitif en termes de leadership, la légitimité est du ressort des Nations Unies et de son Assemblée générale, a noté Joseph Deiss.

Lors d’une récente discussion entre les membres du panel, le directeur de l’Organisation mondiale du commerce, Pascal Lamy, a affirmé : « le G20, contrairement à de nombreuses perceptions publiques, n’est pas un gouvernement du monde. C’est l'élément important et nécessaire d’un système très complexe qui compte de nombreux autres éléments, que le G20 peut dynamiser et déclencher.

L’eurodéputé belge et leader du groupe des libéraux ALDE au Parlement européen, Guy Verhofstaft, a argué que les organisations régionales devaient être mieux représentées sur le plan international.

« Si nous ajuster la gouvernance mondiale, ces centres régionaux doivent être représentés au sein du Conseil de sécurité de l'ONU, au FMI, à la Banque mondiale et à l'OMC. Ce n'est que de cette manière que nous construirons un système mondial prêt à entreprendre des actions décisives pour relever les défis politiques, économiques, financiers, commerciaux et environnementaux auxquels notre planète doit faire face », a-t-il déclaré.

L'écrivain et président de la Fondation américaine sur les tendances économiques, Jeremy Rifkin, a déclaré : « le fait que nous passions du G20 au G8 et au G2 est la dernière promesse qui assure l'existence de l'Etat nation en tant qu'unité principale. Les Etats nations ne vont pas disparaître, les villes ne vont pas disparaître, les régions ne vont pas disparaître, mais elles seront dirigées au sein d'un réseau plus latéral : le modèle continental ».

« Donc l'UE a une énorme opportunité de devenir l'exemple phare d'un nouveau modèle de gouvernance. En même temps que de pouvoir intégrer son propre espace continental et ses partenariats régionaux et de créer un réseau intégré d'énergie post-carbone et de communication, sa gouvernance politique peut représenter un modèle pour la création du même genre d'accords avec d'autres unions », a-t-il ajouté.

Un rapport commun publié par l'US National Intelligence Council et l'Institut d'études de sécurité de l'UE définit la gouvernance mondiale comme « la gestion collective de problèmes communs au niveau international ». Ce rapport précise que la gouvernance mondiale est arrivée à un « moment critique » et que même si ses institutions « ont rencontré de nombreux succès depuis leur développement après la Seconde Guerre mondiale, le nombre croissant de problèmes à l'agenda international et leur complexité outrepassent les capacités des organisations internationales et des gouvernements nationaux à les gérer ».

Chercheur en politique au Conseil européen sur les relations extérieures, Richard Gowan, a déclaré : « Le président Sarkozy devrait ouvrir le débat sur des questions comme le développement du rôle du G20 dans le domaine de la sécurité (sujet populaire à Washington) et son lien avec le système de l'ONU (qui met mal à l'aise de nombreux pays en développement) ». Si cela n'est pas fait, prévoit-il, le monde verra « plus de coopération ad hoc entre les Etats-Unis et les puissances montantes, avec l'UE dans le rôle d'un joueur marginalisé, plus souvent grand perdant que gagnant ».

Piotr Kaczy?ski, chercheur au Centre for European Policy Studies (CEPS), a déclaré : « Le G20 sous sa forme actuelle dépasse ses capacités de prise de décision et court le risque d'être divisé en différentes coalitions. Le danger est que ça pourrait finalement mener à une situation où les décisions les plus importantes seront négociées bilatéralement entre les Etats-Unis et la Chine ».

Prochaines étapes

    • 24 oct. 1945 : entrée en vigueur de la Charte des Nations unies.
    • Oct. 1947 : signature de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce. (GATT).
    • 3-14 juin 1992 : premier sommet de la Terre à Rio de Janeiro.
    • 1 jan. 1995 : établissement de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
    • 11 déc. 1997 : adoption du protocole de Kyoto pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
    • 15-15 déc. 1999 : premier sommet des ministres des finances du G20 et des gouverneurs des banques centrales.
    • 14-15 nov. 2008 : premier sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays du G20 pour une réponse commune sur la crise économique et financière mondiale (« nouveau » G20).
    • 7-18 déc. 2009 : conférence COP 15 des Nations unies sur le changement climatique à Copenhague.
    • 1 déc. 2010 : lancement du Service européen pour l’action extérieure, un an après l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. 
    • 29 nov.-10 déc. 2010 : conférence COP 16 des Nations unies sur le changement climatique à Cancun au Mexique.
    • 3-4 nov. 2011 : sommet du G20 à Cannes en France.
    • 28 nov.-9 déc. 2011 : conférence COP 17 des Nations unies sur le changement climatique à Durban, Afrique du sud.
    • 4-6 juin 2012 : conférence « Rio+20 » des Nations unies sur le développement durable (troisième sommet de la Terre).

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