150 000 manifestants à Athènes contre l’utilisation du nom Macédoine

epaselect epa06495602 Protesters hold a huge Greek flag in front of the Greek Parliament, during a massive rally over the name of the Former Yugoslav Republic of Macedonia (FYROM) against to its use of the name 'Macedonia' amid a revival of efforts to find a solution between the two countries, in Athens, Greece, 04 February 2018. EPA-EFE/ALEXANDROS VLACHOS

Les manifestations se multiplient suite à la reprise des négociations entre les deux pays pour régler le conflit vieux de 27 ans. Un article d’EurActiv Polska

Dimanche 4 février, la foule s’est rassemblée sur la place Syntagma, à Athènes, devant le  Parlement pour protester contre l’utilisation du nom « Macédoine » par l’ancienne République yougoslave. Les manifestants ont crié les slogans « Bas les pattes Macédoine » ou « La Macédoine est grecque ! », tout en brandissant des drapeaux bleus et blancs. Les organisateurs font valoir que 1,5 million de personnes ont assisté à la manifestation, mais selon la police il y aurait eu 150.000 manifestants.

Le compositeur Mikis Theodorakis, 93 ans, auteur de la musique du célèbre film de Michael Cacoyannis Zorba le Grec, s’est notamment adressé à la foule. « La Macédoine était, est et sera toujours à la Grèce. Si le gouvernement décide de quoi que ce soit sur ce sujet, il doit d’abord demander leur opinion aux Grecs », a souligné Theodorakis, appelant à l’organisation d’un référendum sur tout règlement concernant le nom du pays voisin. Il a également déclaré que la Macédoine, qui possède une frontière avec la Grèce au nord, agissait « illégalement ».

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Alors que Bruxelles cherche à encourager les efforts de la région pour se réformer, le président du Conseil européen craint que les choses ne dégénèrent.

Une dispute de 27 ans

Le différent gréco-macédonien remonte à 1991, année de la déclaration d’indépendance de la Macédoine. Dès le départ, Athènes avait insisté pour que le nouvel État n’emploie pas le nom de « Macédoine ». Celui-ci provient d’une terre géographique et historique, qui s’étend également sur des territoires en Grèce et Bulgarie. Trois régions grecques sont dénommées par ce terme à savoir la Macédoine occidentale, la Macédoine centrale ainsi que la Macédoine-Orientale-et-Thrace.

Athènes estime que Skopje ne peut utiliser le nom d’une région pour désigner l’ensemble du pays. Par ailleurs, l’indignation en Grèce vient aussi du fait que la Macédoine slave utilise l’histoire grecque antique pour la promotion et la construction de sa propre identité, en s’attribuant par exemple la figure d’Alexandre le Grand. Le pays est rempli de monuments à son effigie, et l’aéroport de Skopje porte son nom. Cela concerne également des marques commerciales, pour des produits régionaux sur toute la zone historique.

Des propositions pour un nouveau nom

Pour beaucoup de Grecs, l’utilisation du nom Macédoine par leurs voisins slaves est aussi une porte d’entrée pour des revendications territoriales contre les régions grecques.

Le gouvernement de Skopje nie ces soupçons et suggère être prêt au changement de nom. Cependant, aucune des propositions en négociation ne plaît aux deux parties. Athènes insiste sur l’utilisation d’un adjectif, par exemple « Haute Macédoine » ou « Nouvelle Macédoine ». L’Organisation des Nations Unies (l’ONU) plaide quant à elle en faveur de l’appellation République nouvelle de Macédoine. Mais aucune de ces options ne convient à Skopje. Le pouvoir macédonien propose d’utiliser le nom plus simple de « République de Macédoine », sur lequel Athènes à son tour n’est pas d’accord. Le nom de « Macédoine-Skopje », initialement approuvé par la Grèce, ne plaît quant à lui pas aux Macédoniens.

L’absence d’accord sur le nom bloque de fait la candidature de la Macédoine à l’Union européenne et à l’OTAN. La Grèce entrave toutes procédures d’adhésion, exigeant au préalable que Skopje change le nom du pays.

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Parmi les pays candidats, seule la Macédoine remplit les critères nécessaires à une adhésion avant 2023.

Une émotion de plus en plus vive dans les deux pays

En absence d’accord, le terme ARYM, acronyme anglais pour Ancienne République yougoslave de Macédoine, est employé au niveau international, notamment aux Nations Unies et à l’Union européenne.

Athènes et Skopje ont ces derniers jours reçu la visite du diplomate américain Matthew Nimetz, négociateur au nom des Nations Unies. Les deux capitales ont fait preuve d’optimisme, assurant leur bonne volonté de parvenir à un accord. Le rapprochement entre Athènes et Skopje est en grande partie le résultat de changements politiques dans les deux capitales. Depuis janvier 2015 la Grèce est dirigée par la coalition de gauche Syriza, plus encline au compromis. Le pouvoir macédonien est quant à lui tenu depuis juin 2017 par une coalition entre les sociaux-démocrates et les partis albanais.

Durant le gouvernement des conservateurs, Skopje avait prôné son opposition à Athènes, attisant les tensions en tirant volontiers sur la corde helléniste. La plupart des statues d’Alexandre le Grand ont par exemple été édifiées sous le gouvernement du leader conservateur Nicolas Gruevski. L’actuel chef du gouvernement – Zoran Zaev a déjà annoncé entre autres choses le changement du nom contesté de l’aéroport de Skopje. Dans les deux pays cependant une forte résistance vient des cercles de droite et des nationalistes. En Grèce comme en Macédoine, l’organisation d’un référendum pourrait être nécessaire sur la question.

En attendant, les esprits s’échauffent. Les anarchistes grecs, qui se prononcent en faveur d’un règlement avec la Macédoine, ont recouvert la maison de Mikis Theodorakis samedi avec de la peinture rouge, en raison de son implication dans les manifestations contre un accord avec le pays voisin. À son tour le ministre grec des affaires étrangères Nikos Kotzias a été menacé à plusieurs reprises lorsqu’il a annoncé qu’il comptait signer un accord avec la Macédoine au cours des prochains mois.

La Commission encourage la résolution du conflit «macédonien»

Skopje a assoupli sa position sur le nom Macedoine, pour mettre un terme au conflit avec la Grèce. L’exécutif européen salue cette évolution et attend des résultats concrets.

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