1990 : l’échec des pays baltes dans la guerre du Haut-Karabagh

[AP]

Lors du conflit au Haut-Karabagh à la fin des années 1980, les pays baltes ont amené les parties en guerre à la table des négociations à Riga. Bien que les discussions aient été cordiales, l’accord final a échoué. Un article de notre partenaire, LRT.lt/en.

Au cours des années 1980, parallèlement à la fin du règne soviétique et des violences ethniques dans la région du Caucase, les pays baltes s’apprêtaient à déclarer leur indépendance.

Toutefois, le chemin pour y parvenir demeurait semé d’embûches, si bien qu’il faudra attendre mars 1990 pour que la Lituanie déclare son indépendance, suivie de la Lettonie et de l’Estonie en août de la même année. Entre temps, Vilnius tentait de rallier davantage de pays dans l’opposition contre Moscou afin d’accélérer la chute de l’URSS.

« Nous regardions les affrontements dans le Caucase avec compassion. Nous comprenions qu’ils faisaient partie d’une même lutte contre l’empire et pour la libération », a déclaré Vytautas Landsbergis, fondateur du Mouvement réformateur de Lituanie (Sąjūdis) qui a mené à l’indépendance du pays.

À l’époque, le Sąjūdis, accompagné de ses homologues estonien et letton, avait invité les dirigeants des mouvements de libération arménien et azéri à une réunion du Conseil balte organisée à Riga.

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Charles Michel, le président du Conseil européen, a appelé dimanche 27 septembre à l’arrêt des combats entre les l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ainsi qu’à une « reprise immédiate des négociations » concernant la région du Haut-Karabakh. Un article d’Euroefe.

« Cette rencontre avait suscité des échanges cordiaux entre les nations en conflit. La route vers la libération était bien tracée », a-t-il maintenu dans un entretien avec LRT.lt.

« Les membres des mouvements de libération arménien et azéri prenaient part à cet affrontement. Au fil du Conseil, nous avons décidé qu’il fallait régler les différends », a expliqué Mečys Laurinkus, membre du Sąjūdis et signataire de l’acte d’indépendance de la Lituanie.

Les États baltes voyaient dans le conflit frontalier du Haut-Karabagh une conséquence de l’ignorance soviétique des différences ethniques entre les deux républiques au cours du tracé de leurs frontières, un manque de considération qui avait créé une « bombe à retardement ». Aux yeux de M. Laurinkus, les parties au Conseil espéraient que le conflit se résorbe après l’indépendance de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan.

Du thé et des blagues

Le Conseil balte s’est tenu à Riga le 3 février 1990. Les représentants des Fronts populaires azéri et arménien ainsi que le mouvement du « Karabagh à l’Arménie » y étaient également présents.

« Au début, la situation était très tendue, en raison d’un massacre récent. Les Azéris et les Arméniens refusaient de se serrer la main », se rappelle M. Laurinkus.

D’après Vytautas Landsbergis, les deux délégations arméniennes avaient des positions différentes. Le Front populaire était prêt à envisager une solution pacifique, tandis que le mouvement du Karabagh à l’Arménie voulait privilégier la force.

« Les négociations étaient difficiles. […] Mais chacun était ouvert pour parler avec nos délégations. C’était déjà un bon signe – que le pire pouvait peut-être être évité », se souvient-il, ajoutant que « quelqu’un racontait expressément des « blagues inoffensives » lors des pauses thé pour détendre l’atmosphère ».

À la fin de la réunion, toutes les parties sont parvenues à un accord et ont signé une déclaration proposée par M. Landsbergis. Celle-ci obligeait les acteurs en conflits à amorcer des négociations directes, apaiser la situation et permettre à la commission d’enquête commune d’examiner les incidents provoqués.

En outre, conformément à la décision, les deux nations devaient parvenir à un cessez-le-feu d’ici au 15 février de la même année.

Toutefois, l’accord a rapidement mal tourné. Selon M. Laurinkus, les délégations avaient eu vent d’attaques lancées dans plusieurs villages, tandis qu’elles étaient encore à Riga.

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Le 4 février 1990, le New York Times signalait qu’Erevan accusait Bakou d’avoir expulsé des Arméniens de deux camps, et ce alors que les négociateurs n’avaient toujours pas quitté Riga.

Les membres du Conseil balte avaient alors répondu en expliquant que l’accord était toujours contraignant, mais que les Arméniens refusaient de l’appliquer avant de savoir ce qu’il se passait sur place.

Initialement, les autorités lituaniennes croyaient que ces affrontements étaient l’œuvre de l’Union soviétique, dans une tentative d’exacerber les tensions.

« Mais lorsque nous y avons regardé de plus près, nous nous sommes rendu compte que ces actes de violence n’étaient pas qu’une conséquence des agissements soviétiques. Les racines du conflit étaient ancrées dans l’histoire, dans la psychologie des belligérants », révèle M. Landsbergis.

« La guerre a été déclarée peu de temps après dans le Haut-Karabagh. Après la réunion du Conseil, les pouvoirs nationalistes, pour qui la guerre était inévitable, ont trouvé un point d’appui en Arménie et en Azerbaïdjan ».

« Jusqu’aujourd’hui, et j’en suis extrêmement désolé. […] Les actions qui ont été prises ont poussé à la violence, la coercition, l’armement et l’action militaire », regrette-t-il.

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