Le président de facto de l’Abkhazie démissionne, ce qui déclenche de nouvelles élections

Carte de la région du Caucase, l'Abkhazie apparaît en jaune. Edité par Euractiv. [Valeriy Kaplun/Shutterstock]

En quatre jours, l’Abkhazie, l’une des régions séparatistes de Géorgie, a assisté à la destruction de bâtiments du gouvernement, à des manifestations visant à destituer le président de facto, à la publication d’une décision de justice annulant les précédentes élections et à l’organisation de nouvelles élections éclair, à la nomination d’un président intérimaire, et à l’annonce d’une candidature de l’opposition.

Les politiciens russes ont accueilli avec calme la vague de développements politiques en Abkhazie, affirmant que le changement à la tête de la région n’affecterait pas les relations. La Russie reconnaît et soutient les revendications de la région à devenir un État. La Géorgie considère que l’Abkhazie est sous occupation russe.

Jeudi soir, l’assemblée législative d’Abkhazie a approuvé un document non contraignant appelant à la démission du président sortant Raul Khajimba.

Environ 200 manifestants qui participaient à une élection locale ont pénétré dans le bâtiment  qui abrite le siège des autorités le 9 janvier au soir, défonçant la porte et brisant les vitres pour entrer et exiger la démission du président.

Les manifestants demandaient l’annulation des élections présidentielles du 8 septembre, lors desquelles Raul Khajimba a remporté la victoire avec une avance de seulement 1 000 voix, dans une région qui compte environ 240 000 habitants.

L’Abkhazie s’est détachée de la Géorgie après l’effondrement de l’Union soviétique. La plupart des pays la considèrent comme une partie de la Géorgie, mais la Russie a reconnu son indépendance, ainsi que celle de l’Ossétie du Sud, après avoir gagné une courte guerre contre la Géorgie en 2008. La Russie a des troupes basées en Abkhazie.

Moscou financera la modernisation de l’armée abkhaze

Le président russe, Vladimir Poutine, a approuvé une proposition de son gouvernement visant à financer la modernisation des forces armées de la République d’Abkhazie.

La présidente de la Géorgie, Salomé Zourabichvili, a déclaré qu’elle était « très attentive » à l’évolution de la situation dans la région et a qualifié les élections d’illégitimes et de « processus fictif ».

Peter Stano, porte-parole de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a déclaré à Euractiv que bien que l’UE ne reconnaisse pas « le cadre dans lequel les élections présidentielles de facto ont eu et auront lieu, nous travaillons pour un environnement stable et sûr ».

Vendredi 10 janvier au soir, la Cour suprême d’Abkhazie a annulé les résultats des élections et a appelé à de nouvelles élections, a rapporté le média en ligne Caucasian Knot.

Samedi 11 janvier, le ministre géorgien de la Réconciliation, Ketevan Tsikhelashvili, a déclaré que la sécurité de la population dans la région d’Abkhazie occupée par les Russes constituait la priorité essentielle du gouvernement à Tbilissi et que la politique géorgienne « resterait de toute façon inchangée ».

« Il est évident que tous les processus et développements en Abkhazie sont au centre de nos préoccupations, et notre priorité est tout d’abord de s’assurer que tout développement est pacifique et que la sécurité de la population n’est pas en danger », avait-il déclaré plus tôt.

Le même jour, à Sokhumi, la capitale du territoire, le bureau du procureur a annoncé l’ouverture d’une procédure pénale, réclamant des armes de service volées pendant les manifestations, et alléguant que des citoyens étrangers étaient impliqués dans l’organisation et la participation aux émeutes.

La commission électorale centrale de la région a convoqué une réunion extraordinaire et a annoncé dimanche 12 janvier la tenue d’élections anticipées le 22 mars.

« Nous avons réussi à atteindre d’urgence un quorum, certains membres de la commission électorale sont venus de Moscou », a déclaré aux journalistes Tamaz Gogia, le président de la commission. Les élections ont été programmées malgré le fait que Tamaz Gogia ait trouvé des incohérences et des contradictions dans la loi électorale.

Dimanche, les manifestants ont marché vers la datcha d’État du président, exigeant sa démission. Raul Khajimba a annoncé sa démission plus tard dans la soirée, ce qui a été accueilli par des applaudissements et des coups de feu tirés en l’air par les manifestants.

Plus tard dans la soirée, les manifestants ont rendu le bâtiment administratif occupé depuis le vendredi 10 janvier au service de sécurité de l’État, ont rapporté les médias locaux.

Lundi, le parlement de facto d’Abkhazie a accepté la démission de Raul Khajimba et a nommé à l’unanimité le premier ministre du territoire, Valeri Bganba, président par intérim, conformément aux exigences de la constitution de la région séparatiste.

« Raul Khajimba a décidé de ne pas se présenter aux nouvelles élections présidentielles », a annoncé le vice-président de facto de l’Abkhazie, Aslan Bartsits, a rapporté Caucasian Knot. Aslan Bartsits a également démissionné plus tard dans la journée.

Aslan Bzhania, le leader de l’opposition abkhaze, qui a participé activement aux manifestations, a annoncé qu’il se présenterait aux élections présidentielles.

« Les gens m’ont cru, ils m’ont suivi, donc je vais me présenter aux élections », a-t-il déclaré.

« Quel que soit le résultat des élections, la politique de Sokhumi envers la Russie restera la même, grâce au soutien de la Russie, l’Abkhazie est devenue un pays indépendant », a déclaré Sergei Tsekov, un ancien politicien ukrainien qui est maintenant membre de l’Assemblée fédérale de Russie depuis la Crimée.

Le chef de l’opposition, Aslan Bzhania, a remercié la Russie pour avoir aidé l’Abkhazie à « résoudre la crise politique de quatre jours », ont rapporté les médias géorgiens.

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