Les dirigeants africains annulent le « mini-sommet » avec l’UE, la tension monte

Tandis que les tensions institutionnelles couvent entre l’UE et l’Union africaine (UA), le « mini-sommet » entre les dirigeants européens et africains prévu mercredi 9 décembre a été annulé. EPA-EFE/KIM LUDBROOK

Tandis que les tensions institutionnelles s’exacerbent entre l’UE et l’Union africaine (UA), le «mini-sommet » entre les dirigeants européens et africains prévu mercredi 9 décembre a été annulé.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, actuellement chef de file de l’UA, a annulé le sommet mardi 8 décembre. Des sources impliquées dans les pourparlers entre les deux parties ont avancé que cette décision faisait suite à des désaccords concernant le fond et la forme de la réunion.

Que ce soit du côté africain ou européen, personne n’était en mesure de participer au sommet, à l’exception du président Ramphosa et de la chancelière Merkel.

La réunion était perçue par Bruxelles comme « une chance de renforcer les relations entre les deux géants en vue du prochain sommet et de s’entretenir sur leur partenariat ».

Toutefois, plusieurs responsables africains semblaient contrariés de voir l’UE tenter de mener le bal sans réelle consultation connexe.

Le mini-sommet avait été annoncé il y a deux mois environ par le président du Conseil européen Charles Michel, sans trop que les leaders africains aient eu voix au chapitre, peu de temps après l’annulation du sommet UE-AE prévu en octobre en raison de la deuxième vague de Covid-19.

La feuille de route de la Commission européenne publiée en mars promettait d’« œuvrer à un avenir plus prospère, pacifique et durable pour tous ». Dans ce contexte, cinq partenariats avaient été présentés en matière d’énergie, numérisation, investissement, paix et migration. L’UA devrait à son tour publié son propre document de synthèse sur ses espoirs liés au programme partenarial.

« L’UE doit repenser son approche au processus de consultation. L’annulation du sommet reflète la nécessité de prendre la partie africaine au sérieux », a fait savoir un représentant proche du dossier.

Alors que le début 2020 était marqué par la volonté de voir se dessiner un « partenariat stratégique » entre l’UE et l’Afrique d’ici à la fin de l’année, peu de progrès ont été effectués dans cette direction, notamment parce que les deux acteurs ont fait de la lutte contre la pandémie du SARS-CoV-2 leur priorité phare.

L’annulation du sommet a été accueillie avec désarroi parmi les ONG de développement.

« La volteface de l’UE à la dernière minute renvoie un signal inquiétant de leur méfiance envers l’engagement européen de façonner un partenariat plus solide », a déploré Brandon Locke, de l’organisme The ONE Campaign.

« Le partenariat UE-UA doit aller au-delà de la relation “donneur-bénéficiaire” et évoluer en une alliance d’égal à égal où l’Europe reconnaît les intérêts de l’Afrique et sa vision de l’avenir », a-t-il renchéri, avançant que le bloc « devait prendre des engagements concrets afin de rééquilibrer le partenariat économique entre les deux continents ».

Jeudi dernier (3 décembre), les négociateurs de l’UE et des pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) ont conclu un accord de partenariat sur vingt ans devant succéder à l’accord de Cotonou, et ce après presque trois de négociations houleuses.

Bien que le récent pacte inclue un nouveau protocole régional entre l’UE et l’Afrique subsaharienne et un texte plus strict sur la réadmission et le renvoi des migrants, il n’apporte pas de changement aux relations commerciales fondées sur des accords de partenariats économiques contestés et vivement critiqués en raison du maintien du déséquilibre dans les activités entre l’UE et les pays africains.

Subscribe to our newsletters

Subscribe