Albanie : un sortant seul contre tous après une campagne acrimonieuse

Se présentant en capitaine affrontant la tempête, Edi Rama brigue un troisième mandat face au Parti démocratique de centre-droit allié avec une dizaine de partis de tous bords. [EPA-EFE/JOHN THYS]

L’Albanie vote dimanche (25 avril) lors de législatives jugées vitales pour ses rêves d’Union européenne après une campagne outrancière émaillée d’insultes, d’accusations de corruption et d’incidents violents.

Le Premier ministre socialiste sortant Edi Rama affronte une opposition aussi hétéroclite que déterminée à le faire chuter.

La communauté internationale scrute de près ce scrutin qui a valeur de test du bon fonctionnement des institutions fragiles de la jeune démocratie.

Depuis la fin du communisme dans le pays pauvre des Balkans au début des années 1990, les résultats des élections sont systématiquement contestés par les perdants et donnent lieu à des accusations de fraude.

Une situation qui provoque une certaine lassitude au moment où l’Albanie, déjà victime d’un séisme dévastateur fin 2019, accuse durement le coût économique et sanitaire de la pandémie du coronavirus.

« La moindre des choses que les partis politiques puissent faire est de laisser de côté leurs conflits et d’œuvrer sérieusement à l’intérêt de tous car on est tous fatigués », dit à l’AFP Arisa Kraja, une enseignante de 45 ans.

Le virus aggrave les maux économiques de l’Albanie, où le salaire moyen est de 420 euros et qui est confrontée à une émigration massive, en particulier des jeunes et des plus éduqués vers des pays comme l’Allemagne ou l’Italie.

Cela fait en outre deux ans que le pays de 2,8 millions d’habitants est englué dans une crise politique qui voit une partie de l’opposition boycotter le Parlement.

Embuscade

Se présentant en capitaine affrontant la tempête, Edi Rama brigue un troisième mandat face au Parti démocratique de centre-droit allié avec une dizaine de partis de tous bords.

En embuscade, le MSI fondé par le président Ilir Meta, un adversaire farouche du chef de gouvernement dont le parti a souvent joué le rôle de faiseur de roi.

Bruxelles a dit oui au lancement de négociations d’adhésion avec Tirana mais sans fixer de date et tous promettent de mener à leur terme les changements nécessaires, à commencer par la réforme du système judiciaire et la lutte contre la criminalité organisée.

Edi Rama accuse ses adversaires d’avoir pour seul programme et seul point commun l’idée de « mener une bataille finale contre le Premier ministre ».

Il réclame du temps pour finir les projets d’infrastructures entravés par la pandémie, continuer de reconstruire les milliers de logements détruits par le séisme.

Cet artiste-peintre de 56 ans mise sur une campagne de vaccination massive, promettant d’immuniser d’ici fin juin 500 000 Albanais contre un virus qui a fait 2 400 morts environ.

En face, l’opposition promet de relancer l’économie en soutenant les petites entreprises et accuse le sortant de tous les maux.

Edi Rama « a manipulé les résultats des précédentes élections, a mis la main avec une poignée de gens sur l’économie, contrôle tous les pouvoirs et entrave les perspectives européennes de l’Albanie », assène Lulzim Basha, 46 ans, patron des démocrates. « Son départ est la seule solution pour libérer l’Albanie ».

Maturité

L’intéressé dément tout et accuse ses adversaires d’avoir peur de la réforme judiciaire en cours.

La vie politique albanaise est souvent marquée par l’outrance verbale et la rhétorique incendiaire.

Malgré les appels à la retenue des ambassades occidentales, la campagne s’est tendue dans les derniers jours, avec la mort d’un militant socialiste abattu dans une fusillade avec des partisans des démocrates, sur fond d’accusations d’achats de voix.

« Le bon déroulement du processus électoral (…) contribue à mesurer le degré de maturité politique nationale », prévient Vincenzo Del Monaco, l’ambassadeur de l’OSCE à Tirana qui déploiera des dizaines d’observateurs pour surveiller le scrutin.

Pour limiter les possibilités de fraude et conformément aux attentes occidentales, le code électoral a été réformé et pour la première fois, l’identité des électeurs sera vérifiée par des moyens électroniques.

Si les rares sondages donnent l’avantage aux socialistes, le scrutin reste incertain et les « derniers jours seront décisifs pour les voix des indécis », relève l’analyste Lutfi Dervishi.

Face à des niveaux de corruption et d’impunité toujours élevés, beaucoup placent leurs espoirs dans les nouvelles institutions judiciaires spécialisées dans la chasse aux abus plutôt que dans la classe politique.

« Je vais voter mais je suis convaincue que le changement dans ce pays va venir de la justice, qui doit mettre le plus vite possible derrière les barreaux les hommes politiques et autres responsables corrompus quelle que soit leur affiliation », lance Soni Luka, 31 ans, professeure à Tirana.

Selon la commission électorale centrale (CEC), les scores des partis seront publiés dans les deux jours après le vote.

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