Alertes en série avant un sommet sur les migrants

Un sauvetage en Italie ©Frontex

La mise en place de la « task force » pour la Méditerranée doit être examinée par les ministres de l’Intérieur jeudi. Amnesty et le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés appellent à un changement de paradigme sur l’émigration clandestine.

Amnesty International a appelé la France à clarifier sa position en matière de politique migratoire alors que les ministres de l’Intérieur doivent se concerter sur le sujet cette semaine. Le Conseil Justice et Affaires intérieures réunit tous les trois mois les ministres de l’Intérieur ; une réunion est prévue jeudi 5 juin à Luxembourg.

Huit mois après la tragédie de Lampedusa qui avait coûté la vie à 350 migrants, l’afflux d’émigrés clandestins continue en Méditerranée. Les naufrages récurrents portent le nom

Vers 7h00, l’ONG a déposé un bateau en carton devant le ministère de l’Intérieur, à Paris, place Beauvau. Les forces de l’ordre l’ont ensuite retiré.

« 3.500 morts : protégez les migrants » pouvait-on lire sur le bateau chargé de quelque 3.500 pétitions en faveur d’une meilleure protection des droits des migrants et réfugiés, en référence aux 3.500 personnes mortes depuis trois ans en mer Méditerranée et en mer Egée.

Dans une lettre qu’elle devait remettre au ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, l’ONG demande au gouvernement de clarifier sa position.

« On demande à la France de se mobiliser, on ne voudrait pas que ce soit un sujet qui soit réservé aux pays du sud de l’Europe », explique Jean-François Dubost, responsable du programme personnes déracinées chez Amnesty, à Reuters.

Les ministres de la Justice et de l’Intérieur des Vingt-Huit doivent évoquer jeudi « la task force pour la Méditerranée ».

La mise en place de cette structure avait été annoncée peu après le naufrage d’un bateau de pêche le 3 octobre 2013 au large de l’île italienne de Lampedusa, qui avait suscité une vague d’émotion et d’indignation en Europe.

La tragédie, qui avait coûté la vie à plus de 350 migrants, avait été perçue par certains comme une conséquence directe des divergences des pays membres de l’UE face à la question de l’immigration et de l’absence d’une véritable politique migratoire.

Depuis, les actions entreprises ont été nombreuses. Elles vont d’opérations bilatérales – entre la République tchèque et la Turquie par exemple ou la Belgique et la RDC- à des projets de collaboration sur la gestion des documents d’identité, entre le Royaume-Uni et Malte par exemple. Comme le montre ce document, qui sera discuté jeudi, la plupart des mesures sont en cours de montage.

Augmenter les ressources

« L’Union européenne, si elle veut sauver des vies, elle en a les moyens. Il faut juste qu’elle fasse preuve de sa volonté et pour l’instant ce n’est pas vraiment le cas », souligne Jean-François Dubost.

« Nous souhaitons que la France porte ce message positif : il faut que l’UE mette concrètement en oeuvre des opérations de secours et de sauvetage. Aujourd’hui l’UE met plutôt les moyens sur les opérations de surveillance pour empêcher les gens de partir, de Libye par exemple », ajoute-t-il.

Durant la campagne électorale, en France, les candidats s’étaient souvent émus de cette situation. Le centriste François Bayrou s’était notamment indigné que le budget de l’agence Frontex, chargé de la surveillance des frontières européennes, dispose d’un budget inférieur de 40 % à celui de la ville de Pau, dont il est maire.

>>Lire aussi : Le drame de Lampedusa décrédibilise Frontex et Eurosur

Depuis le début de l’année, près de 35.000 personnes ont traversé la Méditerranée entre l’Afrique du Nord et l’Europe, contre 43.000 pour l’ensemble de 2013, selon les chiffres du Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR).

Pour l’ensemble de 2014, le HCR estime que le chiffre devrait dépasser les 60.000, niveau atteint en 2011. Le directeur pour l’Europe de l’HCR, Vincent Cochetel, s’est alarmé dans le Guardian de cette situation, évoquant l’hypothèse de mise en place de centres en Afrique pour empêcher les migrants de traverser la Méditerranée.

Le dirigeant a regretté que l’UE n’ait pas pu sécurisé les trajectoires des migrants, plutôt que de durcir les contrôles aux frontières. Il a surtout averti qu’une « catastrophe humanitaire colossale se préparait si rien n’était fait avant la « saison » des boat-people.

Face à l’afflux de migrants, l’Italie réclame depuis des années un engagement plus fort de l’Union européenne.

Rome, qui prendra en juillet la présidence du Conseil de l’UE, demande notamment que l’opération « Mare Nostrum », qui a secouru plusieurs milliers de personnes depuis son lancement fin octobre, devienne européenne et non plus seulement italienne.

Le ministre italien de l’Intérieur Angelino Alfano a notamment menacé de laisser passer dans les autres pays de l’Union européenne les réfugiés venus d’Afrique qu’elle recueille en mer, en l’absence d’aide de l’UE.

L'Union européenne a mis en place un dispositif coordonné de gestion de ses frontières avec Eurosur, qui est en discussion depuis 2008 et devrait être mis en place fin 2013. L'agence Frontex basée à Varsovie centralise la gestion des questions de sécurité aux frontières. Son budget, comme la majorité des budgets européens, a reculé entre 2012 et 2013 pour cause de tour de vis budgétaires des Etats, passant de 118 à 85 millions d'euros par an.

5-6 juin : réunion à Luxembourg des 28 ministres de l'Intérieur

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