Athènes sous le choc après les menaces proférées par Erdoğan en grec

Le gouvernement grec a appelé à l’unité nationale face à un voisin « imprévisible ». [EPA-EFE/STR]

Dans une série de messages publiés sur Twitter en grec, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a directement menacé les Grecs de ne pas aller trop loin dans leur prise de position en mer Égée, sinon « ils le regretteront ».

Le gouvernement grec a appelé à l’unité nationale face à un voisin « imprévisible », tandis que l’ancien Premier ministre du pays Alexis Tsipras a répondu à M. Erdoğan en turc.

Pendant ce temps, le chancelier allemand Olaf Scholz se rend aujourd’hui à Thessalonique pour participer au processus de coopération en Europe du Sud-Est (SEECP), mais les efforts de médiation de Berlin risquent d’avoir peu de chances d’aboutir.

Au milieu d’une nouvelle escalade dans les relations entre la Grèce et la Turquie après le discours du Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis devant le Congrès américain le mois dernier, M. Erdoğan a directement menacé les Grecs sur Twitter dans leur propre langue.

« Nous avertissons une fois de plus la Grèce d’être prudente, de rester loin des rêves, de la rhétorique et des actions qui la conduiront à des résultats qu’elle regrettera, comme cela s’est produit il y a un siècle », a écrit le président turc sur Twitter.

En invoquant les traités internationaux, Ankara fait pression pour la démilitarisation des îles grecques voisines de la Turquie, affirmant que la présence de l’armée grecque est une menace pour la sécurité de son pays.

D’autre part, les Grecs affirment qu’ils y maintiennent des forces militaires, car, de l’autre côté de la mer Égée, la Turquie dispose de l’« armée de la mer Égée » basée à İzmir.

Les Grecs gardent également de mauvais souvenirs du passé puisqu’en 1974, lorsque la Junte a retiré ses troupes de Chypre, la Turquie a envahi et occupé le territoire chypriote de manière illégale, et ce jusqu’à aujourd’hui encore.

Le fait que la Grèce utilise l’UE et l’OTAN — dont la Turquie est elle aussi membre — comme bouclier dans ses relations avec la Turquie irrite également M. Erdoğan. De son côté, la Turquie a insisté sur le fait que les questions en suspens devaient être résolues de manière bilatérale.

« La tentative d’instrumentaliser l’OTAN et les pays tiers, en les impliquant dans l’illégalité de divers exercices militaires sur des îles non militarisées, n’est qu’une manœuvre qui connaîtra une fin désastreuse », a affirmé M. Erdoğan.

Athènes a réagi par l’intermédiaire du porte-parole du gouvernement, Yiannis Oikonomou, qui a déclaré : « Il est connu que le grec est la langue de la logique, de la liberté et du droit. Ses locuteurs natifs et le monde occidental le savent très bien. Les tactiques choisies par la Turquie ne correspondent à aucune de ces interprétations ».

M. Mitsotakis a appelé à l’unité nationale face à un voisin « imprévisible », ajoutant que « plus il est isolé, plus il se met en colère ».

De son côté, le principal leader de l’opposition et ancien Premier ministre Alexis Tsipras a publié en turc sur Twitter : « La Grèce protégera sa souveraineté contre toute menace. Que les provocations cessent donc et que nous revenions au dialogue sur la base du droit international. La réponse à la crise économique à laquelle nous sommes tous confrontés ensemble n’est pas le nationalisme ».

Le chancelier allemand Olaf Scholz est en visite à Thessalonique aujourd’hui pour participer au SEECP, mais les efforts de médiation de Berlin pourraient avoir peu de chances d’aboutir car M. Erdoğan a clairement fait savoir que, pour lui, « Kyriakos Mitsotakis n’existe plus ».

Les choses se compliquent si l’on tient compte du fait que les deux pays organiseront des élections en 2023, une année où la Turquie célèbre également les 100 ans de la création de l’État turc.

À Athènes, des rumeurs de plus en plus nombreuses font état de la possibilité d’organiser des élections anticipées dès septembre, et le parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie (PPE), souhaite se rapprocher de l’électorat « patriotique ».

En outre, les deux pays sont confrontés à une crise économique sans précédent, la flambée des prix et l’inflation portant un coup sévère au pouvoir d’achat de leurs citoyens.

Les critiques suggèrent qu’une escalade en ce moment peut servir les deux parties sur le plan politique, mais un « accident » résultant de cette escalade ne peut toutefois être exclu.

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