Au Kosovo, la pauvreté entraîne un exode massif vers l’UE

Quitter le Kosovo. Frontière non spécifiée, 2010. [Cliff/Flickr]

L’immigration des Balkans occidentaux vers l’UE n’est pas nouvelle, mais l’ampleur de l’exode actuel en provenance du Kosovo est sans pareille. Ce sont avant tout des membres de la communauté albanaise qui tentent d’entrer en Hongrie via la frontière serbe. Un article d’EURACTIV Serbie.

Le nombre d’Albanais ayant quitté le Kosovo ces derniers mois reste un mystère. Des estimations font état de plusieurs centaines de personnes par jour depuis le début du mois de février. Selon les forces de l’ordre, plus de 50 000 personnes auraient passé la frontière ces deux derniers mois. Depuis août 2014, ce nombre s’élèverait à 100 000 personnes.

Ces chiffres sont démentis par le gouvernement de Priština, qui estime néanmoins que le nombre de migrants représente un lourd fardeau pour le Kosovo.

L’Assemblée du Kosovo vient d’adopter une résolution spéciale pour que le gouvernement mette un terme à la migration illégale. Plus de 40 millions d’euros ont été débloqués pour créer de nouveaux emplois.

Dans le même temps, la présidente, Atifete Jahjaga, a commencé à visiter les municipalités d’où partent le plus grand nombre des migrants pour parler du problème avec les personnes qu’elle rencontre dans la rue et dans les restaurants.

Dans le cadre de mesures destinées à contenir l’hémorragie, le gouvernement a décidé le 5 février de former une commission chargée d’envisager l’annulation de toutes leurs dettes vis-à-vis des institutions et des entreprises publiques créées entre 1999 et la fin de 2008. Il est également question d’annuler les intérêts sur les prêts consentis aux citoyens et aux entreprises après 2008.

>> Lire : Reprise du dialogue entre Belgrade et Priština

Une tâche de taille pour les autorités

Le Premier ministre du Kosovo, Isa Mustafa, a déclaré que la migration était un lourd fardeau pour les autorités et qu’une série de mesures censées endiguer cette tendance en créant de meilleures conditions de vie seraient adoptées.

Le 12 février, Isa Mustafa a ainsi annoncé aux micros de l’agence de presse Beta que « des mesures seront élaborées avec le ministère de l’Intérieur kosovar pour enrayer le départ des citoyens du Kosovo » et que les autorités voulaient mieux informer les citoyens sur le fait qu’ils ne pouvaient pas obtenir l’asile dans les pays européens pour des raisons économiques.

Le gouvernement du Kosovo prépare également un programme de développement économique pour empêcher les citoyens de partir et dispose actuellement de 50 millions d’euros pour le développement de l’agriculture, explique le Premier ministre, qui ajoute que plus de fonds pourraient être débloqués au besoin. 

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Selon lui, le Kosovo est prêt à reprendre les citoyens qui ont tenté d’atteindre l’UE. « Nous somme prêt à accepter le retour des gens qui sont déjà partis. Ce n’est pas facile, parce qu’ils sont nombreux », indique Isa Mustafa.

Kosovo, le pays le plus pauvre de la région

Selon une analyse menée par Radio Television Kosovo, les revenus des employés du secteur public sont en moyenne 100 euros plus élevés que ceux de leurs homologues des pays voisins (Serbie, Monténégro, Macédoine et Albanie).

Pourtant, le Kosovo est le pays le plus pauvre de la région : environ 30 % de la population vit dans la pauvreté, dont 10 % dans l’extrême pauvreté, vivant avec moins d’un dollar par jour.

Selon les chiffres officiels, le taux de chômage se situe autour des 30 %, mais d’autres sources estiment que 40 % de la population est sans emploi, un pourcentage qui grimpe à presque 56 % chez les jeunes âgés de15 à 24 ans. C’est dans cette tranche d’âge que le plus de Kosovars décident d’émigrer.

L’an passé, le PIB en volume de croissance du Kosovo était juste au-dessus de 3 %, alors que le PIB par habitant en 2013 était de 2 935 euros, soit deux fois moins que celui du pays le plus pauvre de l’UE, la Bulgarie, où il s’élève à 5 600 euros, et neuf fois la moyenne européenne de 26 600 euros par habitant en 2013.

Le chemin de la Serbie

Les immigrés clandestins du Kosovo prennent en général le chemin de la frontière serbo-hongroise, en transitant par la Serbie, la route la plus directe, pour entrer, en général illégalement dans l’UE. Récemment, le maire de la ville frontalière (hongroise) d’Asotthalom a demandé la construction d’un mur à la frontière afin d’empêcher les migrants de passer.

Le Kosovo est le seul pays des Balkans dont les habitants ont besoin d’un visa pour se rendre  dans l’UE, bien que des négociations sur le sujet aient été entamées entre la Commission et Priština en janvier 2012.

Le nombre de demandes de passeports serbes enregistrées par des citoyens du Kosovo a augmenté. La Serbie considère toujours le Kosovo comme faisant partie de son territoire et jouit, elle, d’un régime sans visa avec l’UE. Nebojša Stefanovi?, ministre de l’Intérieur serbe, a confirmé que plus de 60 000 demandes émanant de Kosovars avaient été comptabilisées au début du mois de février, sans toutefois préciser depuis quand.

>> Lire : Le spectre du Kosovo complique l’adhésion de la Serbie à l’UE

L’élargissement de l’accord sur la liberté de circulation entre Belgrade et Priština, en septembre 2014, a facilité les déplacements des Kosovars en Serbie, ce qui, selon des représentants serbes, a contribué à leur départ massif vers le reste de l’Europe.

Certains représentants du gouvernement serbe estiment également que le taux très élevé d’émigration des Albanais du Kosovo n’est pas nouveau, mais que le sujet a été politisé et médiatisé en vue du sommet entre Belgrade et Priština, qui s’est déroulé à Bruxelles le 9 février dernier.

Cette rencontre à Bruxelles a permis aux Premiers ministres kosovar et serbe, Aleksandar Vu?i? et Isa Mustafa, de discuter de l’immigration et des moyens de la réduire, comme cela a été confirmé dans les médias kosovars.

Le ministre des Affaires étrangères, Ivica Da?i?, a quant à lui déclaré le 11 février à Budapest que l’UE devrait prendre la situation des migrants kosovars beaucoup plus au sérieux, parce que ni la Serbie ni la Hongrie ne sont la destination finale de ces migrants.

>> Lire : L’Europe frappée par le nombre de demandeurs d’asile en provenance des pays des Balkans occidentaux

Coopération avec les pays de l’UE

Des officiers de la police hongroise, serbe, autrichienne et allemande se sont réunis à Belgrade le 9 février pour discuter de la prévention de l’émigration massive.

Les directeurs de police de ces pays ont décidé d’intensifier la coopération et les contrôles aux frontières. À la frontière serbo-hongroise, le nombre de policiers sera donc augmenté, les gendarmes et la police générale seront impliqués dans les contrôles et la recherche des passeurs.

Des spécialistes allemands apporteront également leur aide en ce qui concerne l’identification des documents falsifiés et la gestion d’un système d’imagerie thermique le long de la frontière.

En plus des raisons économiques, certains analystes de la région estiment que les activités – très lucratives – de certains groupes criminels qui organisent les transferts vers l’UE poussent les Kosovars à émigrer.

>> Lire : L’Allemagne, destination de choix pour les migrants

L’UE exhorte le Kosovo à agir

Le 11 février, la Commission européenne a appelé Priština à agir face au départ soudain et massif de ces migrants vers l’Union en surveillant les frontières, entre autres mesures.

L’exécutif européen a ajouté que le nombre de migrants clandestins kosovars demandant l’asile dans l’UE a augmenté de 40 % depuis décembre, ce qui dépasse la croissance de l’autre plus grand groupe, les migrants arrivant de Syrie et d’Afghanistan.

Selon Natasha Bertaud, porte-parole de la Commission, le Kosovo doit amplifier les contrôles aux frontières, intensifier les campagnes d’information sur les droits des citoyens kosovars voyageant dans l’UE et renforcer sa coopération avec les pays par lesquels passent les migrants et les pays de l’UE vers lesquels ils vont.

« Nous discutons de ces sujets avec les autorités du pays, et c’est aussi inclus dans le dialogue sur la libéralisation du régime des visas [entre l’UE et le Kosovo] », a expliqué la porte-parole.

Selon l'agence Frontex, un nombre record de 12 000 tentatives d'immigration clandestine a été enregistré à la frontière entre la Serbie et la Hongrie en décembre 2014. 40 % des personnes impliquées étaient des Kosovars. Cette tendance pourrait être liée aux rumeurs selon lesquelles la France a rayé le Kosovo de la liste des pays d'origine sûrs, ce qui faciliterait l'obtention d'un permis de séjour.

L'indépendance du Kosovo a été déclarée en février 2008. À ce jour, 22 États membres de l'UE ont reconnu son indépendance. Le pays compte deux millions d'habitants, la plupart appartient à l'ethnie albanaise, mais il existe également une forte minorité serbe.

En octobre 2013, l'Union européenne a débuté la négociation d'un accord de stabilisation et d'association avec le Kosovo. Cet accord, signé en juillet 2014, doit encore être accepté par le Conseil européen.

En mai 2012, Bruxelles avait déjà entamé un dialogue structurel avec Priština sur l'État de droit, quelques mois après le dialogue sur la libéralisation des visas, débuté en janvier 2012.

L'Union européenne dispose toujours d'une mission policière et judiciaire au Kosovo, EULEX.

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