Avec le secteur public de l’armement roumain en difficulté, l’UE et la Roumanie ratent une occasion de réarmement

À l’heure où l’Europe doit renforcer sa défense, le secteur public roumain de l’armement tente désespérément de regagner du terrain. Le secteur privé est quant à lui prospère, ce qui a conduit l’ancien ministre roumain de l’Économie Claudiu Năsui à suggérer qu’une solution pourrait être la privatisation des entreprises. [Shutterstock/Mircea Moira]

Sous l’ère communiste, l’État roumain était l’un des principaux exportateurs d’armes au monde, avec une main-d’œuvre d’environ 230 000 personnes. Aujourd’hui, le secteur public n’emploie plus que 10 000 personnes dans ce domaine, ses usines sont endettées et les parties prenantes estiment que l’avenir est incertain.

À l’heure où l’Europe doit renforcer sa défense, le secteur public roumain de l’armement tente désespérément de regagner du terrain. Le secteur privé est quant à lui prospère, ce qui a conduit l’ancien ministre roumain de l’Économie Claudiu Năsui à suggérer qu’une solution pourrait être la privatisation des entreprises.

« Ce qui ne fonctionne pas, c’est l’industrie d’armement de l’État. Prenons l’exemple de Craiova Aircraft et d’Aerostar Bacău. L’une a été privatisée dans les années 1990, et l’autre est restée propriété de l’État », a-t-il expliqué à EURACTIV.

« Vingt ans plus tard, Aerostar Bacău s’est développée de manière extraordinaire. Elle a grandi, est rentable et produit des équipements de pointe qu’elle exporte parce que l’armée roumaine ne peut pas se les offrir. Craiova Aircraft a quant à elle toujours été en déficit. »

À la fin 2021, l’industrie roumaine de l’armement et des munitions se classait au 14e rang des exportations de l’Union européenne. Entre 2010 et 2020, le pays a exporté pour 1,7 milliard d’euros d’armes, selon le Réseau européen contre le commerce des armes (European Network Against Arms Trade, ENAAT).

M. Năsui a également fait valoir que les entreprises privées produisent la plupart des armes utilisées dans le conflit ukrainien et que les entreprises roumaines ont l’occasion de jouer leur rôle.

Le réarmement de l’UE

L’ancien ministre roumain de la Défense, Gabriel Les, a confié à EURACTIV que l’UE avait été contrainte d’accélérer son processus de réarmement, qui était jusqu’à lors très lent, compte tenu de la situation actuelle.

« Face à l’agression russe, il est clair que nous évoluons dans un nouveau paradigme. Cela entraîne des transformations fondamentales, tant en termes d’échelle des programmes d’armement qu’en termes d’avancement des calendriers initiaux », a-t-il déclaré.

L’un des problèmes qui freinent l’industrie d’armement publique roumaine est le manque d’investissement dans le développement et la technologie, la plupart des fonds étant consacrés aux salaires des travailleurs.

« C’est là que nous avons un problème, car notre industrie de la défense est aujourd’hui mal financée. Périodiquement, ses dettes sont “effacées”, alors qu’une réorganisation massive nécessite des investissements », a déclaré M. Leș.

L’analyste politique Radu Magdin a convenu que la Roumanie est un pays qui a beaucoup de potentiel inexploré.

« La Roumanie est un État clé… Elle possède également un fort potentiel militaire inexploité en raison de longues périodes de sous-investissement dans la défense et les industries connexes. Et notre positionnement clé, qui nous a fait vivre une histoire mouvementée, a toujours fait de nous un pays clé. La question est de savoir ce que nous allons mettre sur la planche de l’UE et ce que nous allons mettre sur celle de l’OTAN », a indiqué M. Magdin.

Et maintenant ?

Le gouvernement roumain a récemment décidé d’annuler les dettes de 10 entreprises de l’industrie de la défense dont les dettes s’élèvent à 27,7 millions d’euros afin de stimuler la reprise de l’industrie, mais M. Leș a déclaré qu’il fallait en faire encore davantage.

« Un effort intégré et une décision prise au niveau stratégique de la Roumanie sont nécessaires. Il n’y a pas d’alternative à une politique d’investissement robuste. »

« La Roumanie peut devenir une plaque tournante, elle peut produire beaucoup d’équipements sous licence, et je vois déjà plusieurs axes de collaboration importants au niveau européen, mais aussi dans la relation avec les États-Unis et Israël », a déclaré M. Leș.

Actuellement, la Bulgarie, Israël et les États-Unis sont les principaux acheteurs des armements roumains, notamment des munitions, des avions et des navires.

Pour 2022, la Roumanie a alloué un budget de 36 milliards de lei (73 milliards d’euros) pour la défense, soit quelque 2,4 milliards de lei de plus qu’en 2021. Pour 2023, le budget de la défense pourrait passer à 2,5 % du PIB, a récemment annoncé Florin Cîțu, chef du Sénat roumain.

Pour M. Leș, il n’y a pas de débat sur la voie à suivre.

« Si nous devons voir l’opportunité dans la crise, je crois que la revitalisation de l’industrie de l’armement est l’une des directions », a-t-il conclu.

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