Avion dérouté, proches interpellés… Ce que l’on sait de l’arrestation de l’opposant russe Navalny

Image tirée d'un document vidéo posté par Kira Yarmysh, secrétaire de presse d'Alexei Navalny, sur Twitter montre le leader de l'opposition russe et activiste anti-corruption Alexei Navalny, pendant sa détention par des officiers du service pénitentiaire fédéral russe à l'aéroport Sheremetyevo de Moscou, Russie, le 17 janvier 2021. [EPA-EFE/KIRA YARMYSH EDITORIAL USE ONLY/NO SALES]

Cinq mois après avoir été victime d’une tentative présumée d’empoisonnement, Alexeï Navalny, 44 ans, farouche opposant au président Vladimir Poutine, a été interpellé dimanche à Moscou, dès sa descente d’avion. Le charismatique militant anti-corruption et ennemi juré du Kremlin, était accompagné de sa femme Ioulia, lorsque les policiers sont intervenus. L’intéressé a ensuite été conduit vers une destination inconnue.

L’ONG Amnesty International s’est immédiatement élevée contre cette arrestation, estimant que celle-ci faisait d’Alexeï Navalny un « prisonnier de conscience » victime d’une « campagne implacable » des autorités russes visant à « le faire taire ».

Pourquoi a-t-il été arrêté  ?

Alexeï Navalny est recherché depuis fin décembre par le FSIN, le service en charge des prisons en Russie, qui estime que l’opposant a violé les conditions d’une peine avec sursis dont il a écopé en 2014.

Les services pénitentiaires avaient menacé dès jeudi de l’arrêter s’il rentrait en Russie. Ils lui reprochent de ne pas s’être présenté auprès d’eux deux fois par mois, comme l’exigent les conditions d’une peine de cinq ans de prison avec sursis pour détournements de fonds le visant, que l’opposant dénonce comme politiquement motivée.

Il est aussi visé depuis fin décembre par une nouvelle enquête pour fraude, soupçonné d’avoir dépensé pour son usage personnel 356 millions de roubles (3,9 millions d’euros) de dons.

Comment s’est déroulée l’arrestation  ?

Devant à l’origine atterrir à l’aéroport Vnoukovo de Moscou, l’avion transportant l’opposant a été dérouté à la dernière minute vers celui de Cheremetievo.

En montant à bord, Alexeï Navalny s’était dit « très heureux » de rentrer et avait assuré « n’avoir rien à craindre en Russie ». « Je suis certain que tout va bien se passer. On va m’arrêter ? Ce n’est pas possible, je suis innocent », avait-il lancé.

Mais alors qu’il s’apprêtait à donner son passeport pour le contrôle à la frontière, aux côtés de son épouse Ioulia, le militant a été approché par plusieurs policiers en uniforme qui l’ont emmené. « Il restera en détention jusqu’à la décision du tribunal » sur son cas, a indiqué le FSIN, sans préciser à quelle date elle pourrait avoir lieu.

« Ici, c’est chez moi. Je n’ai pas peur […] car je sais que j’ai raison et que les affaires criminelles lancées contre moi sont montées de toutes pièces. Je n’ai peur de rien et je vous appelle à n’avoir peur de rien », a déclaré M. Navalny peu avant son arrestation.

D’autres arrestations ont-elles eu lieu  ?

À l’aéroport Vnoukovo où devait initialement se poser l’avion, la plupart de ses alliés venus l’accueillir ont été interpellés par la police – dont Lioubov Sobol, figure montante de l’opposition russe – avant d’être relâchés quelques heures plus tard.

Selon l’ONG spécialisée OVD-Info, 65 personnes au total ont été interpellées dimanche à Moscou et Saint-Pétersbourg en lien avec le retour de M. Navalny.

Navalny est-il visé par le Kremlin  ?

Le chef de file de l’opposition russe était subitement tombé dans le coma en août, alors qu’il revenait d’une tournée électorale en Sibérie. D’abord hospitalisé à Omsk, il avait finalement été évacué vers un hôpital berlinois sous la pression de ses proches.

Trois laboratoires européens ont depuis conclu que l’opposant avait été empoisonné par un agent innervant de type Novitchok, développé à l’époque soviétique à des fins militaires, conclusion confirmée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) malgré les dénégations de Moscou.

L’opposant accuse les services spéciaux russes (FSB) d’avoir tenté de l’assassiner sur l’ordre direct du président russe Vladimir Poutine.

Les autorités russes ont systématiquement refusé d’ouvrir une enquête. Moscou a confirmé dimanche avoir reçu des documents au sujet de M. Navalny de la part de l’Allemagne, mais assuré qu’ils « ne comportaient essentiellement rien » de ce que la Russie voulait.

S’il est largement ignoré des médias nationaux, non représenté au Parlement et inéligible, Alexeï Navalny reste la principale voix de l’opposition russe, en partie grâce à sa chaîne YouTube aux 4,8 millions d’abonnés et son organisation, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK), dénonçant la corruption des élites.

Malgré les perquisitions, les pressions et les condamnations à de courtes détentions visant régulièrement M. Navalny ou ses alliés, il a réussi à organiser plusieurs manifestations très suivies ces dernières années, et des revers embarrassants pour le pouvoir lors de scrutins locaux.

Sa notoriété reste toutefois limitée en dehors des grandes agglomérations, un sondage du centre indépendant Levada en septembre révélant ainsi que seulement 20 % des Russes approuvaient ses actions.

Quelles sont les réactions internationales  ?

La France a appelé dimanche à la « libération immédiate » de l’opposant russe Alexeï Navalny, arrêté à Moscou dès son arrivée depuis l’Allemagne où il se trouvait en convalescence après avoir survécu à un empoisonnement présumé.

« La France a pris connaissance avec une très forte préoccupation de l’arrestation en Russie de M. Alexeï Navalny. Elle suit, avec ses partenaires européens, sa situation avec la plus grande vigilance et appelle à sa libération immédiate », a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

« Les États-Unis condamnent fermement la décision de la Russie d’arrêter Alexeï Navalny », a déclaré le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo dans un communiqué, estimant « que sa détention est la dernière d’une série de tentatives pour faire taire Navalny et d’autres personnalités de l’opposition et voix indépendantes qui critiquent les autorités russes ».

Le futur conseiller à la sécurité nationale du président élu américain Joe Biden, Jake Sullivan, a également appelé à la libération de l’opposant et à « tenir responsables » les auteurs de son empoisonnement en août.

Le président du Conseil européen Charles Michel a jugé « inacceptable » l’interpellation de M. Navalny, exigeant sa libération « immédiate ». La Lituanie a appelé à adopter de nouvelles sanctions contre Moscou et la Pologne à une « réponse rapide et sans équivoque au niveau de l’UE ».

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova a rétorqué via Facebook, demandant aux responsables étrangers de « respecter le droit international » et de « se mêler de leurs propres problèmes ».

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