Barroso agit afin de limiter les dégâts du scandale de la viande chevaline

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José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, a ardemment défendu mardi (5 mars) la réponse de l’UE au scandale de la viande chevaline qui a ébranlé la confiance des consommateurs et qui, plus largement, pourrait avoir des répercussions sur le commerce international.

La réponse de M. Barroso au scandale fait suite aux déclarations de Tonio Borg, le commissaire en charge de la santé et de la politique des consommateurs. Au cours d'un entretien avec EURACTIV, M Borg a minimisé l'importance des appels lancés par certains eurodéputés en faveur de règles plus strictes en matière d'étiquetage des aliments.

M. Barroso a reconnu que, grâce au système européen d'alerte pour les denrées alimentaires, les autorités de sécurité et l'opinion publique étaient rapidement mises au courant de la présence frauduleuse éventuelle de viande de cheval dans des produits à base de viande. Il a toutefois reconnu que l'Europe avait besoin d'un outil juridique plus développé en vue de sanctionner des actes répréhensibles.

« Aucun système au monde ne peut empêcher les gens d'entreprendre des actions illégales », a-t-il répondu aux questions posées au cours du Forum sur le futur de l'agriculture à Bruxelles. « En réalité, notre système fonctionne correctement et permet d'identifier une violation des règles. »

« On critique généralement l'Union européenne pour sa réglementation excessive […] et maintenant que nous rencontrons un problème, la population se demande où se trouve la réglementation », a-t-il déclaré. « Il était possible d'identifier l'origine du problème et nous avions une réponse rapide à ce sujet. »

En réaction à l'entretien de Tonio Borg avec EURACTIV, le groupe socialiste au Parlement européen a indiqué que le commissaire européen en charge de la santé avait tort de s'opposer à une révision des règles de l'UE qui imposeraient également l'étiquetage d’aliments transformés comme les lasagnes.

« Il fait clairement erreur », a déclaré l'eurodéputée française Bernadette Vergnaud, en déclarant que de nouvelles obligations en matière d'étiquetage obligeraient les industries de transformation alimentaire à « s’intéresser à l’origine des produits qu’elles utilisent » et « seraient donc un premier élément dans la lutte contre ce type de fraude ».

Des répercussions mondiales

Les déclarations de M. Barroso surviennent sur fond d'inquiétudes croissantes à l'échelle mondiale lorsque des traces de viande de cheval ont été découvertes il y a deux mois dans des steaks hachés emballés en Grande-Bretagne et en Irlande.

Certains craignent que les produits agricoles européens prisés puissent faire l'objet d'un contrôle renforcé. L'UE exporte des produits agricoles pour une valeur supérieure à 100 milliards d'euros par an et l'agriculture représente 6 % de l'économie, selon des données de la Commission.

Des responsables russes ont déjà mis en doute la fiabilité des exportations de l'UE à la suite de la découverte de viande de cheval dans des saucisses importées d'Autriche.

Les autorités de sécurité alimentaire de l'UE et de la Russie collaborent à une enquête, selon des responsables de la Commission.

La Russie a adopté une mesure le mois dernier en vue d'interdire les viandes surgelées provenant d'Allemagne, ce qu'ont reproché des représentants de l'UE, même si Moscou a nié que cette action était liée aux découvertes de viande de cheval. L'État russe a expliqué à l'Organisation mondiale du commerce qu'il avait pris cette décision parce que les Allemands ne disposent pas de contrôles vétérinaires suffisants.

Le scandale de la viande chevaline survient également à un moment où les dirigeants européens espèrent tirer profit de l'ouverture des négociations commerciales rapides par le président américain, Barack Obama.

Robert Zoellick, le dernier président de la Banque mondiale et représentant américain pour le commerce, a expliqué à des journalistes à Bruxelles que l'agriculture serait « l'un des thèmes les plus difficiles » lors des négociations entre l'UE et les États?Unis. M. Zoellick s'est également exprimé lors du Forum sur le futur de l'agriculture.

Exportations polluées

Les questions liées à l'agriculture et à la sécurité alimentaire ruinent depuis longtemps les espoirs de nouer des liens commerciaux plus étroits entre les deux côtés de l'Atlantique. Les Européens s'opposent aux aliments génétiquement modifiés et mettent en doute la sécurité de la viande et des produits carnés américains. L'UE n’a assoupli les restrictions sur les porcs et les boeufs nettoyés à l'acide lactique importés des États-Unis que le mois dernier, en vue d'encourager les négociations commerciales.

Mardi, un haut responsable de la Commission a nié que l'affaire de la viande de cheval avait exposé les consommateurs à des risques pour la santé et la sécurité en raison des produits carnés de l’UE. Il a toutefois admis que le coût pour la réputation de l'UE était beaucoup plus élevé que le montant réel des coûts du retrait des produits préparés.

Jusqu'à présent, le scandale de la viande concernait entre 800 et 850 tonnes de viande de cheval et 3 600 tonnes de produits carnés préparés ont été écartées.

« Il ne s'agit pas d'une question d'étiquetage ou de sécurité alimentaire », a expliqué lors d'une conférence de presse Ladislav Miko, directeur général adjoint pour la chaîne alimentaire. « Nous n'avons toujours pas trouvé de risque pour la sécurité. »

En réponse à l'affaire de la viande de cheval, M. Barroso a déclaré que la Commission comptait renforcer ses pouvoirs d'exécution, dont la possibilité d'imposer des amendes.

Il a cependant insisté sur le fait qu'aucun changement de réglementation n'était nécessaire.

« Soyons honnêtes. Nous système en Europe est probablement l'un des meilleurs, si pas le meilleur au monde en termes de qualité, de normes pour la protection des consommateurs […] », a-t-il ajouté.

L'UE a entamé des tests ADN sur des denrées alimentaires à la suite de la découverte de viande de cheval dans de nombreux plats au boeuf.

Les dirigeants européens ont accepté ce projet que les États membres de l'UE peuvent prolonger de deux mois en vue de déterminer l’ordre des événements qui ont mené à l'affaire de la viande de cheval.

La Commission devrait publier les premiers résultats d'ici le 15 avril.

Des tests révéleront également si la viande de cheval contenait des résidus de médicaments néfastes, à la suite de l'abattage de six chevaux positifs à l'anti-inflammatoire phénylbutazone au Royaume-Uni. Cette substance est interdite à la consommation humaine selon des règles de l'UE.

  • 15 avril : publication supposée des premiers résultats des tests de l’UE sur des produits carnés 

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