Belgrade conteste les critiques de Bruxelles sur la liberté de la presse en Serbie

[nofrills/Flickr]

Le rapport sur les progrès réalisés par la Serbie dans le cadre de l’adhésion à l’UE a provoqué des réactions divergentes à Belgrade. Le premier ministre Aleksandar Vu?i? est satisfait du rapport, mais rejette les critiques sur la liberté de la presse. Un article d’EURACTIV Serbie. 

Aleksandar Vu?i?, le premier ministre serbe, a salué le rapport annuel de la Commission européenne sur les progrès réalisés par la Serbie en vue d’intégrer l’Union européenne. Il a indiqué que sur certaines évaluations, il aurait même été plus dur que l’exécutif européen. Du point de vue de l’opposition, il n’y a pourtant aucune raison de se réjouir.

Le rapport représente une opportunité pour la Serbie de clarifier sa position face à la Russie, notamment sur la question de la construction du gazoduc South Stream. L’UE voudrait que sa construction ait lieu une fois le cadre réglementaire européen mis en place.

>> Lire : La Serbie mise sur la solidarité avec l’UE face à l’embargo russe

Les autorités nationales ont bien accueilli le rapport en règle générale. Selon eux, Bruxelles reconnaît les efforts réalisés et la volonté politique de la Serbie, notamment dans le domaine de la lutte contre la corruption et le crime organisé. La corruption est largement répandue en Serbie, et l’UE attend des améliorations depuis de longues années maintenant.

Aleksandar Vu?i? a expliqué qu’il avait lu le rapport un jour avant que le gouvernement rencontre le chef de la délégation de l’Union européenne, Michael Davenport, qui lui a remis en main les documents.

Aux dires du premier ministre serbe, il aurait été même plus dur que la Commission européenne dans son évaluation sur certains points. Il a par exemple cité le système judiciaire, en dénonçant qu’aucun verdict judiciaire n’était suivi d’effet dans son pays.

Cependant, au sujet de la liberté d’expression et des médias, qui représentent l’une des normes clés de la Commission, le premier ministre rejette l’existence de pressions exercées par l’État sur les médias.

En particulier, il met en exergue l’évaluation du chapitre 10, « média et société de l’information », dans lequel les progrès serbes sont considérés comme étant médiocres, alors que le pays avait été salué pour avoir voté un train de mesures sur les médias.

Ceci étant dit, les principales inquiétudes en provenance de l’UE se trouvent au chapitre 23, qui traite des questions liées aux droits fondamentaux. La Serbie a reçu une évaluation négative pour ce qui est de la liberté d’expression. Le rapport fait mention entre autres de la détérioration des conditions pour l’exercice plein et entier de la libre expression, d’une tendance à la hausse à l’autocensure, d’une influence gouvernementale excessive dans les politiques éditoriales, enfin d’une série d’attaques à l’encontre de certains sites Internet. La Serbie s’est vue demander d’enquêter sur ces différentes affaires.

Aleksandar Vu?i? a vivement réagi. Il rejette ces conclusions et ne retient que celles demandant à Belgrade d’examiner ces différents points, ce qu’il fera, a-t-il assuré. Le premier ministre nie toute influence et pression de l’État sur les médias. Selon le premier ministre serbe, son pays fait l’objet de critiques beaucoup plus dures que d’autres à ce sujet. Il rappelle que d’autres sources font également pression sur les médias nationaux, comme les annonceurs, mais aussi les ambassades étrangères.

Pas de South Stream sans accord avec l’UE

Lors d’une conférence de presse commune en compagnie du chef de la délégation de l’UE auprès de la République de Serbie, Aleksandar Vu?i? a également clarifié sa position quant à la Russie. C’est ici une autre difficulté à laquelle la Serbie est confrontée. Le pays est en effet fortement dépendant de la Russie pour ce qui est de son approvisionnement en énergie, ce qui serait d’autant plus vrai avec le gazoduc South Stream. En outre, l’opinion publique porte une importance particulière à ses relations avec Moscou.

Aleksandar Vu?i? a déclaré que la Serbie respectera les règlements européens, tout en maintenant ses relations avec le président Vladimir Poutine.

Au sujet de South Stream, même s’il a reconnu que l’accord entre la Russie et la Serbie était bon, la construction du gazoduc dépendait avant tout des relations entre l’UE et de la Russie.

Il a aussi souligné que la Serbie, quelles que soient les relations avec la Russie, n’a entrepris aucune action en vue d’attiser le conflit en Ukraine.

Le parti démocratique, qui représente le principal parti d’opposition, et qui est par ailleurs proeuropéen, juge pour sa part qu’il n’y a aucune raison de se réjouir. Borislav Stefanovi?, de l’opposition, considère que le rapport contient des éléments positifs et négatifs. Selon lui, les évaluations négatives relatives aux réformes judiciaires et l’état des médias nationaux sont préoccupants.

Le Parti démocratique de la Serbie, parti de droite et eurosceptique, juge que le rapport est une nouvelle preuve que le processus d’adhésion porte préjudice au pays. Ainsi, il dénonce le rapport, dont la majeure partie est un appel pour une normalisation des relations avec le Kosovo. Or une telle normalisation consisterait à une reconnaissance de facto de l’indépendance du Kosovo, mais aussi d’une harmonisation des politiques extérieures entre Belgrade et Bruxelles face à la Russie. Selon le parti eurosceptique, ces deux dernières demandes sont deux pommes de discorde qui n’existeraient pas sans l’ingérence de l’Occident dans les affaires serbes. 

>> Lire : Le spectre du Kosovo complique l’adhésion de la Serbie à l’UE

La publication du rapport de la Commission européenne annuel sur les progrès de la Serbie dans la cadre de son adhésion à l'UE est vu comme un évènement majeur par la classe politique du pays depuis des années maintenant.

Ce document est d'autant plus important que l'adhésion de la Serbie à l'UE représente l'objectif de plusieurs gouvernements précédents. Les négociations ont commencé sous le pilotage des anciens partis nationalistes et non sous le « bloc démocratique », qui soutenait avec force le projet d'adhésion. Les deux premiers partis au sein du gouvernement sont le Parti progressiste serbe d'Aleksandar Vu?i?, fondé en 2008 à la suite d'une scission avec le parti d'extrême-droite du Parti radical serbe, et le Parti socialiste de Serbie, dont Slobodan Miloševi? a été à la tête durant la guerre de Yougoslavie dans les années 90. Ces derniers ont été à l'origine de certaines initiatives, notamment l’instauration d’un dialogue avec Pristina, ce qui ont permis d'ouvrir les négociations avec l'UE. 

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