Berlin protège d’anciens militaires turcs

La police anti-émeute protège le consulat néerlandais des partisans de Recep Tayyip Erdogan, qui crient des slogans contre les Pays-Bas, à Istambul, Turquie, le 12 mars 2017. EPA/CEM TURKEL [Cem Turkel/ EPA]

Plus de 400 anciens fonctionnaires turcs ont demandé l’asile en Allemagne, qui a décidé de protéger un certain nombre d’anciens militaires. Et ce malgré l’opposition d’Ankara. Un article de notre partenaire, Der Tagesspiegel.

La position d’Ankara est claire : en janvier, le ministre de la Défense, Fikri Işık, a dit à l’Allemagne de refuser les demandes d’asile de soldats turcs, menaçant Berlin de « très graves conséquences » dans le cas contraire. Le gouvernement allemand fait cependant la sourde oreille et certains soldats ont reçu l’asile, une décision qui refroidit encore la relation entre Berlin et Ankara.

Le ministère allemand de l’Intérieur a confirmé que « dans certains cas, les demandes d’asile de détenteurs d’un passeport diplomatique turc [avaient] été résolu de manière positive ». Le ministère n’a pas souhaité donner de plus amples détails, pour des raisons de protection de la vie privée.

Selon plusieurs grands journaux, les personnes ayant reçu l’autorisation de l’installer en Allemagne sont d’anciens soldats turcs qui étaient stationnés en Allemagne avant leur démobilisation.

« Les demandes d’asile sont examinées de manière individuelle et selon des critères de protection spécifiques », a indiqué un représentant du ministère, qui ajoute que les conséquences du coup d’État manqué de l’été dernier, particulièrement pour l’opposition politique, sont prises en compte par les services gérant les demandes.

Si les décisions sont prises de manière individuelle, l’octroi par l’Allemagne d’une protection pour d’anciens soldats soumis à des persécutions politiques dans leur pays d’origine est une question politique.

Juste après la tentative de putsch, la Turquie avait confronté Athènes sur l’extradition de militaires arrivés en hélicoptère en Grèce et fuyant les purges.

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10 % des Turcs résidant en Autriche possèdent une double nationalité illégale. Une situation à laquelle le ministre l’Intérieur entend agir pour mettre un terme, au lendemain du référendum turc. Un article d’Euractiv Allemagne

Ankara a mis en place une répression brutale contre tous les citoyens accusés d’avoir des liens avec la tentative de putsch de juillet 2016 et avec les soutiens de l’opposant exilé aux États-Unis Fethullah Gülen. Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a en effet accusé à plusieurs reprises Fethullah Gülen d’être le cerveau de l’opération et d’avoir placé ses partisans au sein des appareils judiciaire, militaire et administratif de l’État.

Des milliers de soldats, juges et policiers ont ainsi été arrêtés après la tentative de coup d’État. Le nombre de fonctionnaires, notamment des enseignants, ayant été renvoyés de leurs fonctions s’élève quant à lui à des dizaines de milliers de personnes.

Inquiets pour leur avenir, plus de 400 anciens fonctionnaires ont donc demandé l’asile en Allemagne. Selon le ministère de l’Intérieur, au début du mois de mai, 209 détenteurs de passeports diplomatiques et 205 détenteurs de passeports de service avaient introduit des demandes. Un chiffre qui est cependant à prendre avec des pincettes, souligne le ministère, puisque le personnel d’ambassade, les juges, les fonctionnaires et les soldats pourraient appartenir à ces deux groupes et que les membres de leur famille sont pris en compte.

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La réouverture de la procédure de suivi de la Turquie par le Conseil de l’Europe risque de porter un coup fatal aux espoirs d’Ankara d’entrer dans l’UE, puisque la sortie du processus était une précondition des négociations de 2004.

D’une manière générale, le nombre de demandeurs d’asile turcs a augmenté. De début janvier à fin avril, 2 130 citoyens turcs ont demandé l’asile en Allemagne, contre un total de 5 742 pour toute l’année 2016. Ceux-ci ont aussi de plus en plus de chances de voir leur demande acceptée. Le taux de protection est en effet passé de 8 % en 2016 à 17,8 % depuis le début de l’année.

Pas de campagne turque en Allemagne

Le 9 mai, Angela Merkel, la chancelière allemande, a par ailleurs indiqué que Berlin interdirait formellement toute campagne référendaire pour le rétablissement de la peine de mort en Turquie sur son territoire.

« La peine de mort est un sujet que nous refusons catégoriquement, pourquoi y aurait-il une autorisation [de faire campagne] alors qu’on n’y est pas obligé. On ne le fera pas », a déclaré la chancelière allemande dans un entretien à la radio régionale WDR.

Les Turcs résidant en Allemagne ont pu voter le mois dernier lors d’un référendum sur le renforcement des pouvoirs de Recep Tayyip Erdoğan et le passage d’un modèle parlementaire à un modèle présidentiel.

La campagne avait alors fait polémique, notamment en Allemagne et en Autriche, créant une querelle avec Ankara.

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