Joe Biden apparaît plus proche de Donald Trump que prévu, selon des experts

Joe Biden, le président des États-Unis. [EPA-EFE/KEVIN DIETSCH / POOL]

Le changement à la Maison Blanche a été un soulagement pour les pays européens, mais malgré les intentions de Joe Biden de reconstruire les relations transatlantiques après l’ère Trump, la politique étrangère du nouveau président américain présente plus de continuité avec celle de son prédécesseur que prévu. Un article d’Euroefe.

C’est ce que pensent les experts de l’Institut royal Elcano, un groupe de réflexion influent qui analyse l’actualité internationale et les relations extérieures de l’Espagne. Ces derniers se sont exprimés mercredi 24 mars dans le cadre d’un débat organisé par vidéoconférence, intitulé « Décrypter la nouvelle administration Biden à partir de la géoéconomie et de la géopolitique » et modéré par Charles Powell, le directeur de l’institution.

« Biden est plus proche de l’Europe que Trump, mais il est plus proche de Trump que de l’Europe », a déclaré Luis Simón, le directeur du bureau de Bruxelles de l’Institut royal Elcano.

Les intervenants se sont accordés sur le fait que la rivalité avec la Chine constituait l’élément central de la politique étrangère de la nouvelle administration, et ce également à l’égard de l’UE. Selon eux, l’administration Biden a jusqu’à présent montré plus d’intérêt pour les affaires intérieures que pour la reprise des relations transatlantiques.

Le chercheur Sebastián Royo, associé à l’Institut royal Elcano, a souligné que Joe Biden semblait avoir accepté le diagnostic de Donald Trump sur la Chine, considérée comme une menace pour la stabilité du système international. Mais, contrairement à son prédécesseur, il optera pour une reconstruction des alliances endommagées avec l’Europe afin de faire face à la prépondérance croissante du pays asiatique.

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Elvire Fabry, chercheuse senior à l’Institut Jacques Delors et membre du conseil scientifique de l’Institut royal Elcano, s’est montrée plus optimiste. L’experte perçoit des « éléments allant dans le bon sens », comme le déblocage de l’élection du nouveau chef de l’OMC ou la levée des droits de douane dans le conflit entre Airbus et Boeing.

Il existe toutefois deux visions différentes de la coopération transatlantique, selon Elvire Fabry : alors que les États-Unis veulent « créer un groupe de démocraties pour affronter la Chine », l’UE préfère garder ses distances et ne pas isoler le pays asiatique du système multilatéral.

Luis Simón a convenu que pour l’UE, le multilatéralisme était compris comme une fin, alors que la perspective des États-Unis était « plus stratégique et instrumentale », afin de promouvoir leurs intérêts.

À ce sujet, Luis Simón a évoqué l’apparition d’un « minilatéralisme » qui vise à exclure certains acteurs, fondamentalement la Chine, des relations internationales, surtout après qu’une Directive de sécurité nationale aux États-Unis a reconnu la puissance asiatique comme étant le « seul pays capable de déstabiliser le système international ».

Concernant le rôle de l’Espagne, Carlota García Encina, chercheuse principale à Elcano, a notamment plaidé pour un engagement dans les relations bilatérales avec les États-Unis, où il existe un « potentiel inexploité » selon elle.

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