Bulgares et Hongrois peu favorables aux sanctions contre la Russie

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La Bulgarie préfère adopter une attitude modérée face à l'intervention russe en Crimée. Le pays a des liens spécifiques avec la Russie.

Kristian Vigenin, ex-eurodéputé désormais ministre des Affaires étrangères depuis mai dernier, a été vertement critiqué par ses collègues socialistes pour avoir déclaré que la Bulgarie ne reconnaîtrait pas les résultats du référendum tenu en Crimée le 16 mars dernier.

Sa visite en Ukraine pour rencontrer le nouveau gouvernement intérimaire ukrainien a également fait l’objet de condamnation. Le Parti socialiste bulgare (BSP) est le principal membre de la coalition gouvernementale minoritaire.

Sergueï Stanichev, à la tête du BSP, et par ailleurs président du Parti socialiste européen, a estimé que la Bulgarie ne devrait pas adopter le ton menaçant de certains États membres de l'Union à l'encontre de la Russie. 

« À côté des positions communes des États membres européens, nous avons nos intérêts nationaux, » a indiqué Sergueï Stanichev selon le Daily Standart. « Premièrement, entre 250 000 et 300 000 individus d'origine bulgare sont en Ukraine. Nous sommes géographiquement proches de la région. En cas de déstabilisation [en Ukraine], nous serions les premiers touchés, » a-t-il expliqué.

Le chef du BSP a également fait remarquer que son pays dépendait de l'approvisionnement en énergie de la Russie, et des recettes apportées par les touristes russes.

« Tous ces éléments doivent être pris en compte lors de la formulation de la position et des actions entreprises par la Bulgarie en la matière, » a-t-il poursuivi.

Les socialistes bulgares semblent soutenir l'intervention russe en Crimée. Le journaliste Alexander Simov à Duma, quotidien affilié au Parti socialiste bulgare, a été dépêché en tant qu'observateur en Crimée. Il a indiqué hier, le 16 mars, qu’il était convaincu de la légitimité du référendum.

« Je vais surveiller le processus référendaire dans son intégralité pour constater… qu’il s’agit bien d’un référendum conforme sur le plan juridique, » a-t-il ironisé. « Donc, je suis convaincu qu'il sera vraiment correct sur le plan juridique, » a assuré le Alexander Simov, cité par Voice of America. Alexander Simov est aussi candidat du BSP… pour les prochaines élections européennes.

Des sanctions encore incertaines

Les nouvelles provenant de Sofia mettent en doute la capacité de l'Union à se mettre d'accord sur une politique unique et solidaire par rapport à la Russie.

Selon le projet de conclusions de la réunion consulté par EURACTIV, l'un des éléments les plus importants soulevés par le document était en suspens, soit entre crochets, avant la rencontre, faute d'accord entre ambassadeurs.

Le passage litigieux était celui-ci :

« Le Conseil rappelle sa déclaration des chefs d'État et de gouvernement européens du 6 mars qui établissait qu'un dialogue entre l'Ukraine et la Russie devait être instauré dans les prochains jours, y compris par le recours à des mécanismes multilatéraux, et produire des résultats dans un délai limité.

«[ À la lumière des récents développements de la semaine dernière, et en l'absence de résultats, le Conseil a décidé d'introduire des mesures supplémentaires, dont des restrictions à l'entrée de l'UE et un gel des avoirs à l'encontre de personnes responsables d'actions qui ont porté atteinte ou menacé l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance de l'Ukraine, y compris les actions menées en vue de redéfinir les futurs statuts de toute portion territoriale, qui sont contraires à la Constitution ukrainienne, et les personnes, ainsi que les entités liées à ces actions. La Conseil a en outre décidé d'annuler le sommet UE-Russie qui était initialement prévu en juin à Sotchi de cette année.] »

Selon les médias, le ministre hongrois des Affaires étrangères, János Martonyi, a déclaré jeudi dernier que si l'UE mettait en œuvre la troisième phase de sanctions prévues à l'encontre de la Russie, elle pourrait provoquer une « longue guerre économique », avec des conséquences extrêmement négatives pour la Hongrie.

EURACTIV a demandé à un diplomate hongrois si son pays s'opposerait aux sanctions prévues lors de la réunion d'aujourd'hui. Selon lui, son gouvernement hongrois, ainsi que les États membres du groupe de Visegrád (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) ont fait un lien entre les évènements récents de Crimée et les répressions de l'armée soviétique de 1956 lors du soulèvement budapestois ou encore lors de l'invasion de 1968 par le Pacte de Varsovie de la Tchécoslovaquie.

Les chefs d'État se sont réunis lors d'un sommet extraordinaire le 6 mars dernier. Ils ont condamné l'intervention russe en Crimée et ont menacé Moscou de sanctions si Vladimir Poutine ne faisait pas en sorte de désamorcer la crise.

Les chefs d'États européens ont fermement condamné la violation par la Fédération de Russie, sans qu'il y ait eu provocation, de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Ils appellent la Russie à « ramener immédiatement ses forces armées », ainsi qu'un « accès immédiat [au territoire de la Crimée] à des observateurs internationaux ».

Si Vladimir Poutine ne se met pas en conformité avec les demandes européennes, les chefs d'État de l'Union menacent le Kremlin de sanctions, dont l'interdiction de visa et le gel des avoirs, ce qui pourrait également toucher le président russe.

  • 17 mars :  rencontre des ministres européens à Bruxelles en vue de décider des sanctions à l'encontre de la Russe
  • 20-21 mars :  Conseil européen régulier et éventuelle ratification de l'Ukraine de l'accord d'association avec l'Union européenne
  • 20 mars :  le Parlement russe devrait ratifier sur l'annexion de la Crimée

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