Dissensions entre Pékin et Bruxelles sur fond de sanctions en matière de droits de l’homme

« Ces sanctions ne sont qu’une épreuve de force. Les sanctions fondées sur des mensonges pourraient être interprétées comme une attaque délibérée envers la sécurité et le développement de la Chine » [Screenshot/EPC]

La Chine a exprimé ses inquiétudes sur le fait que l’UE pourrait imposer des sanctions en matière de droits humains à certains représentants du pays. Dans ce contexte, l’ambassadeur chinois à Bruxelles a exhorté le bloc à « réfléchir à deux fois » avant d’exécuter ses menaces, car Pékin « ne fléchira pas ».

« Ces sanctions ne sont qu’une épreuve de force. Les sanctions fondées sur des mensonges pourraient être interprétées comme une attaque délibérée envers la sécurité et le développement de la Chine », a averti l’ambassadeur chinois auprès de l’UE, Zhang Ming, lors d’une visioconférence.

Mardi (22 mars), l’UE devrait imposer des interdictions de voyager et geler les actifs de quatre représentants chinois et une entité sur fond de violations des droits des Ouïghours dans la province du Xinjiang et de réforme du système électoral à Hong Kong, d’après des diplomates européens.

Les eurodéputés demandent l'interdiction des sociétés chinoises qui exploitent les Ouïghours

100 députés européens demandent que l’UE établisse une liste noire des entreprises chinoises qui recourent au travail forcé de la minorité ouïgoure. Un article d’Euractiv Italie.

Selon des organisations de défense des droits humains, pas moins d’un million de Ouïghours seraient détenus dans une centaine de camps d’internement dans la province du Xinjiang, où les autorités chinoises sont accusées de stérilisation et de travail forcés.

La Chine a fermement réfuté ces allégations, arguant qu’il s’agissait de programmes de formation et d’entraînement visant à endiguer l’extrémisme dans la région.

« Des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, ont ouvert des centres de déradicalisation ou des centres de redressement. Les mesures prises par les autorités chinoises ne sont pas si différentes des leurs », a fait savoir M. Zhang, laissant entendre qu’elles étaient efficaces pour lutter contre le terrorisme.

« Aucune attaque terroriste n’a été enregistrée dans la province Xinjiang ces quatre dernières années », a ajouté le diplomate chinois. « La population se sent bien plus en sécurité, les citoyens peuvent désormais dormir à poings fermés. »

L’UE devrait également imposer des sanctions à ceux qui transgressent les droits de l’homme dans une dizaine de pays à travers le monde au cours de la semaine prochaine, lorsque les mesures seront soumises à l’approbation des 27 ministres européens des Affaires étrangères.

Ceux-ci se rencontreront pour préparer le sommet européen organisé les 25 et 26 mars, au fil duquel les chefs d’État et de gouvernement du bloc devront décider de leur stratégie à l’égard de la Chine.

Hong Kong : L'UE dénonce la réforme électorale, menace Pékin de "mesures supplémentaires"

Le Parlement chinois a approuvé jeudi à la quasi-unanimité une réforme du système électoral à Hong Kong, qui donnera au pouvoir un droit de veto sur les candidats de l’opposition militant pour la démocratie aux élections législatives.

En vertu du Magnitsky Act européen adopté en décembre par le Conseil, d’autres représentants étrangers, notamment russes, nord-coréens et érythréens, devraient être sujets à des gels d’actif et des interdictions de voyager en raison de violations présumées des droits de l’homme.

Ce régime mondial de sanctions en matière de droits de l’homme au niveau de l’Union a été utilisé pour la première fois en mars dans le cadre de l’Affaire Navalny.

Concernant les sanctions européennes prévues, l’ambassadeur chinois a maintenu que son pays ne fléchirait pas.

« Il en va de la responsabilité du gouvernement chinois de garantir la sécurité et le bien-être de sa population », a-t-il renchéri, avançant que Pékin « s’oppos[ait] à toute forme d’ingérence dans les affaires intérieures du pays et refus[ait] toute sanction infondée ».

« Nous invitons le bloc à réfléchir à deux fois avant d’agir. Si la confrontation persiste, nous ne fléchirons pas, car nous n’avons pas d’autre choix que d’endosser les responsabilités qui nous incombent auprès de notre peuple et de notre pays », a poursuivi M. Zhang.

Au vu des tensions, Bruxelles joue les funambules étant donné qu’elle considère Pékin comme « un rival systémique », mais également un partenaire économique éventuel.

En effet, fin 2020, le bloc a conclu un accord d’investissement majeur avec la Chine après sept années de négociations. Toutefois, il se retrouve désormais sous pression face à la volonté du nouveau président américain Joe Biden de faire front commun contre Pékin.

L’accord noué doit toujours être approuvé par le Parlement européen, mais les législateurs peinent à accorder leurs violons. Selon certaines sources proches du dossier, les démarches amorcées pourraient se prolonger jusqu’en 2022.

Accord UE-Chine : "L'autonomie stratégique, c'est affirmer ses intérêts et ses principes"

Alors que l’Union européenne, Berlin et Paris ont conclu avec le président chinois Xi Jinping un accord d’investissements le 30 décembre dernier, Etats-Unis, Royaume-Uni et Canada ont de leur côté interdit l’importation de produits provenant du travail forcé des Ouïghours. Lundi (18 janvier), la présidence française assurait que les « engagements » pris par Pékin sur la question des droits de l’homme seraient « vérifiés très scrupuleusement ».

Subscribe to our newsletters

Subscribe