La Russie ne veut pas d’une Coupe du monde politique

Vladimir Chizhov [Georgi Gotev]

Alors que les relations UE/Russie restent tendues, l’ambassadeur russe auprès de l’UE, assure que politiser la Coupe du monde de football n’a pas de sens. Le pays tente pourtant de son côté d’en faire un outil de soft-power.

Vladimir Chizhov, ambassadeur russe auprès de l’UE, a affirmé le 5 juin que les dirigeants politiques des pays participants et même d’autres pays assisteraient à la Coupe du monde de Russie, auprès des dirigeants russes. Sans pour autant en dévoiler le nombre.

Il a souligné que sur les 32 équipes participantes, dix étaient européennes (la Belgique, la Croatie, le Danemark, l’Angleterre, la France, l’Allemagne, la Pologne, le Portugal, l’Espagne, et la Suède).

Il a tout particulièrement référence fait aux Diables rouges belges, en affirmant que la sélection avait des chances d’aller loin dans la compétition, mais a ajouté qu’il espérait que les véritables gagnants seraient les organisateurs, qui ont redoublé d’efforts pour préparer le championnat dans 11 villes russes (12 stades, dont deux à Moscou, accueilleront la Coupe du monde).

Vladimir Chizhov estime qu’il est important que la politique ne s’immisce pas dans l’événement, dont il compare l’importance à celle des Jeux olympiques.

« Certaines personnes, certaines figures politiques dans plusieurs pays, essayent de politiser cet effort mais je pense que ça n’aide pas à développer le football mondial, du sport international ni à maintenir un climat favorable pour les personnes qui se rendent aux matchs », a-t-il commenté.

Les Verts appellent à un boycott de la Coupe du monde en Russie

Rebecca Harms, experte de l’Europe de l’Est pour le groupe des Verts au Parlement européen, est à l’origine d’une lettre ouverte appelant les gouvernements à garder leurs distances avec la Coupe du monde qui se déroule en Russie, en juin.

 

Le diplomate russe a aussi mentionné d’autres événements « plus politiques », dont une série de contacts de haut niveau entre la Russie et certains pays européens.

« Nous avons reçu deux visites de l’actuelle présidence bulgare du Conseil, d’abord le président de la Bulgarie et une semaine plus tard le Premier ministre. Selon moi, cela reflète le consensus croissant dans ce pays sur la nécessité de maintenir la coopération avec la Russie dans de nombreux domaines », a-t-il affirmé. Si elle s’en défend régulièrement auprès de ses voisins européens, la Bulgarie est réputée proche de la Russie de Poutine.

Vladimir Chizhov a ajouté qu’au moment où il parlait, le président russe Vladimir Poutine se trouvait en Autriche. Il a mis l’accent sur l’interview du président par la chaine autrichienne ORF.

La Commission accusée d’avoir snobé le forum de Saint-Petersbourg

Le diplomate a aussi mentionné le récent Forum économique international de Saint-Pétersbourg, qui, selon lui, a dépassé toutes les éditions précédentes en termes de nombre de participants et de volume d’accords commerciaux signés.

Plus de 17 000 participants sont venus à Saint-Pétersbourg, dont le président français, Emmanuel Macron, et le Premier ministre japonais, Shinzo Abe.

Le diplomate russe a critiqué l’absence de la Commission à l’événement alors qu’une douzaine de commissaires avaient été invités. « La grande absente, et je dis ça car j’y étais aussi, était la Commission européenne, malheureusement. Plusieurs commissaires ont été invités, mais ils avaient des choses plus importantes à faire, bien évidemment. Je pense que cela devra être rectifié l’année prochaine. C’est du moins le message que je veux faire passer à la Commission », a-t-il souligné.

Selon lui, l’état actuel des relations de son pays avec l’UE continue d’être anormal, et les sanctions ont un effet négatif sur les économies russe mais aussi européennes.

« Quand la volonté politique sera là, et je vois apparaître cette tendance, alors l’UE prendra peut-être les mesures nécessaires pour changer de direction, et quand ce moment viendra, l’UE saura où nous trouver », a-t-il ajouté.

En ce qui concerne l’Ukraine, il a rejeté « les rumeurs sur la tenue d’un autre sommet au format Normandie » (Russie, Ukraine, France, Allemagne), mais a déclaré qu’une réunion ministérielle dans le même format était en cours de préparation ce mois-ci.

Vladimir Chizhov a répondu à de nombreuses questions, y compris sur l’affaire Skripal et sur le MH17 abattu. Sur le projet de gazoduc Nord Stream 2, il s’est dit « modérément optimiste », mentionnant que la construction avait déjà commencé en Russie et en Allemagne.

En ce qui concerne les appels de la Pologne à une présence permanente des États-Unis sur son sol, il a suggéré la lecture de l’Acte fondateur Russie-OTAN de 1997, qui dit clairement que les parties devraient s’abstenir de déployer de nouvelles capacités militaires proches l’une de l’autre.

Avec son gazoduc Nord Stream II, la Russie divise les Européens

Les travaux du gazoduc sous-marin Nord Stream II devaient démarrer cette année. La Commission européenne voudrait bloquer ce projet, jusqu’ici fortement soutenu par l’Allemagne. Entretien avec Claude Turmes, réalisé par notre partenaire l’Ouest-France. 

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