Chypre annonce le gel des discussions de réunification

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Dix jours avant de prendre les rênes de la présidence du Conseil de l'UE, Chypre a annoncé qu'elle mettrait en suspens les discussions de réunification avec la Turquie, dans le but de se concentrer sur son rôle européen. Le commissaire à l'élargissement, Štefan Füle, a quant à lui exhorté Nicosie a progresser sur les deux tableaux.

Un représentant du gouvernement et un éminent eurodéputé chypriote ont expliqué hier (20 juin) que Chypre devrait consacrer toute son énergie à la présidence du Conseil de l’UE, les négociations de réunification ayant peu de chance d'aboutir au cours de cette période.

Andreas Mavroyiannis, le ministre chypriote délégué aux Affaires européennes, a insisté sur le fait que son pays ne ferait pas l'amalgame entre la « question chypriote » et son rôle de présidente du Conseil de l'UE.

« Dans le même temps, nous ne pouvons accepter que la Turquie nous impose la date du 1er juillet comme limite pour la résolution de la question chypriote, car dans ce cas-là, nous aurons un plan B », a-t-il déclaré lors d'un événement organisé par le Centre for European Studies, le groupe de réflexion du Parti populaire européen.

« Nous n'établissons pas un lien [entre la présidence et les discussions de réunification], c'est la Turquie qui le fait. »

M. Mavroyiannis faisait sans doute référence aux menaces de la Turquie d'envisager l'annexion de la partie nord de Chypre, un territoire de l'UE en théorie, si les Chypriotes grecs et turcs ne parvenaient pas à un accord sur la réunification de l'UE avant le début de la présidence.

Ioannis Kasoulides, vice-président du groupe PPE et membre du Rassemblement démocrate, un parti chypriote de l'opposition, a loué le gouvernement de son pays pour la gestion des négociations de réunification.

« Chaque pays qui assume une présidence tournante met ses problèmes nationaux en suspens.  Nous oublierons que nous sommes Chypriotes, nous serons avant tout Européens et gérerons des affaires européennes », a-t-il affirmé.

M. Kasoulides a fustigé la Turquie pour avoir « provoqué » son pays en invitant un médiateur de l'ONU à participer aux discussions de réunification à moins de deux semaines du début de la présidence, le 1er juillet.

« Avec tout le respect que je leur dois, lors des six mois de cette présidence, nous ne pourrons pas faire les deux », a-t-il déclaré.

« De toute façon, nous connaissons la position de la Turquie. La Turquie ne reconnaît pas Chypre, elle ne reconnaît pas la présidence, comment allons-nous nous y prendre ? , a-t-il expliqué.

Il a affirmé que lors de la présidence chypriote, la Turquie serait traitée comme tous les autres pays, malgré leurs différends. Il a ajouté que certains chapitres des négociations d'adhésion de la Turquie pourraient être ouverts, comme celui sur la concurrence, mais qu'Ankara s'y refusait.

Les propos des représentants chypriotes semblent en contradiction avec le message qu'a voulu faire passer M. Füle, en visite dans la République de Chypre et dans la partie nord de l'île occupée par la Turquie depuis 1974 (voir « Contexte »).

Bruxelles et Nicosie, pas sur la même longueur d'onde ?

M. Füle s'est dit inquiet de la situation à l'approche de la présidence chypriote du Conseil de l'Union européenne.

« Le pire serait de rompre la communication […] Les affaires non réglées de Chypre sont en train de devenir celles de l'UE. On le ressent de plus en plus dans l'Union », a expliqué le commissaire qui a exhorté les deux parties à poursuivre leurs discussions.

« Je ne pense pas que la présidence menace l'avancée des négociations. […] Le fait que le pays jouisse d'une attention accrue au cours des six prochains mois jouera en faveur de ceux qui souhaitent trouver une solution dans les deux communautés. Il sera d'autant plus urgent de résoudre le problème une fois la présidence entamée », a déclaré M. Füle.

La Turquie doit respecter le fait que le président Demetris Christofias ne représentera pas seulement Chypre à partir du 1er juillet, mais également l'Union européenne dans son ensemble, a déclaré le président du groupe des Socialistes et Démocrates (S&D), Hannes Swoboda, en visite à Chypre le 19 juin.

A l'issue de sa réunion avec M. Christofias, le président du second groupe au Parlement européen s'est dit déçu du peu de respect que témoignait la Turquie à Chypre et à sa future présidence du Conseil de l'UE, a rapporté le Cyprus Mail

« C'est une présidence européenne. La Turquie ne peut pas s'attendre à des compromis de la part de l'UE si elle ne respecte pas les décisions de l'Union. Le président Christofias ne représentera pas seulement Chypre, il représentera l'Union au cours des six prochains mois et la Turquie doit le respecter », a martelé M. Swoboda. Il a exhorté la Turquie se montrer plus responsable dans les négociations de réunification de l'île, afin que les Turcs puissent progresser dans leurs discussions d'adhésion à l'UE. 

La division de l'île de Chypre est un problème très sensible qui affecte les relations entre l'UE et la Turquie. L'issue des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE dépend d'ailleurs de la résolution de ce problème.

Malgré des efforts répétés sous les auspices de l'ONU pour ramener les dirigeants des communautés grecque et turque chypriotes à la table des négociations, l'île est séparée en deux depuis 1974.

L'espoir d'une réunification a fait surface en 2002 lorsque le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a présenté un plan de réunification, proposant une fédération à deux entités régie par une présidence tournante.

Lors d'un référendum en avril 2004, les Chypriotes grecs ont rejeté un plan d'unité parrainé par l'ONU. Les Chypriotes turcs s'étaient quant à eux exprimés en faveur de ce plan. L'échec de ce plan a déçu les fonctionnaires européens, qui avaient accepté de voir Chypre rejoindre l'UE cette année-là surtout dans l'espoir d'encourager une résolution du conflit. En mai 2004, la république de Chypre contrôlée par les Chypriotes grecs est devenue membre de l'UE.

Lors d'un sommet en décembre 2004, les dirigeants de l'UE ont accepté d'entamer les négociations d'adhésion avec la Turquie le 3 octobre 2005. L'une des conditions spécifiées était qu'Ankara élargisse un accord d'association de 1963 conclu avec le prédécesseur de l'UE, la Communauté économique européenne, aux dix nouveaux Etats membres de l'Union. Ce groupe de nouveaux Etats membres comprend l'Etat chypriote grec qui n'est pas reconnu par la Turquie.

En juillet 2005, la Turquie a signé un protocole élargissant son union douanière à ces dix membres de l'UE, mais Ankara a dans le même temps publié une déclaration affirmant que cette signature ne signifiait pas qu'elle reconnaissait la République de Chypre. La Turquie a également refusé d'ouvrir ses ports et aéroports à Chypre, dans la mesure où elle affirme que l'UE ne commerce pas directement avec la partie nord non reconnue de l'île.

Jusqu'à présent, seul un chapitre des négociations (sciences et recherche) a été provisoirement clôturé. Onze autres chapitres ont été ouverts, mais huit chapitres restent dans l'impasse en raison de la non-application du protocole d'Ankara par la Turquie. Ce protocole stipule l'ouverture des ports aux navires en provenance de la République de Chypre.

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