Coupe du monde en Russie : des retombées économiques limitées

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La Russie va accueillir pas moins de 600.000 visiteurs étrangers pendant la Coupe du Monde, selon les organisateurs, voire jusqu’à un million selon l’agence fédérale du Tourisme. Un nombre  bien en deçà des 1,6 million de visiteurs venus pour les JO de Sotchi en 2014. Un article de notre partenaire, La Tribune

Au moins un million de touristes de plus qu’une année ordinaire, soit près de 30 % d’augmentation. Tel est l’impact qu’ont anticipé les autorités russes pour la première Coupe du monde de football jamais organisée par leur pays, qui se terminera le 15 juillet. Un événement largement anticipé sur tous les aspects notamment sur les retombées économiques du pays après cette compétition.

Le mondial ne garantit pas un vaste public 

Dans un entretien accordé à l’AFP, le directeur de l’Institut d’analyse stratégique FBK à Moscou explique qu’« organiser la Coupe du Monde ne garantit pas une augmentation considérable du nombre de touristes ». Cet économiste cite l’exemple des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi en 2014 : si le nombre de touristes étrangers avait augmenté d’un million et demi l’année suivante (+4 %), il avait dégringolé de 9 millions en 2016, selon des chiffres de l’ONU.

Le site de location d’appartements Airbnb affirme que près de 177.000 personnes seront logées en passant par cette plateforme. Si Airbnb ne communique pas de chiffres sur les tarifs, les prix constatés pour l’événement, ainsi que ceux affichés sur le site hôtelier Booking, laissaient apparaître qu’ils ont été multipliés par deux ou trois par rapport à mai.

Les éditions précédentes de la Coupe du monde qui se sont tenues au Brésil (2014) et en Afrique du Sud (2010) affichent d’autres données. Par exemple, 1.015.000 étrangers venant de 203 pays ont visité le Brésil lors de la Coupe du monde, entre le 10 juin et 13 juillet selon des chiffres officiels, cités par le Parisien. En outre, il faut ajouter les 3,05 millions de touristes brésiliens qui ont assisté à la compétition dans les différents stades du pays. Un « succès » repris à son compte par l’ex-présidente Dilma Rousseff.

Quant à l’Afrique du Sud, la FIFA indique que « l’organisation de la Coupe du Monde 2010 a eu un impact très positif sur le tourisme en juin et juillet de cette année-là » tout en soulignant que « les répercussions de l’événement se sont fait sentir bien au-delà, car le pays tout entier jouit désormais d’une bien meilleure image sur la scène internationale ». Au total, l’organisation internationale a recensé « 309.554 visiteurs étrangers qui ont voyagé à destination de l’Afrique du Sud en juin et en juillet dans le but d’assister à la Coupe du Monde de la FIFA 2010 ».

Les Verts appellent à un boycott de la Coupe du monde en Russie

Rebecca Harms, experte de l’Europe de l’Est pour le groupe des Verts au Parlement européen, est à l’origine d’une lettre ouverte appelant les gouvernements à garder leurs distances avec la Coupe du monde qui se déroule en Russie, en juin.

 

Un impact très limité sur l’économie russe

Pour ce qui concerne la Russie, sa Banque centrale prévoit une croissance économique de 1,5 % à 2 % cette année, après +1,5 % en 2017 selon l’agence Belga. Et malgré les investissements colossaux qu’elle a nécessités, la Coupe du monde de football ne devrait apporter qu’un gain de 0,1 à 0,2 point de croissance du PIB, selon la Banque centrale.

C’est ce que confirme une étude menée par l’agence Moody’s. Le Mondial n’aura qu’un impact « très limité » sur l’économie russe, avec des bénéfices inégalement répartis sur le territoire. La Russie a investi en tout environ 11 milliards de dollars (860 milliards de roubles) entre 2013 et 2018 pour préparer cet événement sportif. Cette dépense a été consacrée à la construction et la rénovation de stades dans dix villes, à l’amélioration d’une dizaine d’aéroports, à la rénovation d’une trentaine de gares ferroviaires, de routes et d’infrastructures énergétiques. L’agence de notation souligne que c’est surtout le secteur de la construction qui en a bénéficié.

L’impact économique de la Coupe du monde en Russie est bien moins important que celui de 2010 en Afrique du Sud. Selon les chiffres du Figaro, avec un million de touristes recensés au mois de juin 2010 (25 % de plus qu’en 2009) et 3 milliards d’euros d’investissement, les retombées économiques avaient fait augmenter le PIB de 4 points. Mais plusieurs analystes soulignent que ces retombées économiques n’avaient pas profité à l’ensemble de la population (50 % vivent sous le seuil de la pauvreté), mais à une infime minorité.

« Globalement, c’est une compétition qui renvoie une image valorisante du pays, qui donne une impression de normalité », souligne à l’AFP le politologue français Paul Dietschy, auteur de l’ouvrage Foot et politique. Mais, pour autant, « une compétition internationale ne permet pas de résoudre les problèmes propres à un pays ». « Le sport, c’est le domaine de l’émotion éphémère, souligne Paul Dietschy. On peut se rassembler un jour pour un match, ça ne veut pas dire que les populations vont ensuite vivre ensemble », poursuit-il.

La Russie ne veut pas d'une Coupe du monde politique

Alors que les relations UE/Russie restent tendues, l’ambassadeur russe auprès de l’UE, assure que politiser la Coupe du monde de football n’a pas de sens. Le pays tente pourtant de son côté d’en faire un outil de soft-power.

 

L’impact économique de la coupe du monde 2014 au Brésil quant à lui demeure incertain. L’inflation a fait de la résistance et le Mondial a plutôt encouragé les hôteliers et les commerçants à augmenter leurs tarifs. Quant aux chefs d’entreprise, ils s’inquiétaient d’un éventuel « présentéisme » de leurs salariés pendant l’événement, ceux-ci sont bien présents à leur poste, mais pensent au match de la veille ou à celui en cours plutôt qu’à leur travail. A mi-mondial, une enquête Runrun.it confirmait cet effet, en constatant que la productivité avait chuté les jours où l’équipe nationale jouait.

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