L’UE se demande où sont passées les aides à l’Ukraine

Satire dénonçant Viktor Ianoukovich. [Viktor Kovalenko/Flickr]

L’UE a versé des milliards d’euros d’aide à l’Ukraine, principalement pour un appui budgétaire. La Cour des comptes européenne est toutefois incapable de dire comment cet argent a été utilisé.

Szabolcs Fazakas, responsable d’un rapport de la Cour des comptes européenne (CCE) sur l’aide à Ukraine, a indiqué que l’organe de contrôle n’avait pas eu l’occasion d’analyser les dépenses. Son rapport s’est penché sur l’impact – limité – des aides européennes.

Le représentant de la CCE a assuré que l’« urgence de sauver l’Ukraine » avait fait passer les vérifications scrupuleuses des dépenses au second plan. Quand de l’argent est versé dans le cadre d’un soutien budgétaire, « nous pouvons seulement vérifier que le transfert a bien eu lieu », a-t-il expliqué.

La crise ukrainienne a éclaté après que l’ancien président, Viktor Ianoukovich, a supprimé le projet de signer des accords commerciaux et politiques avec l’UE en novembre 2013 et tente plutôt de se rapprocher de la Russie. Cette volteface a entrainé des manifestations qui ont dégénéré en violences et l’ont écarté du pouvoir.

La Russie avait promis un renflouement de 11 milliards d’euros à Viktor Ianoukovich, une offre largement interprétée comme une récompense du rejet de l’accord d’association avec l’UE. Le Premier ministre, Mykola Azarov, a ensuite demandé 20 milliards d’euros d’aide en contrepartie de l’annulation de la décision pro-russe et de la signature de l’accord. Président et premier ministre ont cependant été renversés en février 2014, lors de la révolution ukrainienne.

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Selon le rapport de la CCE, les besoins financiers du pays ont augmenté après ce soulèvement et le début du conflit armé avec la Russie. Début 2014, le gouvernement ukrainien avait estimé qu’il aurait besoin d’environ 33 milliards d’euros d’aide étrangère pour la période 2014-2015.

Le déficit de Naftogaz, l’entreprise gazière d’État, constituait un poids croissant pour l’économie du pays. De 1,9% du PIB en 2013, ce déficit a atteint 5,7% en 2014, soit plus que le déficit général du gouvernement, de 4,6%.

En mars 2014, la Commission a donc annoncé un paquet d’aide à l’Ukraine de 11,2 milliards d’euros, dont jusqu’à 8 milliards de prêts  de la Banque européenne d’investissements et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, afin de soutenir le processus de réforme entre 2014 et 2020.

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L’exécutif européen a été « assez généreux » pour répondre aux besoins de l’Ukraine en 2014 et lui apporter un appui budgétaire, la façon la plus rapide de sauver ses finances, estime Szabolcs Fazakas.  Cette forme d’aide ne permet cependant pas d’exercer un contrôle sur la manière dont l’argent est dépensé et dont les programmes financés sont mis en place.

« Il était urgent de verser [un soutien budgétaire], en coopération avec le FMI, pour sauver l’Ukraine », a assuré le représentant de la CCE, qui ajoute qu’une fois le versement effectué, il était « très compliqué de demander une concrétisation spécifique des programmes ».

Oligarques passés et présents

Le rapport indique cependant que « l’aide de l’UE à l’Ukraine a eu un impact limité et, malgré le nouvel élan donné depuis aux réformes, les résultats obtenus à ce jour restent fragiles » et que « les risques posés par les anciens et les nouveaux oligarques demeurent élevés ». Sur la plus grande partie de la période examinée, « l’instabilité du contexte politique, législatif et administratif a limité l’efficacité de l’aide », souligne également l’analyse de la CCE.

« L’aide de l’UE en faveur de l’Ukraine reste un chantier ouvert, malgré les efforts appréciables déployés par la Commission », a déclaré Szabolcs Fazakas. « Au moment de notre audit, il existait un engagement politique fort en faveur de la réforme de l’administration publique. Mais les changements intervenus au niveau des dirigeants ont compromis les réformes et les faibles salaires ont ouvert la voie à la corruption. Des mesures supplémentaires sont requises en vue d’atteindre les objectifs. »

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En ce qui concerne le secteur gazier, le dialogue entre l’UE et l’Ukraine a été desservi par les hésitations de l’Ukraine et les divergences d’opinions entre les différents acteurs européens, selon la CCE, qui ajoute que les conditions de l’aide européenne censée améliorer la gouvernance et la sécurité de l’approvisionnement étaient vagues et difficiles à évaluer.

Une troisième tentative de conclusion d’un accord trilatéral sur le gaz, qui permettrait à l’Ukraine de s’approvisionner tout l’hiver et à l’UE de garantir son accès au gaz russe, est en cours.

En tant qu’ancien ministre à l’énergie, Szabolcs Fazakas a appelé les dirigeants à trouver une « stratégie spéciale » pour la conclusion de cet accord.

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