Crise en Bosnie : l’UE envisage des sanctions tandis que la diaspora bosniaque proteste contre l’inaction de l’Occident

Des Bosniaques manifestent à Bruxelles contre les efforts séparatistes menés par la Republika Srpska en Bosnie-Herzégovine, le 10 janvier. [Vlagyiszlav Makszimov]

Si la situation devait continuer à se détériorer en Bosnie, l’UE dispose d’un large éventail d’outils, notamment l’imposition de sanctions et la reconsidération de l’aide. C’est ce qu’a affirmé le porte-parole de l’UE lundi (10 janvier), alors que des centaines de Bosniaques se sont rassemblés dans toute l’Europe pour demander une action rapide face à l’escalade que connaît la crise.

« L’inaction est exactement ce que faisait la communauté internationale à l’époque et ce qu’elle fait encore aujourd’hui », a déclaré Alma Mustafic, l’une des manifestantes à Bruxelles dont le père a péri dans le massacre de Srebrenica en 1995.

La guerre de 1992-1995 entre les Bosniaques (musulmans de Bosnie), les Croates et les Serbes s’est terminée avec l’accord de paix de Dayton qui a établi une partition de la Bosnie-Herzégovine entre la fédération de Bosnie-et-Herzégovine (entité croato-bosniaque) et la République serbe de Bosnie (Republika Srpska ou RS), à majorité serbe.

Aujourd’hui, le pays est confronté à ce que beaucoup considèrent comme la plus grande instabilité depuis la guerre, après que la RS a adopté le mois dernier une feuille de route visant à se retirer des principales institutions communes comme l’armée, le système fiscal et le système judiciaire. Les projets de loi régissant ce que beaucoup considèrent comme une étape vers la sécession de la RS devraient être élaborés dans les six mois à venir.

Certains États membres de l’UE, avec à leur tête les Pays-Bas et l’Allemagne, appellent à des sanctions contre le dirigeant serbe Milorad Dodik, tandis que les États-Unis ont déjà adopté de nouvelles sanctions contre l’homme politique sécessionniste la semaine dernière.

Les organisateurs estiment que 200 à 300 manifestants se sont rassemblés à Bruxelles lundi. Toutefois, seuls des drapeaux néerlandais et allemands ont été aperçus lors de cette manifestation, en plus des bannières de l’État bosniaque.

Des manifestations ont également été organisées dans d’autres villes, notamment à Genève, Londres, Washington DC, Oslo, Rome et Stockholm.

« C’est notre demande à la communauté européenne d’arrêter ce qui se passe, d’arrêter la [tentative] de M. Dodik de répéter ce qu’il s’est passé dans les années 1990 », a confié à EURACRTIV Mme Elmir, qui est venue à Bruxelles depuis Arnhem aux Pays-Bas.

Pendant ce temps, le siège administratif de la RS, Banja Luka, a organisé dimanche des célébrations commémorant le 9 janvier 1992, date à laquelle certains membres du Parlement de la République socialiste de BiH de l’époque ont illégalement proclamé la « République serbe de BiH ».

La Cour constitutionnelle de BiH avait déclaré cette célébration anticonstitutionnelle, estimant qu’elle offensait les Croates et les Bosniaques.

Néanmoins, dans une interview accordée à Večernje Novosti, M. Dodik a confirmé sa conviction que « la RS sera un jour un État indépendant et aura son propre statut fédéral ou confédéral avec la Serbie ».

Lundi soir, le service diplomatique de l’UE, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), a fait savoir qu’il condamnait ces déclarations ainsi que les célébrations.

« Cette rhétorique et ces actes ont encore exacerbé les tensions entre les communautés dans tout le pays et aggravent encore la crise politique actuelle », peut-on lire dans la déclaration.

« Ils mettent en péril la stabilité et la prospérité du pays et sont en totale contradiction avec sa perspective européenne, qui ne peut être fondée que sur une Bosnie-Herzégovine unique, unie et souveraine », indique également le texte.

La Première ministre serbe Ana Brnabić et l’ambassadeur russe Igor Kalbukhov ont également assisté aux célébrations de la RS.

Le communiqué du SEAE précise que « l’UE regrette également le soutien apporté par d’autres partenaires à ces célébrations qui menacent la stabilité régionale et affectent les relations de bon voisinage ».

« Si la situation devait continuer à se détériorer, l’UE dispose d’un large éventail d’outils, notamment l’imposition de sanctions et la reconsidération de l’aide globale de l’UE », conclut le communiqué.

Toutefois, pour I’ instant, des sanctions européennes restent peu probables, car elles requièrent l’unanimité et que M. Dodik bénéficie du soutien de la Hongrie.

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