Le président tchèque fustige une initiative contre la propagande russe

Milos Zeman [Shutterstock]

Le ministère de l’Intérieur tchèque a monté une structure pour surveiller et analyser « les menaces hybrides » à la sécurité, visant surtout les campagnes de désinformation russes. L’initiative déplaît pas au président.

Pour le ministère de l’Intérieur tchèque, la sécurité passe aussi par l’information. L’administration a donc mis en place un centre contre les menaces terroristes et hybrides (CTHH), qui comprend une équipe de 20 fonctionnaires chargés de d’identifier les menaces liées à la radicalisation, au terrorisme et aux campagnes de désinformation étrangères ciblant l’opinion publique.

L’initiative fait suite aux avertissements du service de contre-espionnage du pays, qui estime que la Russie cible activement l’opinion publique tchèque sur des sujets comme l’OTAN et l’Union européenne, via des cyberattaques, de la propagande et un soutien aux groupes populistes et extrémistes entre autres.

Mais le président Milos Zeman, perçu comme catégoriquement pro-russe, a critiqué la nouvelle formation, qui, selon eux, pourrait entraver la liberté d’expression.

Le porte-parole de Milos Zeman, Jiri Ovcacek, a comparé le centre au bureau de censure de l’époque communiste, le CUTI, et a ouvert un compte Twitter spécial le 2 janvier pour critiquer l’unité. Le 4 janvier, il avait déjà posté 56 messages sur le sujet.

« Une loi fondamentale s’applique dans une société libre et démocratique : personne ne peut avoir le monopole de la vérité », a-t-il déclaré dans un des tweets.

Dans un discours du 26 décembre, avant l’ouverture du centre le 1er janvier, Milos Zeman avait déclaré « nous n’avons pas besoin de censure, nous n’avons pas besoin d’une police idéologique.»

La responsable du nouveau centre, Eva Romancovova, a déclaré qu’une telle critique était déroutante puisque le cabinet du président avait été consulté au sujet de la création de cette unité durant un audit sur la sécurité nationale. Il n’avait pas, à l’époque, émis d’objections à l’initiative.

Manque de compréhension

« Le CTHH ne censurera aucun média ni contenu en ligne », a-t-elle déclaré à Reuters. « C’est malheureusement un manque de compréhension de notre travail. »

Milos Zeman, qui s’est positionné du côté russe dans le conflit en Ukraine et a appelé à une levée des sanctions occidentales contre Moscou, a peu de pouvoir exécutif en tant que président, selon la Constitution tchèque. Néanmoins, il est le chef des forces armées et nomme les gouvernements. Il est aussi apprécié des électeurs tchèques.

Alarmés par ce qu’ils voient comme une tentative russe d’entrave à leurs systèmes politique et économique, d’autres pays européens, dont la Pologne et les pays baltes ont aussi mis en place des équipes de communication stratégique dans plusieurs départements des gouvernements.

>> Lire : L’UE tente de s’équiper contre la propagande russe

La Finlande a déclaré que plusieurs pays de l’OTAN et de l’UE prévoyaient d’établir un centre à Helsinki pour chercher une manière de contrer les attaques « hybrides ».

Les services de renseignements allemands ont affirmé le mois dernier qu’ils avaient vu une hausse frappante de la propagande et des campagnes de désinformation russes visant à déstabiliser la société allemande et des cyber-attaques contre les partis politiques.

>>Lire : Les Etats-Unis dévoilent les noms des hackers russes

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