La République tchèque s’inquiète de l’effet Trump sur leur politique nationale

Miloš Zeman [yakub88/ Shutterstock]

L’élection de Donald Trump pose de nouveaux défis à la République tchèque. Les inquiétudes du pays concernent surtout la sécurité et la défense, le commerce et les relations politiques. Un article d’Euractiv République tchèque.

En République tchèque, l’élection de Donald Trump  fait craindre une évolution des relations avec les États-Unis sur trois sujets principaux: la sécurité et la défense, les relations commerciales et les relations politiques.

La sécurité prise au sérieux

Donald Trump avait émis de sérieux doutes concernant l’OTAN durant sa campagne présidentielle. La situation apparaîtra plus claire après le sommet de l’OTAN en mai prochain à Bruxelles. 

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Les discours de Donald Trump ont toutefois poussé les dirigeants européens à reconsidérer le secteur de la défense plus sérieusement. En effet, la Commission européenne prévoit notamment de créer un fonds de défense commun et de renforcer la coopération militaire entre les États membres.

« Les États membres de l’OTAN doivent répondre à la demande de Donald Trump d’augmenter leurs contributions à la défense. Or, le ministre tchèque de la Défense peine déjà à honorer l’engagement de notre propre coalition à augmenter le budget de la défense à hauteur de 1,4 % du PIB d’ici 2020. Cela risque d’être très problématique », a déclaré Ivan Gabal, vice-président de la commission parlementaire de la défense nationale.

« La République tchèque devrait exprimer une volonté claire d’augmenter ses dépenses en matière de défense. J’aurais dit la même chose si Hillary Clinton avait été élue présidente. En sous-finançant la défense, la République tchèque et les autres États membres de l’OTAN ont contracté une dette à long terme. Ce comportement a suscité la critique de toutes les administrations américaines », a confié à Euractiv Vít Dostál, directeur de recherche de l’Association pour les affaires internationales à Prague.

TTIP: mauvaise nouvelle

Les relations commerciales ont été un domaine également très discuté pendant la campagne de Donald Trump. Ce dernier a en effet exprimé des réserves à plusieurs reprises concernant les accords commerciaux multilatéraux.

Les négociations du partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP) ont peu de chances de reprendre dans les mois à venir. D’après certains experts et hommes politiques, l’arrêt de la procédure serait une mauvaise nouvelle pour l’économie tchèque. « Les accords commerciaux négociés avec les États-Unis ou le Canada ouvrent les portes de nouveaux marchés à nos entrepreneurs. L’Union européenne obtient toujours de meilleures conditions d’échanges pour ses États membres. Tout dépend de la manière dont nous traitons nos intérêts dans ces contrats », a précisé Kristýna Zelienková, vice-présidente de la commission parlementaire des affaires européennes.

Le TTIP ne fait toutefois pas l’unanimité en République tchèque. L’eurodéputée Kateřina Konečná (GUE/GVN) est convaincue que l’adoption du traité entraînerait une augmentation du chômage et une diminution du commerce intérieur. « Les partisans du TTIP prétendent que l’accord permettra de créer de l’emploi. Mais Jeronimo Capaldo, de l’Université Tufts aux États-Unis, a utilisé une méthode développée par les Nations unies pour examiner les éventuelles conséquences du TTIP, en prenant en compte des éléments de macroéconomie, la dynamique de l’emploi et le commerce international. Il a ainsi prédit que l’adoption du TTIP aboutirait à la perte de 600 000 emplois », a-t-elle mentionné.

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La position de Donald Trump sur le libre-échange va certainement mettre un terme aux négociations en cours. Cela ne compromettra pour autant pas les efforts de l’UE pour négocier et adopter des traités commerciaux avec d’autres pays. Si l’UE stoppait toute négociation, ce serait une mauvaise nouvelle pour l’économie tchèque.

D’après Tomáš Hartman, directeur adjoint de la représentation commerciale tchèque auprès de l’UE, « la République tchèque a une économie orientée vers l’export.  Par conséquent, tous les accords signés en faveur des exportations européennes sont utiles pour nous. Il ne s’agit pas seulement de réduire les droits de douane. Supprimer les barrières douanières et les obstacles techniques, alléger les procédures administratives et simplifier les procédures douanières sont aussi des points très importants ».

Un Trump tchèque

Le président tchèque, Miloš Zeman, a été l’un des rares hommes politiques européens à soutenir Donald Trump pendant sa campagne. C’est certainement pour cette raison qu’il a d’ores et déjà été invité à la Maison-Blanche. Le président Zeman a répété à plusieurs reprise avoir la même vision que son homologue américain sur des questions telles que la crise migratoire ou la lutte contre le terrorisme. Reste à savoir ce que cette éventuelle relation chaleureuse laissera présager pour la République tchèque.

« Il vaut toujours mieux que les hommes politiques soient soudés. Par exemple, le Premier ministre tchèque, Bohuslav Sobotka, a de très bons rapports avec la chancelière allemande, le président français, les Premiers ministres slovaque et suédois ou encore le chancelier autrichien », a déclaré Tomáš Prouza, secrétaire d’État tchèque aux affaires européennes. « C’est très utile lorsque l’on doit se mettre d’accord sur des sujets épineux. Il sera très intéressant d’observer de quelle manière le président Zeman et le pays dans son ensemble profiteront de cette relation, si profit il y a. »

Vít Dostál se montre moins optimiste. « Je ne vois aucun avantage à cette situation. Ces derniers temps, la relation américano-tchèque a perdu de son intérêt. La philosophie de la nouvelle démocratie et le besoin de la protéger ont presque disparu », regrette-t-il. « Il est erroné de penser qu’une simple visite à la Maison-Blanche suffira à créer la base d’une nouvelle coopération entre Prague et Washington », a-t-il ajouté.

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