Dans l’Est de l’Ukraine, les séparatistes remportent sans surprise les élections

Le processus de paix est au point mort et le bilan de ce conflit est estimé par l'ONU à plus de 10 000 morts.

Les chefs séparatistes actuels de l’est pro-russe ukrainien ont remporté sans surprise les élections organisées localement. Elles sont dénoncées par Kiev et les Occidentaux comme illégitimes.

Tenus sous la surveillance de militaires armés de kalachnikovs et récompensés par des tickets de loterie ou coupons de recharge pour portables, ces scrutins visaient à élire des « présidents » et « députés » pour les deux « républiques populaires » proclamées par les rebelles à Donetsk (DNR) et à Lougansk (LNR), qui échappent depuis quatre ans au contrôle de Kiev.

Les autorités électorales de ces deux régions se refusent à fournir toute indication sur le nombre d’électeurs. Après le dépouillement de plus de 95% des bulletins, les chefs actuels par intérim, Denis Pouchiline à Donetsk et Léonid Pasetchnik à Lougansk, arrivaient largement en tête avec respectivement 60,9% et 68,4% des suffrages, selon ces autorités.

Ces scrutins renforcent la séparation des territoires rebelles du reste du pays et entendent légitimer leurs nouveaux dirigeants, alors que le processus de paix est au point mort et que des heurts alourdissent régulièrement le bilan de ce conflit estimé par l’ONU à plus de 10 000 morts.

Le Donbass organise des élections jugées illégales par l'Europe

Le 11 novembre, les républiques populaires de Lougansk et de Donetsk organisent des élections jugées illégales en Occident, mais soutenues par la Russie.

« Nous avons montré au monde entier que nous pouvons non seulement faire la guerre mais aussi construire un État », a déclaré dimanche dans la soirée devant des électeurs à Donetsk M. Pouchiline.

Selon les autorités électorales, la participation a dépassé 80% dans la « république » de Donetsk et 77% dans celle de Lougansk.

Protestations occidentales

L’organisation de ces scrutins a déclenché de vives protestations de Kiev et des Occidentaux, qui y voient la main de Moscou et les jugent contraires aux accords de paix de Minsk.

« Elles sont organisées sous la menace des mitrailleuses russes, dans un territoire occupé » par la Russie, a lancé samedi soir le président ukrainien Petro Porochenko. Il a indiqué avoir abordé ce dossier dimanche lors d’un bref entretien à Paris avec le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel, en marge des commémorations du centenaire de l’armistice de la guerre de 1914-1918 auxquelles le chef de l’État russe Vladimir Poutine a également participé.

Dans un communiqué, les deux dirigeants ont jugé que les élections organisées dans l’est prorusse de l’Ukraine étaient « illégales et illégitimes » et « nuisent à l’intégrité territoriale et à la souveraineté de l’Ukraine ».

Un centenaire de l'armistice entre patriotisme et sentiment pro-européen

À Paris le 11 novembre, comme aux Eparges, lieu d’une bataille sanglante entre Français et Allemands, ou encore à Verdun avec les lycéens…L’avenir de l’Europe et les élections européennes ont constitué la toile de l’itinérance mémorielle d’Emmanuel Macron.

« Au lieu de mettre en oeuvre Minsk et de s’avancer vers la paix », la Russie « institutionnalise le statu quo par le biais d’élections truquées », a pour sa part dénoncé dimanche sur Twitter l’envoyé spécial de Washington pour l’Ukraine, Kurt Volker. Bruxelles a pour sa part condamné samedi des scrutins « illégaux et illégitimes ».

La Russie et l’Ukraine sont à couteaux tirés depuis l’arrivée au pouvoir à Kiev en 2014 de pro-occidentaux dans la foulée du soulèvement du Maïdan, suivie de l’annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée et du conflit avec les séparatistes dans l’Est. Kiev et l’Occident accusent la Russie de soutenir militairement les séparatistes, ce qu’elle dément malgré de nombreuses preuves.

Les accords de paix de Minsk signés en février 2015 ont permis de réduire considérablement les affrontements, mais des flambées de violences continuent d’éclater périodiquement le long de la ligne de front, où quatre soldats ukrainiens ont été tués samedi.

Autorité confortée

Moscou assure que ces élections n’ont rien à voir avec le processus de Minsk et visent surtout à désigner des chefs pour ces territoires dirigés depuis des mois par des leaders par intérim.

Macron écarte toute alternative aux accords de Minsk

Lors d’une rencontre avec son homologue ukrainien Petro Porochenko, Emmanuel Macron a écarté tout désengagement immédiat des accords de Minsk, dont une grande partie des dispositions est restée lettre morte depuis 2015.

À Donetsk, M. Pouchiline, un ancien négociateur avec Kiev âgé de 37 ans, a pris la main après l’assassinat de l’ancien combattant Alexandre Zakhartchenko, tué en août dans un attentat.

À Lougansk, M. Pasetchnik, 48 ans, ex-responsable régional des services de sécurité ukrainiens, a remplacé Igor Plotnitski, destitué en novembre 2017.

Plusieurs candidats étaient en lice dans les deux républiques autoproclamées, mais personne ne doutait de la victoire des dirigeants actuels, qui ont tous deux promis de renforcer les liens avec Moscou.

Pour attirer les électeurs pour ce scrutin, les autorités donnaient à chaque personne ayant voté un « ticket » de loterie et des étals installés devant les bureaux de vote offraient des produits alimentaires à bas prix.

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