Face à l’insurrection au Capitole américain, la droite européenne joue les funambules

La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, qui a toujours soutenu le président Trump jusqu’à envoyer une délégation sur place début novembre afin de soutenir le candidat dans les derniers jours de la campagne présidentielle américaine, a pour la première fois reconnu la victoire de Joe Biden. EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON

Cet article fait partie de l'édition spéciale Joe Biden et Kamala Harris, un nouveau souffle pour Washington.

Tandis que le Congrès américain a confirmé la victoire de Joe Biden dans la nuit de jeudi (7 janvier), de plus en plus de voix s’élèvent à travers le navire européen, notamment au sein de la droite, et condamnent l’insurrection pro-Trump au Capitole. Désormais, la droite du bloc s’adonne à un exercice d’équilibre : entre condamnation et autoprotection.

Sans surprise, le président français Emmanuel Macron a immédiatement condamné l’invasion des militants pro-Trump au Capitole dans une vidéo. « Quand dans une des plus vieilles démocraties du monde, des partisans d’un président sortant remettent en cause par les armes les résultats légitimes d’une élection, c’est une idée universelle d’un homme une voix qui est battue en brèche ».

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a de son côté indiqué que « la volonté et le vote du peuple américain doivent être respectés ».

Et à l’extrême droite, les vestes se retournent. La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, qui a toujours soutenu le président Trump jusqu’à envoyer une délégation sur place début novembre afin de soutenir le candidat dans les derniers jours de la campagne présidentielle américaine, a pour la première fois reconnu la victoire de Joe Biden.

« Comme tous les Français, je suis extrêmement choquée par ces images de violence. Je considère que dans une démocratie, on doit défendre le droit de contester, de manifester, mais pacifiquement. Tout acte de violence qui vise à attenter au processus démocratique est évidemment inadmissible », a-t-elle déclaré jeudi (7 janvier) sur France 2.

« On a le droit de contester le résultat d’une élection devant les tribunaux. Mais à partir du moment où les recours sont épuisés, il faut respecter ce processus démocratique, reconnaître sa défaite et la victoire de Joe Biden », a-t-elle poursuivi.

Le Congrès américain adoube Joe Biden, Trump promet une « transition ordonnée »

Après la violente attaque du Capitole par des manifestants pro Trump, le Congrès américain a ratifié ce jeudi 7 janvier la victoire du président élu, le démocrate Joe Biden, au cours des élections de novembre dernier. Un article d’Euroefe.

Marine Le Pen reconnaît pour la première fois la victoire de Joe Biden

La députée du Pas-de-Calais a cependant dénoncé la décision des grands noms des réseaux sociaux – Facebook, Twitter, YouTube – de retirer la vidéo postée lors de l’invasion du Capitole par Donald Trump dans laquelle, tout en appelant à la paix, il refusait encore sa défaite. «  Donald Trump doit condamner ce qui s’est passé. Encore faut-il qu’il puisse le faire, puisque sa vidéo d’appel au calme, dont on pense ce que l’on veut, a été censurée par les réseaux sociaux. Cette censure des géants du numérique pose question, y compris en France  !  », a-t-elle estimé.

La clarification de la position du RN concernant le président Trump était réclamée par de nombreuses personnalités de tout bord politique, alors qu’hier soir, aucun membre du parti ne s’était exprimé sur l’événement du Capitole. Le député européen Stéphane Séjourné (Renew), également conseiller d’Emmanuel Macron à l’Elysée, a ainsi qualifié Marine Le Pen de « pyromane » sur son compte Twitter, rappelant qu’elle avait asséné des doutes pendant des semaines sur le caractère frauduleux des élections. Le député France insoumise, Adrien Quatennens, a lui aussi taclé le RN, estimant que « quand l’extrême droite prend le pouvoir, elle a du mal à le rendre ».

Et du côté allemand ?

Le parti allemand d’extrême droite, l’Alternativ für Deutschland (AfD) a également condamné les affrontements. « Ce qui s’est passé est terrible, inquiétant et tout à fait inadmissible », a fait savoir le chef du parti Jörg Meuthen. « L’AfD s’oppose à toute forme de violence et d’anarchie ». Des propos qui font échos aux déclarations de son coprésident Tino Chrupalla : « Celui qui attaque le Parlement en ayant recours à la violence vise la démocratie en plein cœur », que ce soit à Washington ou à Berlin.

Au premier regard des images retransmises à la télévision, nul ne peut ignorer les similitudes avec les événements de Berlin le 29 août 2020, tandis que certains manifestants anti-masques protestant devant les portes du Reichstag avaient soudainement appelé leurs compatriotes à pénétrer dans le bâtiment. Parmi les protestataires figuraient plusieurs adhérents au Mouvement des Citoyens du Reich (Reichsbürgerbewegung) qui refusent de reconnaître l’actuelle République allemande estimant que l’Empire allemand n’a jamais disparu. Néanmoins, contrairement à leurs homologues américains, les agents allemands des forces de l’ordre étaient parvenus à contenir le mouvement de foule aux marches du palais.

Quatre morts après l’assaut des pro-Trump au Capitole, selon la police

Des partisans de Donald Trump ont envahi mercredi (6 janvier) le Capitole à Washington, temple de la démocratie américaine, interrompant la session qui devait confirmer la victoire de Joe Biden. Quatre personnes sont mortes et 52 personnes ont été arrêtées, a annoncé mercredi soir aux États-Unis la police.

Le président fédéral Frank-Walter Steinmeier a d’ailleurs dressé des parallélismes entre les deux évènements. «  Nous n’oublions pas [les événements du 29 août] alors que des opposants à la démocratie avaient tenté de s’introduire dans le Reichstag  », a-t-il indiqué.

D’après M. Meuthen cette comparaison n’est pas adaptée.

Toutefois, nombreux sont ceux qui se souviendront de l’incident de novembre au Bundestag en regardant les images de la prise d’assaut du Capitole. À l’époque, l’AfD y avait invité quelques partisans, au cours des débats sur la loi allemande concernant la protection contre les infections. Plusieurs anticonformistes avaient profité de l’occasion pour manifester devant le parlement allemand, et certains avaient été en mesure de pénétrer dans le bâtiment en tant que « visiteurs » invités par l’AfD. S’en étaient ensuivies plusieurs attaques verbales contre les députés présents.

Le parti s’était finalement excusé et les députés responsables de l’incident avaient écopé d’une interdiction temporaire de prise de parole.

Qu’en est-il des réactions en Autriche, en Slovénie et en Hongrie ?

Du côté autrichien, le FPÖ d’extrême droite a également condamné les actes des pro-Trump, effectuant une comparaison avec un événement lors duquel ses membres ont eux-mêmes été victimes de mouvements antidémocratiques. Le chef de file du parti Norbert Hofer a en effet énoncé plusieurs ressemblances avec les manifestations de 2000 contre la création d’un premier gouvernement entre le FPÖ et l’ÖVP (conservatisme). « La liberté de manifester est primordiale. Les manifestations ne doivent toutefois pas servir de tentatives visant à lutter contre des décisions démocratiquement légitimes  », a-t-il renchéri.

Le président slovène Janez Janša compte parmi les fervents défenseurs de Donald Trump. Lorsque ce dernier avait accusé Joe Biden d’avoir truqué les votes en novembre, M. Janša avait été l’un des premiers à féliciter M. Trump pour sa victoire. Désormais, il semble donner un autre son de cloche, arguant que «  les violences et les menaces de mort – de la gauche ou de la droite – doivent toujours être condamnées  ».

À Budapest, Viktor Orbán n’a toujours pas réagi.

Des manifestants pro-Trump prennent d'assaut le Capitole américain

Des partisans du président américain Donald Trump ont forcé des barrages de sécurité de la police et pris d’assaut le Capitole ce mercredi 6 janvier, interrompant le décompte des voix du Congrès qui devait confirmer la victoire du président élu Joseph R. Biden Jr.

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