Des eurodéputés appellent au gel des négociations UE-États-Unis

MEPs in the European Parliament.

Selon certains décideurs politiques européens, les négociations sur un accord de libre-échange entre les États-Unis et l’UE devraient être gelées tant que l’État américain ne clarifie pas les accusations d’espionnage qui visait les bâtiments de l’Union européenne à Bruxelles et à Washington.

 



« Entre partenaires, on n'espionne pas ! », a déclaré Viviane Reding, la commissaire européenne en charge de la justice et des droits fondamentaux, lors d'un évènement public à Luxembourg dimanche.

« On ne peut pas négocier un grand marché transatlantique s'il y a le moindre doute que nos partenaires ciblent des écoutes vers les bureaux des négociateurs européens », a déclaré la commissaire européenne à la justice », a affirmé la commissaire, dont les propos ont été rapportés à la presse par sa porte-parole.

Selon un article de l'hebdomadaire allemand le Spiegel publié samedi (29 juin), la National Security Agency (NSA) a mis sur écoute les bureaux de l'UE et a eu accès à des réseaux informatiques internes de l'Union. Il s'agit de la dernière révélation d'espionnage américain qui a suscité l'indignation des personnalités politiques européennes.

Toujours selon l'hebdomadaire allemand, en un mois, l'agence américaine intercepte un demi-milliard d'appels téléphoniques, de courriels et de messages texte en Allemagne. Berlin est beaucoup plus surveillée que tout autre partenaire européen, mais autant que la Chine ou l'Irak.

Ces révélations ont suscité une vague d’indignation en Allemagne, pays qualifié de partenaire de « troisième classe » par la NSA.

« Si les informations des médias s’avèrent correctes, elles rappelleraient les actions prises entre ennemis pendant la guerre froide. Il est inconcevable que nos amis aux États-Unis considèrent les Européens comme des ennemis », a déclaré la ministre allemande de la justice, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger.

Le bureau du procureur général en Allemagne, compétent dans les questions de sécurité nationale, a indiqué qu'il réfléchissait à l'ouverture d'une enquête. Des accusations criminelles devraient être déposées, a déclaré la porte-parole Frauke Köhler à Reuters.

« S'il s’avère que les services secrets américains ont surveillé les représentations de l'UE à Bruxelles et à Washington, il est difficile d'utiliser l'argument de la lutte contre le terrorisme pour défendre ces actions », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

>> Lire : L’UE demande aux États-Unis d’arrêter immédiatement l’espionnage

Le président de la commission des affaires étrangères au Parlement européen et député du parti chrétien-démocrate d'Angela Merkel, Elmar Brok, s'est fait l'écho de ces points de vue.

« L'espionnage a pris des dimensions que je n'aurais jamais imaginées de la part d'un État démocratique », a-t-il indiqué au Spiegel. « Comment pourrions-nous encore négocier si nous devons craindre que notre position de négociations soit écoutée à l'avance? »

Les socialistes français au Parlement européen ont publié un communiqué dans lequel ils demandent la suspension des négociations commerciales avec les États-Unis et la mise en place d'une commission temporaire d'enquête pour faire toute la lumière sur ce scandale.

« Échelon dans les années 70, ACTA, PNR, SWIFT il y a peu, PRISM aujourd’hui : le progrès technologique rend chaque jour le monde totalitaire dessiné par Georges Orwell dans 1984 plus tangible. La surveillance dont auraient été la cible d’une part les citoyens européens, et d’autre part les institutions européennes, est inacceptable de la part d’un État démocratique », ont déclaré les eurodéputés français.

Guy Verhofstadt, le chef de file de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), a appelé au gel des négociations commerciales tant qu'une enquête du Parlement n’aura pas fait toute la lumière sur les accusations.

« Je ne vois pas comment un accord sur le commerce et l'investissement pourrait être conclu tant que le soupçon pèsera. Il ne se passe pas une semaine sans que nous ne soyons choqués par la divulgation de nouvelles preuves sur les activités intrusives et illégales de l'Agence de sécurité nationale américaine. Cela pose un certain nombre de questions très gênantes pour nous tous. Nous devons être rassurés d'urgence par nos partenaires américains. Le Parlement doit lancer sa propre enquête comme il l'a fait il y a dix ans pour Échelon. »

Sophie In't Veld, eurodéputée néerlandaise libérale et plusieurs fois rapporteure parlementaire sur les politiques américaines de lutte contre le terrorisme, a déclaré : « Ce scandale met les nerfs de l'Europe à rude épreuve. [...] Il est peu probable que nous obtenions des réponses à toutes nos questions, mais du moins le gouvernement américain devra s'expliquer face aux autorités de l'UE. Pas lors d'une réunion d'experts à huis clos, mais au niveau politique le plus élevé. »

Les Européens ont réagi avec colère aux révélations selon lesquelles les autorités américaines avaient accès à des données à caractère personnel sur les serveurs de sociétés de l'Internet.

Ils affirment que ce type d'activité confirmait leurs craintes vis-à-vis de la portée des géants américains de l'Internet et a montré la nécessité de règlements plus stricts alors que l’UE et les États-Unis sont sur le point de lancer des négociations commerciales transatlantiques.

La Commission européenne a publié en janvier 2012 un vaste paquet législatif visant à protéger les données à caractère personnel à travers l'UE.

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