Croatie. Un séisme qui fait trembler le secteur de la construction

Strašnik a été l'un des villages les plus touchés par le séisme qui a frappé le pays mardi 29 décembre. Désormais, plusieurs habitants portent l'affaire aux médias, dans l'espoir de faire bouger les choses. EFE/ANTONIO BAT [EPA-EFE/ANTONIO BAT]

Milan Škornjak est originaire du village de Strašnik, situé à une dizaine de kilomètres de Glina, petite ville dévastée par le séisme de magnitude 6,4 qui a frappé la Croatie mardi 29 décembre. Depuis 20 ans, il tente d’alerter son gouvernement du fait que sa maison rénovée ne respecte pas les normes de construction et sécurité en vigueur.

Mardi 29 décembre, un tremblement de terre de magnitude 6,4 a dévasté le comitat de Sisak-Moslavina en Croatie, faisant sept victimes et des dizaines de blessés. Une catastrophe qui vient appuyer les déclarations de M. Škornjak.

« Ma maison a été rénovée après la guerre de 1996, mais les fondations n’ont pas été bien reconstruites. Je m’en suis directement rendu compte, car en prenant le béton en main, vous vous apercevez que celui-ci se désagrège. Les gens se sont fait duper par les travaux effectués », a fait savoir le riverain, en pointant du doigt sa maison en ruines. Les membres de sa famille vivent actuellement dans une caravane qui leur a été mise à disposition sur le terrain.

Sa maison fait partie des 25 000 habitations reconstruites durant la période d’après-guerre en 1996. D’après les premières estimations, 15 000 foyers ont été fortement endommagés et posent désormais un risque d’effondrement tandis que 3 000 devraient être détruits dans les prochaines semaines.

Lorsque Milan Škornjak est retourné au village de Strašnik à la fin de la guerre en 1995, la seule chose qui lui restait de sa maison était un mur. À l’époque, il était essentiel pour lui d’avoir rapidement un toit sur la tête. La qualité ne faisait pas vraiment partie des priorités, admet-il.

Toutefois, quelques années après la fin des rénovations, il a commencé à apercevoir plusieurs défauts. Les fondations peu solides et les tuiles de mauvaise qualité étaient flagrantes et très inquiétantes. L’homme a alors déposé plainte en 2000, dans une tentative d’alerter les autorités des risques de sécurité possible. Ses débâcles aux allures kafkaïennes l’ont mené à Glina, Petrinja et Sisak. Finalement, il s’est même rendu à Zagreb, afin de s’adresser au bureau central de l’habitat. Sans succès.

« Je faisais du porte-à-porte avec mes dossiers, espérant attirer l’attention du gouvernement pour que ma maison soit réparée. Je n’ai reçu que de fausses promesses, alors qu’on m’envoyait d’un bureau à un autre. J’ai même parlé au secrétaire d’État qui s’est engagé à m’aider. Mais, il a commencé à filtrer mes appels. À chaque coup de téléphone, ses assistants me répondaient qu’il était en vacances », explique M. Škornjak.

D’autres habitants de Strašnik ont également partagé leur vécu avec les médias.

« Les travaux ont été faits à la va-vite. Le renforcement en béton n’était pas correctement connecté au ferraillage des fondations bétonnées. Mon père, qui travaille lui-même dans la construction, avait essayé de prévenir les ouvriers qu’ils ne respectaient pas les normes en vigueur, mais ils lui avaient ri au nez, se rappelle Tomislav Šubić, le voisin de Milan Škornjak. Ils ne nous ont jamais demandé de signer de document à la fin du chantier. Nous avons reçu des meubles, et leur travail était terminé. La situation était extrêmement chaotique, nous avons assisté à beaucoup de vols. Personne ne pouvait y faire quoi que ce soit. Nous voulions simplement retrouver notre maison ».

Le préfet en fonction du comitat de Sisak-Moslavina, Ivo Žinić, architecte de profession, était chargé des rénovations à la fin des années 1990.

Lors d’un entretien mené cette semaine, il a confirmé que 90 % des foyers à Strašnik, l’un des villages les plus touchés par le séisme, avaient été reconstruits sous sa supervision. Néanmoins, à ses yeux, la responsabilité pour les dommages causés incombe exclusivement aux entrepreneurs privés.

« La reconstruction du comitat de Sisak-Moslavina était l’un des projets les plus grands de l’histoire croate. Plus de 150 000 maisons ont été reconstruites conformément aux normes de l’époque. Des centaines d’experts ont été mandatés au fil du projet, et le ministère lui-même était le coordinateur officiel des travaux. C’était l’un des meilleurs systèmes que nous avions, et je suis très fier d’en avoir fait partie. Cependant, je ne peux être tenu responsable des dommages occasionnés par ce terrible séisme », a-t-il soutenu dans un entretien avec N1.

Le Premier ministre croate, Andrej Plenković, attend qu’une enquête soit réalisée à cet effet et a refusé de se prononcer sur l’affaire avant d’avoir reçu de plus amples informations.

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