Les champions du Partenariat oriental attendent davantage de la « Commission géopolitique »

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Alors que la Géorgie, l’Ukraine et la Moldavie demandent une politique de partenariat oriental plus ambitieuse, le débat se poursuit sur les prochaines étapes de ce qui est salué comme l’une des politiques étrangères les plus réussies de l’UE.

« La prochaine décennie devrait [permettre de] passer du dépassement des distances au dépassement des différences ; de la création de liens à la création d’un espace commun », a déclaré Natalie Sabanadze, l’ambassadrice de Géorgie auprès de l’UE, lors d’un événement annuel organisé par le Centre d’études politiques européennes (CEPS), un groupe de réflexion.

L’accord d’association « est la manifestation la plus tangible du choix politique de la Géorgie et de son engagement à le poursuivre », a-t-elle ajouté.

Les appels en faveur d’une politique plus ambitieuse à l’Est avec les trois pays qui ont signé des accords d’association avec l’UE et qui espèrent un jour entrer dans le bloc – la Géorgie, l’Ukraine et la Moldavie – ont également été repris par le Parlement européen.

Dans une résolution adoptée en décembre dernier, Euronest, l’assemblée parlementaire réunissant les députés européens et des politiciens des pays du partenariat oriental, a appelé à « avancer dans la promotion d’une utilisation plus ambitieuse de la différenciation, plus pour plus et moins pour moins de principes » dans le cadre de la « stratégie Trio Plus 2030 ».

L’idée a été lancée par le député européen Andrius Kubilius (PPE), dans l’espoir que le « processus Trio » conduise à la création de nouvelles institutions et de nouveaux instruments politiques.

« Nous devons donner une perspective politique » au Trio, a déclaré Andrius Kubilius à Euractiv en novembre.

Les fonctionnaires et les diplomates de l’UE ont hésité à approuver cette initiative, craignant que le fait de privilégier les États associés ne mette à mal les relations avec les trois autres pays du partenariat oriental, qui n’ont pas l’intention de rejoindre le bloc.

Le Belarus et l’Arménie ont rejoint l’Union économique eurasiatique dirigée par la Russie, tandis que l’Azerbaïdjan, riche en combustibles fossiles, cherche à se maintenir à égale distance des grandes puissances.

« Bien que notre tendance naturelle (…) soit de récompenser nos meilleurs amis », la différenciation ne doit pas se faire au détriment de l’inclusion, a déclaré Luc Devigne, directeur du partenariat oriental au service diplomatique de l’UE, au Parlement européen en novembre dernier.

Les universitaires affirment que les deux peuvent aller de pair.

Dans un document politique récemment publié, deux chercheurs du CEPS ont affirmé que la politique du partenariat oriental avait démontré que « le déploiement d’une série d’instruments de soft power relativement techniques peut se combiner pour produire des résultats d’importance stratégique ».

L’UE ouvre sa première école européenne en dehors de ses frontières, en Géorgie

Des responsables européens et géorgiens ont lancé lundi 16 septembre une école européenne à Tbilissi, la première institution scolaire de ce type lancée au-delà des frontières de l’Union. Le projet vise tous les pays du Partenariat oriental.

Une multitude d’outils peut être plus efficace, en contraste « avec la grande rhétorique de la « Commission géopolitique » », ont ajouté les experts, « qui peut faire naître des attentes quant à un rôle efficace en matière de « haute politique » que l’UE est moins susceptible de remplir ».

Les États associés s’engagent

En décembre dernier, lors d’une réunion ministérielle de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), la Géorgie, l’Ukraine et la Moldavie ont signé leur première déclaration politique commune sur l’intégration européenne.

Les trois pays ont appelé à la création du format UE+3 pour l’intégration sectorielle dans les transports, l’énergie et d’autres domaines, ainsi qu’au plein accès aux quatre libertés du bloc – libre circulation des biens, des services, des capitaux et de la main-d’œuvre.

La lettre a été suivie par les efforts combinés des pays associés pour faire pression sur l’UE afin d’obtenir le soutien financier nécessaire en marge de la conférence de Munich sur la sécurité qui s’est tenue le mois dernier.

Dans une lettre commune, les ministres des Affaires étrangères des trois pays ont rappelé à la Commission « l’importance d’un soutien ambitieux » au partenariat oriental dans le cadre du prochain cadre financier pluriannuel (CFP), le budget à long terme de l’UE.

Nouvelles ambitions, nouveaux fonds

Le niveau d’ambition du partenariat oriental sera en grande partie défini par le financement disponible pour cette politique.

Le nouvel instrument européen pour le voisinage, le développement et la coopération internationale (NDICI) canalisera la plus grande partie des fonds destinés à l’action extérieure, mais le montant de ce financement reste flou alors que le marchandage sur le prochain budget septennal se poursuit.

La Commission a proposé d’octroyer 79 milliards d’euros au NDICI, dont 22 milliards pour la politique de voisinage. Cela représenterait une augmentation significative par rapport aux 71,5 milliards d’euros qui, selon les estimations, ont été consacrés à l’action extérieure au cours de la période 2014-2020.

Toutefois, dans le dernier document préparé par le président du Conseil, Charles Michel, ce chiffre avait déjà été réduit de 4,4 %, à 75,5 milliards d’euros, et une réduction supplémentaire de 500 millions d’euros figurait dans un document technique de la Commission, diffusé parmi les États membres dans ce qui s’est avéré être une tentative infructueuse pour sortir de l’impasse.

Les dirigeants des pays associés recevront davantage de précisions lors du sommet du partenariat oriental prévu en juin prochain.

Reste que « parfois, lorsque vous demandez des éclaircissements, la réponse que vous obtenez n’est pas celle que vous voulez », a déclaré un participant à l’événement du CEPS, mettant en garde contre la tentation d’exiger prématurément une réponse claire concernant l’avenir du partenariat oriental.

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