L’UE nie avoir édulcoré un rapport sur la désinformation sous la pression de Pékin

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, au siège du Conseil de l'UE à Bruxelles. [EPA-EFE/JOHN THYS]

Le Service européen pour l’action extérieure a démenti les propos des médias affirmant que l’institution, mise sous pression par Pékin, aurait édulcoré les allégations figurant dans l’un de ses rapports sur les campagnes de désinformation menées par l’État chinois.

« Nous n’avons jamais cédé à une prétendue pression politique extérieure », a déclaré un porte-parole du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), sollicité par Euractiv dimanche 26 avril. Auparavant, des informations avaient fait état d’une tentative, menée par des représentants diplomatiques chinois, de bloquer un rapport de l’UE sur le rôle de Pékin dans le colportage de fausses nouvelles durant la crise du coronavirus.

Les représentants chinois à Bruxelles ont été prévenus de la publication du rapport car elle a été révélée par le site Politico la semaine dernière. Le SEAE a finalement publié une version publique du document vendredi 24 avril. Celui-ci porte toujours des accusations contre la Chine, mais adopte un langage plus nuancé lorsqu’il met Pékin en cause pour son rôle dans la diffusion de fausses nouvelles.

L’UE pointe du doigt les fake news chinoises et russes sur la pandémie

La Russie et la Chine diffusent de nombreuses rumeurs, fausses informations et se livrent à des manipulations de l’actualité depuis le début de la pandémie, selon un rapport de la task force de l’Union sur la communication stratégique.

L’UE a alors été accusée d’avoir cédé aux pressions exercées par les représentants chinois et d’avoir reculé, n’assumant pas jusqu’au bout sa démarche destinée à mettre en évidence les agissements du pays.

Des accusations balayées le SEAE, qui affirme que les deux documents sont de nature différente, car l’un était destiné à un usage interne, alors que l’autre a été « édité » dans le but d’une diffusion publique.

« Les allégations publiées par certains médias sont dues au fait qu’il existe deux documents différents. L’un, l’évaluation de l’environnement informationnel, est un document à usage interne. L’autre, le rapport spécial du SEAE (ou aperçu instantané), est destiné au public », a indiqué le porte-parole du SEAE, expliquant que les rapports publics contiennent souvent des informations semblables aux documents internes.

« Comme c’est le cas pour toutes les publications, il existe des procédures internes pour assurer la structure, la qualité et la longueur appropriées, et la phraséologie fait l’objet d’une attention particulière, afin qu’elle soit inattaquable. »

De son côté, le plus grand groupe politique du Parlement européen, le PPE, a fait savoir lundi 27 avril qu’il était « révolté » par les articles de presse faisant état d’un recul du SEAE face à la pression chinoise.

« Je prie instamment le Haut représentant Josep Borrell d’expliquer en détail et sans délai ce qu’il est advenu du rapport », a déclaré Sandra Kalniete, vice-présidente du PPE chargée des affaires étrangères.

Pas la première fois

S’il s’avérait que le SEAE a bien fait marche après avoir très directement mis la Chine en cause dans son rapport, ce ne serait pas la première fois au cours des dernières semaines que son patron, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, a été contraint d’apaiser publiquement le ressentiment chinois contre l’UE.

Dans le contexte de l’épidémie de coronavirus, Pékin a été prompt à offrir son aide à divers États membres de l’UE et a effectué d’importants dons de matériel médical.

L’UE transfère les aides chinoises à l’Italie pour lutter contre la pandémie

L’UE remettra l’entièreté d’un colis d’équipement de secours chinois à l’Italie, qui fait face à la situation d’urgence sanitaire la plus grave parmi tous les États membres, selon des fonctionnaires européens.

Josep Borrell a critiqué cette initiative en dénonçant le déploiement, sur fond de propagation du virus, d’une « politique de générosité » dans laquelle « la Chine fait agressivement passer le message que, contrairement aux États-Unis, elle est un partenaire responsable et fiable ».

Le résultat ne s’est pas fait attendre : la société chinoise de télécommunications Huawei a pris ombrage des propos de Josep Borrell et a fait savoir qu’elle envisageait de reconsidérer son programme de dons de masques à l’Europe.

Josep Borrell a dès lors adopté un ton plus conciliant à l’égard de la Chine, en déclarant que l’UE appréciait tout le soutien apporté par ses partenaires mondiaux.

Les efforts du SEAE contre l’infox chinoise

Euractiv a par ailleurs appris il y a quelques jours que la division d’analyse stratégique des communications et de l’information du SEAE, qui avait été mobilisée dans le cadre de la task force East Stratcom en 2015, et qui s’était principalement chargée d’étudier la désinformation émanant de Russie, avait récemment élargi ses compétences pour se focaliser davantage sur la Chine.

Bruxelles, nid d’espions russes et chinois

Des « centaines » d’espions russes et chinois seraient intégrés à la bulle européenne bruxelloise, selon des représentants du Service européen pour l’action extérieure.

Reste qu’il n’est pas certain que la task force East Stratcom soit en mesure de traiter les fausses nouvelles en provenance de Russie. La Commission s’en était inquiétée par le passé et son ancien vice-président, Andrus Ansip, avait souligné que le budget de l’organisme, qui s’élève actuellement à 5 millions d’euros, est loin d’être suffisant par rapport aux ressources dont disposent les Russes.

En 2017, deux autres task force ont vu le jour. L’une s’occupe du sud de l’Europe et l’autre des Balkans occidentaux.

Subscribe to our newsletters

Subscribe
Contribuer