Emmanuel Macron déclare que l’UE n’est pas en guerre contre la Russie et déconseille « d’humilier » Vladimir Poutine

Photo d’archives. Le président français Emmanuel Macron (G) et le président russe Vladimir Poutine (D) donnent une conférence de presse après un sommet sur l’Ukraine à l’Élysée, à Paris, en France, le 9 décembre 2019. [Pool/EPA/EFE]

L’Europe doit tirer les leçons de ses erreurs passées et veiller à ce qu’aucune partie ne soit humiliée lorsque la Russie et l’Ukraine négocieront pour la paix, a déclaré Emmanuel Macron lors de la Journée de l’Europe (9 mai) à Strasbourg.

M. Macron a prévenu que si l’Europe aidait actuellement l’Ukraine, il arriverait un moment où Moscou et Kiev chercheraient à faire la paix. Et à ce moment-là, aucune des deux parties ne devrait être humiliée ou exclue, comme ce fut le cas pour l’Allemagne en 1918, a-t-il ajouté.

Les historiens s’accordent à dire que les conditions difficiles imposées à l’Allemagne par l’armistice du 11 novembre 1918 ont préparé le terrain pour l’ascension d’Hitler, qui a finalement conduit à la Seconde Guerre mondiale.

« Nous aurons demain une paix à bâtir, ne l’oublions jamais », a déclaré M. Macron, ajoutant : « Nous aurons à le faire avec autour de la table, et l’Ukraine et la Russie. Les termes de la discussion et de la négociation seront fixés par l’Ukraine et la Russie. Mais ça ne se fera ni dans la négation, ni dans l’exclusion de l’un l’autre, ni même dans l’humiliation. »

« Nous ne sommes pas en guerre contre la Russie. Nous œuvrons en Européens pour la préservation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Pour le retour de la paix sur notre continent. Nous serons là pour reconstruire l’Ukraine, en Européens, toujours », a déclaré M. Macron dans un tweet.

« Il nous faut avoir cette exigence. Nous savons que les semaines et les mois qui viennent seront très difficiles », a ajouté M. Macron, estimant qu’il appartient à l’Ukraine seule de définir les conditions de toute négociation avec la Russie.

Les commentaires de M. Macron témoignent d’une approche européenne qui contraste avec celle des États-Unis. De l’autre côté de l’Atlantique, le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, a déclaré qu’il souhaitait voir la Russie affaiblie et incapable de se relever, tandis que le président américain Joe Biden a qualifié M. Poutine de criminel de guerre.

Russie : L'UE prépare un embargo pétrolier avec des dérogations

La Commission européenne a finalisé mardi sa proposition pour un sixième paquet de sanctions contre Moscou pour tarir le financement de son effort de guerre contre l’Ukraine.

Les remarques du président français sont intervenues au moment même où le président russe Vladimir Poutine organisait un immense défilé militaire à Moscou pour le « Jour de la Victoire ».

Le défilé de Moscou, avec ses habituels missiles balistiques et chars roulant sur les pavés, était sans doute le plus suivi depuis la défaite des nazis en 1945, qu’il célèbre.

La guerre de la Russie a tué des milliers de civils, fait fuir des millions d’Ukrainiens et réduit des villes en ruines. Moscou a peu de résultats à faire valoir, si ce n’est une bande de territoire dans le sud et des gains marginaux dans l’est.

Dans son discours, M. Poutine n’a rien dit des plans d’escalade en Ukraine, malgré les avertissements occidentaux selon lesquels il pourrait profiter de son discours sur la Place Rouge pour ordonner une mobilisation nationale.

Les capitales occidentales avaient ouvertement spéculé pendant des semaines sur le fait que M. Poutine poussait ses forces à réaliser suffisamment de progrès avant la date symbolique pour pouvoir déclarer la victoire, mais que, vu le peu de progrès réalisés jusqu’à présent, il pourrait plutôt annoncer un appel national à la guerre.

Le président russe n’a fait ni l’un ni l’autre, mais a répété que son armée se battait encore contre des nazis.

« Vous vous battez pour la patrie, pour son avenir, pour que personne n’oublie les leçons de la Seconde Guerre mondiale. Pour qu’il n’y ait pas de place dans le monde pour les bourreaux, les fustigateurs et les nazis », a déclaré M. Poutine depuis la tribune située à l’extérieur de l’enceinte du Kremlin.

La Russie entame « une nouvelle phase » de sa guerre en Ukraine, les Occidentaux annoncent de « nouvelles sanctions »

La Russie a ouvert mardi (19 avril) par une série de frappes sur l’Est de l’Ukraine une « nouvelle phase » de la guerre qu’elle a déclenché en février, au moment où Américains et Européens se déclarent prêts à lui imposer « de nouvelles sanctions ».

En Ukraine, les combats n’ont pas faibli. Des frappes de missiles ont détruit des bâtiments dans le port d’Odessa, dans le sud du pays, où le président du Conseil, Charles Michel, en visite surprise dans la ville portuaire, a dû se mettre à l’abri.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, dans son propre discours, a promis que les Ukrainiens triompheraient.

« En ce jour de la victoire sur le nazisme, nous nous battons pour une nouvelle victoire. La route qui y mène est difficile, mais nous ne doutons pas de notre victoire », a déclaré M. Zelensky, vêtu d’une simple tenue militaire, les manches de sa chemise retroussées.

Parallèlement, aux États-Unis, le président Joe Biden a signé une loi sur le prêt-bail, inspirée des efforts déployés pendant la Seconde Guerre mondiale pour combattre l’Allemagne nazie, qui permet de surmonter les obstacles bureaucratiques pour accélérer les livraisons d’armes à l’Ukraine.

Les États-Unis ont déjà envoyé quelque 4 milliards de dollars d’aide militaire à l’Ukraine, mais « céder à l’agression est encore plus coûteux », a déclaré Joe Biden en signant la loi, adoptée avec un soutien bipartisan inhabituel.

M. Zelensky a salué cette mesure comme une « étape historique », écrivant sur Twitter : « Je suis convaincu que nous allons gagner ensemble à nouveau. Et nous défendrons la démocratie en Ukraine. Et en Europe. Comme il y a 77 ans ».

Statut sacré

La victoire soviétique lors de la Seconde Guerre mondiale a acquis un statut presque sacré en Russie sous la présidence de M. Poutine, qui a invoqué le souvenir de la « Grande Guerre patriotique » tout au long de ce qu’il appelle une « opération militaire spéciale » en Ukraine.

Les pays occidentaux considèrent qu’il s’agit d’une fausse analogie pour justifier une agression non provoquée.

« Il ne peut y avoir de jour de la victoire, uniquement le déshonneur et certainement la défaite en Ukraine », a déclaré le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace.

En Pologne, l’ambassadeur russe a été entouré de manifestants lors d’une cérémonie commémorative et aspergé de peinture rouge. L’ambassadeur Sergei Andreyev, le visage dégoulinant et la chemise tachée, a déclaré qu’il était « fier de mon pays et de mon président ».

Après qu’un assaut sur Kiev eut été repoussé en mars par une forte résistance ukrainienne, la Russie a envoyé de nouvelles troupes pour lancer une vaste offensive dans l’est le mois dernier.

Les avancées russes ont été au mieux lentes, et les armes occidentales affluent en Ukraine en vue d’une contre-attaque attendue.

Les experts militaires occidentaux, dont beaucoup avaient initialement prédit une victoire rapide de la Russie, disent maintenant que Moscou pourrait manquer de troupes. Une déclaration de guerre complète permettrait à M. Poutine d’activer les réservistes et d’envoyer des conscrits.

« Sans mesures concrètes pour constituer de nouvelles forces, la Russie ne peut pas mener une longue guerre, et le temps commence à manquer pour éviter l’échec de son armée en Ukraine », a déclaré Phillips O’Brien, professeur d’études stratégiques à l’université écossaise de St Andrews.

La guerre semble encore bénéficier d’un fort soutien public en Russie, où le journalisme indépendant est effectivement interdit et où la télévision d’État affirme que la Russie se défend contre l’OTAN. La conscription mettrait ce soutien à l’épreuve.

Quatre personnes ont été tuées et plusieurs maisons ont été détruites lors d’attaques russes dans la ville de Bogodukhov, au nord-ouest de Kharkiv, ont indiqué les médias locaux citant des autorités de Kharkiv.

Le ministère ukrainien de la Défense a déclaré que les forces russes, appuyées par des chars et de l’artillerie, menaient des « opérations d’assaut » à l’usine Azovstal de Marioupol, où des centaines de défenseurs ukrainiens ont tenu bon pendant des mois de siège. Les civils qui s’y abritaient ont été évacués ces derniers jours.

Les Russes tentaient de faire exploser un pont utilisé pour les évacuations, afin de piéger les derniers défenseurs à l’intérieur, a déclaré Petro Andryuschenko, conseiller municipal de Mariupol.

Marioupol se trouve entre la péninsule de Crimée, saisie par Moscou en 2014, et des parties de l’est de l’Ukraine sous le contrôle des séparatistes soutenus par la Russie. La capture de la ville permettrait à Moscou de relier les deux régions dans le cadre de ses efforts pour obtenir des avancées dans l’est du pays.

« Marioupol reste la zone la plus difficile de notre région », a déclaré Pavlo Kyrylenko, gouverneur régional du Donetsk, qui comprend Marioupol.

Malgré la récente évacuation d’Azovstal, « des civils restent dans la ville même », a-t-il ajouté. « Tous sont en réalité tenus menottés par la Russie. Nous continuerons à nous battre pour chacun d’entre eux ».

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