En Biélorussie, l’opposition change de méthode de protestation

Un manifestant devant les forces de l'ordre lors d'un rassemblement contre le gouvernement et le président Loukachenko à Minsk, en Biélorussie, le 25 octobre 2020. [EPA-EFE/STR]

Afin d’échapper à la répression exercée par les autorités durant les manifestations qui se déroulent au centre de Minsk, les opposants ont organisé des rassemblements dans tous les quartiers contre le président biélorusse Alexandre Loukachenko, en difficulté croissante. Un article d’Euractiv Italie.

En Biélorussie, le week-end des 28 et 29 novembre a été marqué par de nouveaux troubles politiques. Un scénario devenu habituel depuis les élections du 9 août dernier, au cours desquelles le président Loukachenko, accusé de fraude et d’intimidation, a été reconduit à son poste. Mais les manifestants ont désormais adopté une nouvelle tactique, et ce dans un contexte politique différent, puisqu’au cours des derniers jours, le dictateur a déclaré pour la première fois qu’il était prêt à faire un pas en arrière.

Procédons dans l’ordre. La semaine dernière, jeudi 26 novembre, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est rendu à Minsk pour rencontrer Alexandre Loukachenko. La Russie est très préoccupée par ce qui se passe dans l’ancienne république soviétique et constitue le seul véritable point d’appui du chef de l’État biélorusse.

Sergueï Lavrov, qui a pointé du doigt l’ingérence étrangère, accusée de « fomenter des activités conflictuelles », a exprimé l’inquiétude de Moscou au sujet de la situation actuelle. « Nous espérons que [la situation] pourra bientôt revenir à la normale », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il soutenait la « modernisation du système politique » en Biélorussie et qu’il souhaitait un renforcement des liens entre les deux pays.

La modernisation institutionnelle devrait se traduire par la rédaction d’une nouvelle Constitution. Un sujet sur lequel Alexandre Loukachenko s’est exprimé vendredi 27 novembre, se disant prêt à démissionner une fois que la nouvelle Charte serait approuvée. « Je ne fais pas une Constitution pour moi-même », a-t-il précisé. Appelant au calme, il a ajouté : « Lorsque j’adopterai la nouvelle Constitution, je ne permettrai jamais à quiconque de falsifier ou de manipuler des élections. »

L’opposition biélorusse sacrée par le prix Sakharov 2020

L’opposition démocratique en Biélorussie, emmenée par Svetlana Tijanovskaya, sa cheffe de file en exil, a reçu le prix Sakharov 2020 du Parlement européen, qui récompense « la liberté de l’esprit ». Un article d’Euroefe.

Le texte constitutionnel, a expliqué le dictateur, sera rédigé « non pas parce qu’une certaine forme de démocratie est nécessaire », mais pour ne pas laisser le pays à « un président inconnu ». Le dirigeant biélorusse justifie donc la nécessité d’une réforme constitutionnelle parce que le système actuel est fondé sur une conception rigide de la présidence.

Pour l’heure, impossible de savoir si Alexandre Loukachenko veut alléger le présidentialisme ou s’il entend même en changer radicalement la forme. Même incertitude sur l’ampleur de la démocratisation qu’il veut apporter au système politique et sur la date de sa démission annoncée.

Les déclarations du week-end dernier n’ont cependant pas mis fin à la protestation populaire contre le gouvernement, qui a même évolué en termes de tactiques.

Les comités de protestation ont appelé les partisans à organiser de petits rassemblements dans tous les quartiers de la capitale pour contourner l’intense répression gouvernementale exercée par les forces de sécurité dans le centre de Minsk. Des centaines de personnes y ont été arrêtées et il a été interdit aux manifestants de s’y rassembler. Comme lors des semaines précédentes, plusieurs stations de métro ont été fermées dans le centre et la connexion mobile a été restreinte.

L’UE décide de sanctionner le président biélorusse Loukachenko

Ce lundi 12 octobre, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont convenu de sanctionner le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, et de sévir contre les coupables de l’empoisonnement du leader de l’opposition russe, Alexeï Navalny.

Les médias locaux rapportent ainsi que dimanche 29 novembre, une vingtaine de rassemblements ont été enregistrés dans toute la ville. Certaines chaînes de l’opposition, comme Telegram Nexta Live, indiquent que « de grandes colonnes de gens se sont rassemblées dans tous les quartiers de Minsk, sans exception. La police de Loukachenko court désespérément d’un district à l’autre ».

En outre, les partisans de Svetlana Tikhanovskaya, l’une des leaders de l’opposition en exil en Lituanie, font pression sur les parquets de plusieurs pays européens pour qu’ils enquêtent sur les allégations de torture par les autorités biélorusses.

Une pétition soumise aux procureurs de l’État balte demande que des enquêtes soient menées sur plusieurs fonctionnaires du gouvernement, parmi lesquels le vice-ministre de l’Intérieur biélorusse Nikolai Karpenkov, a annoncé le conseiller de Svetlana Tikhanovskaya, Alexander Dobrovolski. Selon le code pénal lituanien, la torture autorisée par l’État peut valoir jusqu’à cinq ans de prison. Il permet aussi de poursuivre les étrangers pour des crimes commis en dehors du pays.

Le représentant de l’opposition a ajouté que des demandes semblables seraient envoyées aux procureurs en Pologne, en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas, où résident désormais d’autres victimes présumées de passages à tabac par la police biélorusse.

Au pouvoir depuis 1994, Alexandre Loukachenko semble désormais aussi à l’aise qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine. D’une part, il subit la forte pression de l’Union européenne qui digère mal d’avoir à ses frontières une dictature opprimant férocement la dissidence. D’autre part, il est confronté à l’inquiétude de la Russie, qui doit faire face à un grand nombre de patates chaudes dans ses diverses zones d’influence et qui ne peut se permettre de perdre un allié aussi proche, pratiquement au cœur de l’Europe, et avec lequel elle a s’est engagée depuis plus de vingt ans dans un processus d’union qui n’a cependant jamais décollé. Il faut néanmoins reconnaître que lorsque Moscou offre son soutien, la promesse est tenue. Reste que les semaines à venir ne seront pas faciles pour le dernier dictateur d’Europe.

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