En Iran, l’accès à l’éducation des réfugiés afghans s’améliore

Un enfant afghan fabricant des briques à Qasem Abad, à la périphérie de la ville iranienne de Varamin, dans la province de Téhéran. [Abedin Taherkenareh/EFE/EPA]

L’école n’est pas un droit pour les enfants afghans réfugiés en Iran. Mais le lancement récent d’un programme de scolarisation a permis d’améliorer la situation. Un article d’EuroEfe

Malgré la pression exercée pour que les réfugiés quittent l’Iran et les campagnes de rapatriement d’agences comme le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), il est difficile pour ces Afghans de retourner dans un pays ravagé par des conflits qui se succèdent depuis l’invasion soviétique en 1979.

En 2016, l’Afghanistan était le deuxième pays générant le plus de réfugiés dans le monde, après la Syrie.

Le HCR avait enregistré 2,5 millions de réfugiés afghans, presque tous dans les pays voisins : l’Iran a accueilli un million d’entre eux et le Pakistan 1,4 million. En Europe, l’Allemagne est en première ligne avec 43 000 demandeurs d’asile afghans.

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Scolariser les enfants

En Iran, cependant, pas moins de deux millions de réfugiés afghans sont en situation irrégulière.

Récemment, les autorités iraniennes ont lancé des programmes de scolarisation pour les enfants afghans (notamment ceux ne possédant pas de permis de séjour), de régularisation des sans-papiers et d’assouplissement des conditions requises en matière de séjour.

« Nous souhaitons que les enfants puissent aller à l’école, qu’ils aient des opportunités d’emploi », a déclaré Cornelia Ernst, l’eurodéputée allemande du Groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique, à l’agence de presse espagnole Efe. Cornela Ernst est membre de la délégation pour les relations avec l’Iran, présidée par Janusz Lewandowski, qui s’est rendue dans le pays à l’occasion de l’une des réunions interparlementaires régulières entre l’Iran et l’UE.

À la fin de leur rencontre avec les députés et les autorités iraniennes, la délégation s’est rendue dans un des centres d’enregistrement et de soins pour les réfugiés afghans à Ispahan, dans le centre du pays.

L’Union européenne, qui finance des projets humanitaires en Iran depuis 1997, a alloué 10 millions d’euros pour aider les réfugiés afghans résidant dans le pays, acheminés par des ONG et des agences des Nations Unies.

Ce budget est destiné à la scolarisation des enfants afghans en Iran, à l’assistance médicale et à la sécurité alimentaire. Il doit également aider les réfugiés à payer la prime d’assurance maladie et à bénéficier de conseils juridiques.

Dans le centre de soins d’Ispahan, les eurodéputés ont vérifié la qualité des soins ambulatoires. Ils ont également eu l’opportunité de s’entretenir avec des médecins et des infirmiers afghans ainsi qu’avec les responsables du lieu, qui est géré par le gouvernement iranien et le HCR.

Le gouvernement national a pris des mesures pour inclure tous les Afghans en situation régulière dans le système national de santé. Les campagnes de vaccination d’enfants sont par ailleurs fréquentes, en particulier contre la polio. L’Afghanistan et le Pakistan sont en effet les seuls pays au monde où cette maladie est encore endémique.

Ali Khamenei, l’actuel guide suprême, a publié en 2015 un décret destiné à permettre aux Afghans, en situation régulière ou non, à étudier dans les écoles publiques iraniennes. En 2016, 48 000 enfants afghans sans papiers ont ainsi été scolarisés pour la première fois, et, cette année, le nombre total d’enfants réfugiés scolarisés a atteint 400 000.

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Rapatriement ou accueil ?

En 2002, l’Iran a lancé un programme de rapatriement volontaire nécessitant le soutien de la communauté internationale et une coopération entre le gouvernement, les donateurs et l’ONU.

En novembre, le gouvernement iranien a appelé William Lacy Swing, le directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en visite dans le pays, à agir pour aider les Afghans à rentrer dans leur pays d’origine.

Abbas Araqchi, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, a quant à lui appelé la communauté internationale à contribuer à l’amélioration de la situation en Afghanistan, en matière de sécurité et d’économie, et préparer ainsi au mieux leur retour au pays.

En revanche, Cornela Ernst ne considère pas que le retour des Afghans soit une solution viable : « la solution ne peut pas être le rapatriement » puisque l’Afghanistan « n’est pas un pays sûr ». Elle juge cependant nécessaire d’améliorer leurs conditions de vie en Iran, estimant que la question des réfugiés en situation irrégulière est « non résolue ». Les Afghans doivent donc faire face à d’importants obstacles, comme un accès limité aux services essentiels et à l’emploi.

La plupart d’entre eux n’ont pas d’autres solutions que de se contenter de petits emplois peu rémunérés nécessitant peu de qualifications, tels qu’ouvrier du bâtiment ou gardien de parking. À Qasem Abad, à la périphérie de la ville de Varamin, les fabricants de briques travaillent 14 heures par jour pour un salaire journalier de dix dollars. De plus, ils ne peuvent travailler que six mois dans l’année, lorsqu’il fait chaud.

Leur accès au marché du travail est toutefois facilité par la liberté du choix de lieu de résidence. 97 % des réfugiés afghans résident dans des zones urbaines, 33 % d’entre eux dans la province de Téhéran et seulement 3 % sont logés dans des camps de réfugiés.

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Comparaisons inévitables avec la situation en Europe

Janusz Lewandowski, membre du Groupe PPE, a salué l’accueil que l’Iran a réservé aux Afghans, « une mesure humanitaire en réaction au désastre humain en Afghanistan ».

« C’est une bonne chose d’aider les réfugiés en Iran. Nous voulons aider, nous ne pensons pas qu’accueillir tous les réfugiés en Europe soit la meilleure des idées », a ajouté Cornela Ernst.

Le nombre de réfugiés en Iran est effarant : trois millions sur une population de moins de 83 millions. De plus, le pays a dû faire face à de nombreux défis durant ces quarante dernières années : l’Iran a connu une révolution (1979), une guerre contre l’Irak (1980-1988) et des années d’embargo économique international.

Les comparaisons avec la situation en Europe étaient inévitables lors de la visite de la délégation parlementaire en Iran. La délégation s’est par ailleurs entretenue avec Mohammad Javad Zarif, le chef de la diplomatie iranien, et Ali Larijani, président de l’Assemblée consultative islamique d’Iran.

Flavio Zanonato, membre du Groupe de l’alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen (S&D), a admis que l’accueil iranien était « positif » et que le pays a accueilli bien plus de réfugiés que l’Europe.

« Les réfugiés, les demandeurs d’asile, arrivent en tel nombre en Iran que nous ne pouvons pas nous imaginer la situation en Europe. En Italie, il y a 250 000 réfugiés et nous disons déjà que c’est disproportionné alors qu’ils sont trois millions là-bas », a-t-il ajouté.

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