En visite à Paris, la ministre allemande de la Défense évoque les « menaces » pour la sécurité en Europe

La situation stratégique en Europe serait « tendue », a fait savoir la ministre de la défense allemande Annegret Kramp-Karrenbauer lors de sa visite à Paris, le 20 avril. [MS CHS/POOL/epa]

Conflit au Sahel, relations avec la Chine, menace russe : lors d’une visioconférence organisée par l’Ifri à Paris ce mardi (20 avril), la ministre allemande de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer a fait le point sur la sécurité en Europe – et l’importance de la coopération franco-allemande dans ce domaine.

La situation stratégique en Europe serait « tendue », a fait savoir la ministre lors de la visioconférence organisée par l’Institut français des relations internationales et la Fondation Konrad-Adenauer. Entre la montée en puissance de la Chine – avec sa vision d’un ordre mondial radicalement différent de celle de l’Europe -, la « menace » que représente la Russie en se positionnant de plus en plus comme « antipode non libéral et antidémocratique de l’Ouest » et la « propagation du terrorisme islamiste » dans le Sahel, les défis ne manquent pas, selon Mme Kramp-Karrenbauer.

Si la Chine serait « absolument nécessaire » pour répondre aux grands défis de notre époque et notamment le réchauffement climatique, elle incarnerait également le « défi stratégique le plus difficile dans le long terme » pour l’Europe. Le pays constituerait notamment une menace pour la cohésion européenne en exerçant de l’influence sur différents États membres de l’UE, selon la ministre.

La Russie serait quant à elle la menace la plus « concrète » pour l’Europe à l’heure actuelle, comme en témoigneraient les violations de l’espace aérien des États baltes, les cyberattaques ou encore les campagnes de désinformation dont l’Allemagne a récemment été la cible.

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En vue des préoccupations actuelles concernant l’affaire Navalny et la situation aux frontières de l’Ukraine, la ministre de la défense ne voit toutefois « pas d’intérêt » à arrêter les travaux sur Nord Stream 2, la construction du gazoduc controversé étant quasiment terminée. Un « levier beaucoup plus intelligent » serait selon elle de décider, une fois le projet mené à terme, de « si et combien de gaz » russe l’on fera venir en Europe à travers le gazoduc.

Enfin, la ministre a souligné l’importance de « stabiliser » la région du Sahel : « Ce ne peut être dans notre intérêt d’avoir un espace aussi déstabilisé dans notre voisinage », a-t-elle soutenu, avertissant du danger que présente la zone comme « espace refuge pour des terroristes islamistes ».

Autant de défis qu’ « aucun pays en Europe n’arrivera à maîtriser seul ». D’où l’importance, selon Mme Kramp-Karrenbauer, d’une plus grande autonomie stratégique européenne. Un point sur lequel l’Allemagne serait donc d’accord avec la France – même si les visions stratégiques concrètes diffèrent entre les deux pays.

La France reproche en effet souvent sa lenteur et son manque de volonté en matière d’interventions militaires à l’Allemagne. Une « réticence allemande » qui – bien qu’expliquée par l’histoire du pays et le fait que le parlement allemand joue un rôle clé dans l’autorisation de toute intervention extérieure – serait « de moins en moins acceptée et comprise » par ses partenaires au sein de l’OTAN et qui nuirait à la crédibilité de l’Allemagne, comme le souligne Paul Maurice, chercheur au Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa) ) de l’Ifri, dans les dernières Notes du Cerfa, publiées la semaine dernière.

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Mais si les différences de vision stratégique seraient « palpables », la coopération franco-allemande aurait aussi beaucoup gagné en dynamique grâce justement aux différences. Au point que la France et l’Allemagne restent bien le « moteur » incontestable de l’Europe, selon Mme Kramp-Karrenbauer.

À l’exemple de la coopération franco-allemande dans le cadre du développement du système de combat aérien du futur (SCAF) : bien que les États-Unis soient déjà en train de développer un tel système, « nous avons raison de développer notre propre système pour garder la souveraineté en matière de nos données », selon la ministre.

Le même serait vrai en termes de cyberdéfense : « Si nous, en tant qu’Européens, voulons jouer un rôle dans le développement de ces technologies, nous devons établir nos propres normes », soutient Mme Kramp-Karrenbauer – que ce soit « au niveau européen ou, en tant qu’Europe, au sein de l’OTAN ». Dans ce même sens, la ministre de la défense allemande a réitéré sa demande pour un siège supplémentaire au Conseil de sécurité des Nations Unies au nom de l’Union européenne.

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