Espionnage: l’Europe demande des explications à Washington

Les journaux Der Spiegel et The Guardian ont révelé que les Etats-Unis auraient mis sur écoutes plusieurs pays européens ainsi que des représentations présentes sur leur territoire.

Les révélations sur le programme de cybersurveillance et d’écoutes des Etats-Unis se poursuivent. Les journaux Der Spiegel et The Guardian ont accusé Washington d’avoir espionné l’Union européenne et certains de ses membres.

Le Justus Lipsius sur écoute

Le quotidien britannique s’appuie sur un document de septembre 2010 obtenu auprès d’Edward Snowden, l’ex-consultant informatique de la National Security Agency (NSA). Il confirme ce que le Spiegel rapportait dès samedi 29 juin: les représentations de l’Union européenne ont également été mises sur écoute à Washington, à Bruxelles et à l’Onu.

Le quotidien britannique a rapporté, dimanche 30 juin, que l’ambassade de France à Washington ainsi que la mission française aux Nations unies, entre autres représentations étrangères, avaient été placées sur écoutes par les services américains.

Au total, écrit le Guardian, 38 ambassades et missions diplomatiques sont décrites comme des « cibles » par ce document, qui « détaille une gamme extraordinaire de méthodes d’espionnage utilisées contre chacune de ces cibles, allant de micros dissimulés dans des équipements électroniques de communication à des branchements sur des câbles ou à la collecte de transmissions au moyen d’antennes spéciales ».

D’après le Spiegel, la NSA surveillait aussi les systèmes de communication de l’immeuble Justus Lipsius, qui héberge le Conseil européen à Bruxelles et où les gouvernements de l’UE disposent de bureaux à partir desquels ils peuvent passer des appels sécurisés.

Comparaison avec la guerre froide 

Cette surveillance s’étendait aussi aux communications téléphoniques. Les Etats-Unis en intercepteraient 500 millions par mois en Allemagne et 50 millions en France.

Ces nouvelles révélations ont provoqué des réactions bien plus vives que les précédentes, qui ne concernaient que la vie privée des citoyens européens.

« Ces faits, s’ils étaient confirmés, seraient tout à fait inacceptables », a déclaré dimanche 30 juin le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

En Allemagne, le ton est encore plus virulent. La ministre fédérale de la Justice, Sabien Leutheusser-Schnarrenberger n’a pas hésité à comparer cette attitude à l’époque de la guerre froide. « Si les révélations des médias sont justes, cela rappelle les initiatives prises entre ennemis durant la Guerre froide. Cela dépasse l’imagination que nos amis aux Etats-Unis considèrent les Européens comme des ennemis (…). Cela peut difficilement être justifié par l’argument de la lutte contre le terrorisme. »

L’accord de libre-échange sur la sellette ?

Même la Commission européenne, peu habituée aux déclarations virulentes, s’est exprimée avec fermeté. La chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton a exigé « d’obtenir d’urgence des clarifications sur la véracité et sur les faits entourant ces allégations ».

Le commissaire français, Michel Barnier a aussi réagi dès dimanche soir sur son compte Twitter: 

Viviane Reding, commissaire européenne à la Justice et aux droits fondamentaux, s’est prononcée dimanche en faveur d’un gel des négociations commerciales avec les Etats-Unis dans l’attente de leurs explications.

« Les partenaires ne s’espionnent pas entre eux », a-t-elle dit lors d’une conférence au Luxembourg.

Avis partagé par le député européen d’Europe Ecologie Les Verts, Daniel Cohn Bendit. Selon lui, « il faut d’abord un accord sur la protection des données des citoyens européens et de institutions européennes. Cet accord peut prendre un à deux ans. Mais tant que cet accord n’est pas signé, il n’y aura pas d’accord de négociation de libre-échange ».

Le président du parlement européen, Martin Schulz, s’est dit pour sa part « profondément choqué »

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Par contre, toujours aucune réaction du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso et du président du Conseil, Herman Van Rompuy.

Pour tenter d’étouffer l’affaire, les autorités américaines ont annoncé qu’elles répondraient par “voie diplomatique” de manière bilatérale avec les Etats membres.

« Nous n’allons pas faire publiquement de commentaires sur ces allégations concernant des activités de renseignement (…) Les Etats-Unis recueillent certaines informations à l’étranger comme le font tous les pays », a annoncé un porte-parole de la direction du renseignement national américain.

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