Esquisse d’une nouvelle politique étrangère européenne

EU High Representative for Foreign Affairs Federica Mogherini. [The Council of the European Union]

Federica Mogherini, Haute Représentante de l'Union pour les Affaires étrangères. [The Council of the European Union]

Lors de sa visite à Berlin, à l’occasion des 25 ans de la chute du mur, Federica Mogherini s’est exprimée sur la situation de l’Europe en termes de politique étrangère et a annoncé de possibles sanctions supplémentaires à l’encontre de Moscou. Un article d’EURACTIV Allemagne.

À qui téléphoner quand on veut parler avec l’UE ? Lorsque l’on parle de politique étrangère européenne, l’anecdote de la fameuse question d’Henry Kissinger n’est jamais loin, et celle-ci s’est à nouveau posée lors de la première visite de Federica Mogherini à Berlin en tant que Haute Représentante.

L’Italienne participait, avec Frank-Walter Steinmeier, ministre des Affaires étrangères allemand, au forum de Berlin sur la politique étrangère, sponsorisé par la Fondation Körber. L’évaluation des politiques étrangères de l’Allemagne et de l’UE étaient au centre de l’événement.

Pendant les discussions, Federica Mogherini a assuré très bien se rappeler de la question de l’ancien secrétaire d’État. Le premier appel qu’elle a reçu après sa prise de fonction provenait d’ailleurs du secrétaire d’État américain actuel, John Kerry.

En tant que représentante de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini doit pouvoir gérer la complexité d’une union formée de 28 pays, 28 ministres des affaires étrangères différents et 28 ensembles d’intérêts variés.

Frank-Walter Steinmeier a déclaré au nom de l’Allemagne qu’il ferait tout son possible pour soutenir la Haute Représentante dans la « difficile tâche » que constitue le rassemblement des intérêts des 25 États membres, qui ne coïncident pas toujours.

Une politique commune pour ces temps difficiles

Alors qu’elle célèbre les 25 ans de la chute du mur de Berlin, l’Europe vit des temps difficiles, estime Federica Mogherini.

La Haute Représentante considère en effet que l’Europe est la région du monde la plus encline aux conflits. Au sein de l’Union européenne, chaque État est souvent confronté au dilemme de poursuivre ses propres intérêts ou les intérêts de l’Union, a-t-elle expliqué, mais la politique étrangère de l’UE devrait néanmoins prendre en compte le fait que la plupart des intérêts particuliers seraient mieux servis au niveau européen.

Selon elle, l’idée que les États membres ont des intérêts communs est trop peu présente. Il n’existe pas non plus de stratégie commune en ce qui concerne l’ordre mondial, regrette-t-elle.

La capacité de s’allier et de composer avec des situations complexes constitue cependant l’une des forces de l’UE.  L’avenir de l’Europe, et plus particulièrement sa contribution à un réel multilatéralisme est, selon Federica Mogherini, « le défi le plus passionnant que les Européens ont à relever ».

Le monde du mur de Berlin était bien sûr complexe, mais restait régi par une « mentalité en noir et blanc, estime la Haute Représentante. Cette représentation duelle du monde ne fonctionne plus. »

L’Italienne se déclare favorable au partenariat transatlantique avec les États-Unis. « Nous devons développer une relation plus politique, plus mature, avec les États-Unis. » Elle souligne ainsi la nécessité de développer une forme d’amitié plus ouverte et constructive avec Washington, ce qui requiert de la coopération, du soutien et du respect mutuel.

« Le seul volatile qui joue un rôle transatlantique à ce jour, c’est le poulet traité au chlore »

Frank-Walter Steinmeier a fait remarquer que les relations entre l’Europe et les États-Unis sont plus caractérisées par des différences que par des points communs. « Il n’y a pas si longtemps, Sigmar Gabriel a souligné de manière anecdotique, mais assez exacte que les Allemands et les Américains avaient le même animal emblématique, l’aigle, mais le seul volatile qui joue un rôle transatlantique à ce jour, c’est le poulet traité au chlore. »

Si on le compare à la complexité à la des conflits et des crises, la grille des couleurs utilisée dans la couverture de la politique étrangère et dans le discours politique se limite toujours au noir et blanc, estime le ministre des affaires étrangères allemand. La question d’ouverture des discussions, qui renvoyait à l’image de l’Allemand qui pense alors que l’Américain tire, a manifestement irrité le ministre allemand.

« Voilà un bel exemple qui illustre les raisons pour lesquelles la politique étrangère allemande progresse, a-t-il déclaré. Cette représentation d’un monde où on a d’un côté les acteurs prêts à participer et de l’autre les Européens peureux est une déformation de notre coopération au niveau international, ce que je regrette. »

Frank-Watler Steinmeier et Federica Mogherini ont tous deux exprimé leurs inquiétudes quant aux derniers événements en Ukraine. Kiev et Moscou doivent adhérer au protocole de Minsk, insistent-ils.

Les ministres des affaires étrangères européens devraient aborder la question de sanctions supplémentaires à l’encontre de la Russie lors d’une réunion qui se déroulera dans les semaines à venir. Federica Mogherini a d’ores et déjà déclaré que cette possibilité était toujours bien réelle. Elle a toutefois précisé que les sanctions ne sont pas une fin en soi, mais un instrument à utiliser pour arriver à une solution politique.

>> Lire : Federica Mogherini affirme sa ligne politique face à Moscou 

Frank-Walter Steinmeier estime quant à lui qu’il faut prix éviter que le conflit ne dégénère et que l’on arrive à une course aux sanctions, alors que le risque de confrontation armée augmente.  La réussite d’une politique étrangère ne se mesure pas uniquement en termes de mesures punitives, rappelle-t-il.

Federica Mogherini, 41 ans, ancienne ministre des affaires étrangères italienne, a été nommée Haute Représentante de l'Union pour les affaires étrangère et la sécurité et représentera donc l'UE durant les cinq années à venir.

Les chefs d'État et de gouvernement européens ont élu Federica Mogherini le 30 août à ce poste, ce qui fait d'elle l'équivalent d'un ministre des affaires étrangères au niveau européen.

L'Italienne ne faisait cependant pas tout à fait l'unanimité. Les pays baltes et la Pologne la trouvaient par exemple trop accommodante vis-à-vis de Moscou. Federica Mogherini n'a été ministre des affaires étrangères en Italie que de février à août 2014.

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