La position européenne dans le conflit du Tigré inquiète les autorités éthiopiennes

L’Éthiopie est « inquiète et surprise » de la position européenne ambiguë dans le conflit opposant le Premier ministre Abiy Ahmed au Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), a indiqué l’ambassadrice du pays auprès de l’UE. [EPA-EFE/STR]

L’Éthiopie est « inquiète et surprise » de la position européenne dans le conflit opposant le Premier ministre Abiy Ahmed au Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), a indiqué l’ambassadrice du pays auprès de l’UE.

« À l’heure actuelle, le bloc semble avoir des difficultés à comprendre ce qui se passe en Éthiopie », a déclaré l’ambassadrice éthiopienne auprès de l’Union européenne Hirut Zemene dans un entretien avec Euractiv.

Le 4 novembre, le Premier ministre d’Éthiopie Abiy Ahmed a lancé une offensive militaire contre les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qu’il accuse d’avoir attaqué une base militaire gouvernementale pour voler de l’armement.

Le 17 novembre, les forces du gouvernement ont commencé leur intervention à Mekele, le chef-lieu de la région du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie. Le Premier ministre a accordé un ultimatum de trois jours, qui se termine mercredi (25 novembre), pour que les rebelles se rendent. De plus, il a également mis en place une administration temporaire dans la région en proie aux hostilités.

D’après les représentants du gouvernement, les dirigeants du TPLF utilisent des boucliers humains.

Les conflits font suite à des mois de tensions entre le gouvernement fédéral et certains groupes du TPLF.

Craintes d'une nouvelle dégradation sécuritaire au Mali

Le coup d’État militaire suscite à nouveau la peur du vide constitutionnel qui risque d’aggraver les problèmes sécuritaires dans le pays. Un article de notre partenaire Deutsche Welle.

À la suite du soutien accordé par les législateurs du pays au report des élections législatives d’août orchestré par les autorités, prolongeant ainsi le mandat de M. Ahmed, le TPLF a annoncé qu’il ne reconnaissait plus le gouvernement. En septembre, le Front a d’ailleurs gagné 98 % du scrutin lors d’élections régionales officieuses ; des élections considérées comme illégales par Addis-Abeba.

Les élections législatives devraient désormais avoir lieu en mai ou juin de l’année prochaine.

Les leaders du TPLF ont déclaré que le Front avait agi en « légitime défense par anticipation » en ouvrant les hostilités dans les bases militaires septentrionales contrôlées par les forces de défense nationales.

Lors d’une conférence de presse organisée à la suite d’une réunion des ministres européens des Affaires étrangères jeudi dernier (19 novembre), le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a indiqué aux journalistes présents que « la situation dans la région du Trigré, les actes de violence liés à l’appartenance ethnique, les accusations de crimes et les violations des droits de l’homme soulevaient de profondes inquiétudes ».

« L’Éthiopie et ses régions voisines font face à un danger imminent et à une crise humanitaire de grande ampleur », a-t-il ajouté.

« Nous sommes particulièrement inquiets de cette situation et avons réitéré nos appels au dialogue. »

Le gouvernement a annoncé un état d’urgence de six mois dans la région, tandis que les pannes d’électricité, entre autres conjuguées à l’accès limité au carburant et aux ressources financières bloquent les actions humanitaires.

Cour pénale internationale : réactions en Afrique après les sanctions américaines

En Afrique, les sanctions américaines contre Fatou Bensouda sont interprétées comme une tentative de ruiner la Cour pénale internationale (CPI), dont le travail a fait ses preuves sur le continent. Un article de notre partenaire Deutsche Welle

Le conflit entraîne également rapidement une situation d’urgence humanitaire, étant donné que le nombre de personnes ayant fui la région du Tigré pour rejoindre le Soudan dépasse désormais les 33 000, d’après les Nations-Unies. De surcroît, Genève exhorte les parties à dialoguer afin de parvenir à une entente par arbitrage.

Le gouvernement d’Abiy Ahmed nie tout acte de répression contre les civils, affirmant que les forces de l’ordre ne ciblent que les fiefs du TPLF et ses dirigeants afin de rétablir la justice et l’ordre.

L’ambassadrice Zemene a expliqué à Euractiv que le Premier ministre, lauréat du prix Nobel de la Paix en 2019, avait souhaité intégrer le TPLF dans son programme de réforme. Une tentative impliquant « de redoubler d’efforts pour ouvrir le processus démocratique », et ce en démantelant le Front qui régnait depuis une trentaine d’années comme régime à parti unique.

Les dirigeants du TPLF s’y étaient opposés de manière « catégorique », avançant qu’ils ne prendraient pas part à ces démarches, a-t-elle renchéri.

« Le gouvernement a invité le TPLF autour de la table des négociations, mais sans franc succès. Des compromis ont certes été conclus, mais ils n’ont pas porté leurs fruits », estime l’ambassadrice, révélant pourquoi Abiy Ahmed a désormais balayé les pourparlers.

« Il s’agit d’un problème endogène. Il convient de garantir le respect de la loi et de l’ordre. C’est la seule responsabilité qui incombe au gouvernement dans le cadre de cette intervention. En aucun cas un gouvernement reconnu ne peut être assimilé à un petit groupe au sein d’un parti dont le but est de dévaster un pays », a-t-elle fait savoir.

De plus, Mme Zemene a souligné que tout signalement d’attaques sur des civils ferait l’objet d’enquêtes indépendantes, de même que l’armée éthiopienne gérait « l’intervention avec précaution ».

« L’objectif de l’intervention est de garantir le désarmement des assaillants, les traduire en justice et rétablir la sécurité », a-t-elle conclu.

Alors que les autorités d’Addis-Abeba se sont dites « déçues » de la position européenne dans le conflit, le gouvernement d’Abiy Ahmed a reçu un soutien solide de la part des États-Unis d’Amérique.

« Les rebelles du TPLF tentaient d’internationaliser le conflit et d’attiser le patriotisme », a maintenu Tibor Nagy, sous-secrétaire d’État américain aux Affaires étrangères, lors d’une conférence de presse jeudi 19 novembre.

« La médiation n’est pas une fin en soi. C’est un moyen d’atteindre un objectif. Nous souhaitons que le conflit se résorbe sans plus attendre. En l’état actuel des choses, aucune des deux parties concernées n’est intéressée par la médiation », a-t-il soutenu.

Du côté américain, les actions lancées par le TPFL sont une tentative visant à « saper l’autorité du Premier ministre dans le but de reprendre son rôle d’antan ».

Subscribe to our newsletters

Subscribe