L’UE s’oppose à Ankara sans imposer d’embargo sur les armes

La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, en discussion avec le ministre chypriote des Affaires étrangères, Nikos Christodoulides. [EPA-EFE/ARIS OIKONOMOU]

Les ministres des Affaires étrangères européens ont unanimement condamné l’opération militaire menée par la Turquie en Syrie et ont demandé aux États membres de cesser de vendre des armes à Ankara. Ils ne sont toutefois pas allés jusqu’à décréter un embargo.

Dans une déclaration commune du 14 octobre, l’UE des 28 « a une nouvelle fois exhorté la Turquie à cesser son action militaire unilatérale dans le nord-est de la Syrie et à retirer ses troupes ».

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Josep Borrell, qui s’apprête à reprendre le poste de Haut représentant pour les affaires étrangères de l’UE, a déclaré dans une interview à l’agence Associated Press que les 28 États membres « ont décidé à l’unanimité de condamner fermement (…) ce qui, en fin de compte, est une attaque militaire ».

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont également déclarés prêts à limiter les exportations d’armes vers Ankara, déclarant qu’ils s’engageaient « à adopter des positions nationales fermes concernant leur politique d’exportation d’armes vers la Turquie », tout en convenant qu’un groupe de travail devrait se réunir plus tard cette semaine pour coordonner et examiner les positions des États membres.

En dépit de la fermeté de ces propos, les gouvernements nationaux de l’UE peuvent toujours délivrer des licences autorisant des ventes d’armes à la Turquie. Ils devront cependant tenir compte de facteurs tels que l’impact sur la stabilité régionale, ce qui en a conduit certains à remettre en question le fond de la déclaration du 14 octobre.

Interrogée par la presse sur ces questions, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a évoqué un « engagement clair » des États membres sur des « positions nationales fortes » concernant l’incursion en Syrie.

Elle a également mentionné les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU sur les restrictions de vente d’armes à certaines nations et a souligné que la Turquie ne figurait pas sur une liste de ce type.

Par leur décision, les ministres de l’UE ont également cherché à éviter d’imposer un cadre européen aux membres de l’OTAN, a ajouté Federica Mogherini.

Si un embargo complet avait été décrété, la Turquie qui est un membre de l’OTAN, aurait été placée dans la même catégorie que des pays comme la Russie et le Venezuela. Or, les ministres n’étaient pas prêts à prendre une telle mesure, ont déclaré des diplomates.

L’an dernier, les exportations d’armes et de munitions de l’UE vers la Turquie, comprenant notamment des missiles, se sont chiffrées à 45 millions d’euros selon l’office statistique de l’UE, Eurostat. Jusqu’à maintenant, c’est l’Italie qui a été le principal fournisseur, suivie de l’Espagne, du Royaume-Uni et de l’Allemagne. Les ventes d’avions de l’Union à Ankara – qui ne se limitent pas aux appareils militaires – se sont, pour leur part élevées à 1,4 milliard d’euros l’an dernier, la France arrivant en tête de la liste des vendeurs.

Ventes d’armes : la France à la conquête de l’Europe

Les commandes d’armes françaises ont augmenté de 30% entre 2017 et 2018 pour atteindre les 9,118 milliards d’euros. L’exportation d’armes progresse surtout en Europe selon le ministère des Armées français.

« Nous ne voulons pas soutenir cette guerre et ne voulons pas mettre des armes à disposition », a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, au cours d’une réunion avec ses homologues européens à Luxembourg.

« Cette offensive va causer un désastre humanitaire », a déploré le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, appelant à « une position ferme sur les exportations d’armes vers la Turquie ».

Au cours du week-end, Paris et Berlin ont suspendu les ventes d’armes à la Turquie, bien qu’elle soit un allié de l’OTAN. De leur côté, la Finlande et les Pays-Bas avaient déjà fait savoir qu’ils mettraient un terme aux exportations d’armes. Selon les diplomates européens, cela pourrait constituer la première étape d’une série de sanctions européennes visant à convaincre Ankara de mettre un terme aux combats.

Le 14 octobre, l’Espagne, l’Autriche et la Belgique ont rejoint l’Allemagne et la France pour soutenir un embargo sur les armes à l’encontre de la Turquie, mais l’Italie, premier exportateur d’armes vers Ankara, n’avait pas encore pris position, laissant planer le doute sur une interdiction générale de l’UE.

Le ministre italien des Affaires étrangères, Luigi Di Maio, a déclaré en marge de la réunion que « dans les prochaines heures, l’Italie [signerait] elle aussi une interdiction d’exporter des armes vers la Turquie ». La Belgique aussi a déclaré qu’elle soutenait l’arrêt des exportations d’armes.

En dépit des critiques de ses alliés de l’OTAN, la Turquie ne semble guère disposée à pondérer son action militaire, mettant l’alliance dans une position difficile.

Le 14 octobre, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a averti que l’alliance militaire ne devait pas perdre son unité dans la lutte contre Daesh (IS) en raison des actions de la Turquie.

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont proposé de convoquer une réunion de la coalition pour contrer Daesh, qui inclut également la Turquie.

En outre, compte tenu des menées illégales de la Turquie en Méditerranée, l’UE des 28 a réaffirmé sa solidarité avec Chypre dans le respect de sa souveraineté et de ses droits souverains conformément au droit international.

Nicosie a appelé ses partenaires de l’UE à prendre des mesures après l’envoi par la Turquie de deux navires pour forer dans les eaux considérées par Chypre comme faisant partie de sa zone économique exclusive. Ankara clame pour sa part qu’elle agit dans le respect du droit international.

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