Conflit dans le Tigré : les tensions diplomatiques entre l’UE et l’Éthiopie s’exacerbent

Les critiques du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell et de son envoyé spécial Pekka Haavisto face à la gestion du conflit au Tigré par le gouvernement éthiopien ont exacerbé les tensions avec les autorités du pays. EPA-EFE/ALA KHEIR

Les critiques du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell et de son envoyé spécial Pekka Haavisto face à la gestion du conflit au Tigré par le gouvernement éthiopien ont exacerbé les tensions avec les autorités du pays.

À la suite de la réunion des ministres européens des Affaires étrangères, le Finlandais Pekka Haavisto a signalé mardi (23 février) que la crise du Tigré dans le nord de l’Éthiopie semblait être « hors de contrôle », ajoutant que le gouvernement éthiopien faisait l’autruche fasse à l’ampleur du problème.

M. Haavisto avait été envoyé en Éthiopie pour le compte de Josep Borrell, haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères (HR/VP).

Les déclarations du ministre finlandais des Affaires étrangères ont suscité de vives critiques parmi les diplomates éthiopiens, mettant en exergue que M. Haavisto n’avait pas visité la région du Tigré bien qu’il en eût la possibilité. Celui-ci s’était alors rendu dans un camp de réfugiés au Soudan. En outre, le Finlandais avait également décliné l’occasion de rencontrer le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed ainsi que ses ministres.

Lors d’un webinaire avec les journalistes la semaine dernière, l’ambassadrice éthiopienne auprès de l’UE Hirut Zemene a déclaré que son gouvernement formulerait une plainte officielle à l’encontre de Josep Borrell.

Lundi (1er mars), la représentation permanente de l’Éthiopie auprès de l’UE a tweeté qu’elle regrettait « que les déclarations et les informations présentées par M. Pekka Haavisto concernant la situation [géopolitique] en Éthiopie ne reflétaient pas la réalité sur le terrain et contenaient des affirmations infondées ».

Josep Borrell avait ensuite mis en avant l’urgente nécessité d’un accès complet et immédiat de l’aide humanitaire au Tigré ainsi que le besoin d’une enquête sur les violations des droits de l’homme.

Pour rappel, le Premier ministre Aby Ahmed a lancé des opérations militaires dans le Tigré au début du mois de novembre après avoir accusé le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), anciennement membre du gouvernement éthiopien, d’avoir attaqué une base militaire fédérale.

Des organisations de la société civile ont signalé plusieurs tueries de masse, actes de violence perpétrés à l’encontre de réfugiés et déplacements de population. Néanmoins, la difficulté d’accès de la région, sous le contrôle du TPLF, rend difficiles toute tentative de corroborer ces faits.

À la suite de l’intervention du HR/VP, le bureau d’Abiy Ahmed a indiqué que les agences humanitaires disposaient désormais d’un accès total pour venir en aide à la région.

Le gouvernement a également salué « le soutien octroyé par la communauté internationale sur le plan technique afin de garantir le bon déroulement des enquêtes ».

De son côté, l’ambassadrice Zemene a critiqué la couverture médiatique du conflit, accusant plusieurs sources de publier des informations fallacieuses et des infox à ce sujet. Nombre de journalistes et reporters ont déclaré qu’ils s’étaient vu refuser l’accès à la région ; une information démentie par les représentants éthiopiens.

Le conflit a porté des dommages considérables à la réputation d’Abiy Ahmed sur la scène internationale, un an seulement après avoir reçu le prix Nobel de la paix.

Les tensions entre Addis Abeba et Bruxelles se sont exacerbées au fil des derniers mois.

En novembre, après plusieurs semaines de contentieux, Mme Zemene a indiqué dans un entretien avec Euractiv qu’elle était « surprise et alarmée » de l’attitude européenne dans le conflit du Tigré.

La position européenne dans le conflit du Tigré inquiète les autorités éthiopiennes

L’Éthiopie est « inquiète et surprise » de la position européenne dans le conflit opposant le Premier ministre Abiy Ahmed au Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), a indiqué l’ambassadrice du pays auprès de l’UE.

Par ailleurs, les autorités éthiopiennes prévoient que les élections fédérales initialement reportées auront lieu cet été tandis que la campagne électorale suit son cours.

Le gouvernement d’Abiy Ahmed a en outre dû essuyer les critiques du secrétaire d’État américain Antony Blinken. Celui-ci s’est dit « profondément inquiet » au vu de la détérioration de la situation générale du pays.

La semaine dernière, les États-Unis ont d’ailleurs décidé de suspendre une partie de leur aide financière à destination de l’Éthiopie. Voilà qui vient contrecarrer le souhait formulé par Donald Trump en septembre 2020 de supprimer 100 millions de dollars de l’aide initialement octroyée. Ici, Joe Biden entend en suspendre une partie et non l’annihiler.

À l’inverse, plusieurs États membres de l’UE arguent que le financement humanitaire européen pour l’Éthiopie devrait être revu à la baisse, certains avançant qu’environ 80 % des réfugiés ne perçoivent pas les fonds alloués.

Mitiku Kassa, membre de la Commission nationale de gestion des risques de catastrophe d’Éthiopie, a assuré aux journalistes jeudi (25 février) que les réfugiés n’étaient pas victimes de mauvais traitements ou d’actes de répression et que les aides financières étaient bien versées à qui de droit. Le nombre réel de réfugiés serait bien moindre que celui indiqué, a-t-il renchéri.

Entretemps, les tentatives des groupes de la société civile visant à amorcer un débat dans les plus brefs délais avec la Commission des droits de l’homme des Nations Unies sur la situation actuelle du Tigré ont suscité de vives critiques de la part du gouvernement éthiopien.

Dans un communiqué, le bureau de Abiy Ahmed écrit que les autorités du pays sont « fortement inquiètes de la propagation de fausses informations sur fond politique » par des acteurs « dont le seul objectif consiste à saper la souveraineté du gouvernement ».

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