Les eurodéputés appellent à l’action pour les Rohingyas

Après avoir reçu des sacs de nourriture, des réfugiés rohingyas retournent dans le camp élargi de Kutupalong, à Ukhiya, Cox’s Bazar, Bangladesh, 12 février 2018. [EPA/ABIR ABDULLAH]

Les eurodéputés appellent à une meilleure gestion de la crise des Rohingyas, dont les conditions de vie dans les camps de réfugiés du Bangladesh sont calamiteuses. Un article de notre partenaire, Efe-EPA, depuis Kutupalong, au Bangladesh.

En cinq mois, environ 688 000 Rohingyas ont quitté la Birmanie pour se réfugier au Bangladesh voisin, fuyant la violence d’une armée accusée de nettoyage ethnique.

« C’est une situation difficile pour le Bangladesh et pour les organisations internationales. Nous devons redoubler d’efforts pour  leur apporter un soutien, surtout aux organisations sur place », estime l’eurodéputé Joachim Zeller (PPE).

Une délégation d’eurodéputés se sont rendus au Bangladesh et en Birmanie pour y rencontrer les autorités nationales. Joachim Zeller, qui fait partie de la sous-commission parlementaire sur les droits de l’Homme, souligne les conséquences terribles du manque d’espace, de nourriture et de soins dans les camps au Bangladesh.

« C’est une situation très difficile à gérer », admet Jean Lambert, qui dirige la délégation pour les relations avec les pays de l’Asie du Sud. « Le Bangladesh a déjà accueilli des milliers de personnes qui ont été expulsées de Birmanie. Selon nos informations, en plus des millions de personnes déjà sur le territoire, il en arrive encore, et certains sont coincés à la frontière, où ils ne peuvent être abandonnés. »

Pier Antonio Panzeri, président de la sous-commission sur les droits de l’Homme, indique que la délégation a fait le déplacement pour soulever certaines questions auprès des autorités birmanes et s’assurer que l’accord de retour des Rohingyas signé en novembre avec le Bangladesh « est appliqué avec toutes les protections nécessaires en termes de droits de l’Homme ».

Un représentant de l’UNHCR (G) explique les activités de l’organisation à Pier Antonio Panzeri (C) et à l’eurodéputé Richard Corbett (R) au point de transit de Ghumdum, à Ukhiya, Bangladesh, le 12 février. [EPA/ABIR ABDULLAH]

Pier Antonio Panzeri s’est déclaré déçu de la manière dont Aung San Suu Kyi, la dirigeante birmane, a réagi à la crise. Cette ancienne opposante, qui a reçu le prix Nobel de la paix et le prix Sakharov en 1990, est en effet étrangement silencieuse.

La crise actuelle a débuté le 25 août 2017, après une attaque menée par des insurgés Rohingyas brutalement réprimée par l’armée birmane dans l’État de Rahkine, où vivaient environ un million de membres de cette minorité principalement musulmane. Les Rohingyas ne sont pas reconnus par la Birmanie, qui les considère comme des migrants bengalis et refuse de leur accorder la citoyenneté.

Les Nations Unies et de nombreuses autres organisations internationales ont avancé des preuves irréfutables des violations des droits de l’Homme dans le pays. Le Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme a qualifié les opérations de l’armée de « nettoyage ethnique » et a indiqué qu’il pourrait même s’agir d’un « génocide ».

Flux ininterrompu

Les Rohingyas continuent d’arriver en grand nombre sur le territoire bengali en février, après une marche difficile à travers collines et rivières, souvent terrifiés et à moitié morts de faim. Une situation que les eurodéputés ont pu constater par eux-mêmes après une mission d’investigation.

Omar Mia et sa famille de quatre personnes se sont joints à un groupe d’une centaine de Rohingyas ayant traversé la rivière Naf, frontière naturelle entre le Bangladesh et la Birmanie, à bord de deux bateaux ce week-end.

« J’étais journalier agricole, mais ces derniers mois il n’y avait plus de travail. Seules les familles musulmanes nous donnaient du travail, mais il ne reste plus beaucoup de musulmans aisés », indique cet homme de 54 ans, du village d’Ana Prang.

Il explique en pleurant qu’il était dans le premier bateau, avec 41 autres personnes, dont sa famille. Des travailleurs humanitaires leur ont donné de la nourriture avant de les envoyer vers le point de transit de l’UNHCR à la frontière des districts de Cox’s Bazar et Bandarban, près de Kutupalong. Ils y ont passé deux jours sous des tentes.

Des représentants de l’organisation leur ont dit qu’ils seraient transportés vers un grand camp de Kutupalong dès qu’un nouvel abri serait prêt à les recevoir.

Mohammad Solaiman explique quant à lui qu’il n’a pas tout de suite décidé de quitter son village après l’explosion de violence fin août. Il pensait en effet que la situation retournerait à la normale rapidement. « Je pensais que tout irait bien, j’avais des terres et environ 40 vaches, je ne pouvais pas les abandonner. Mais aujourd’hui ils m’ont tout pris et m’ont réduit à l’indigence », se désole-t-il. « Les autorités bengalis peuvent me tuer ici, je n’y retournerai que si on me rend ma terre. »

Des membres du Parlement européen discutent avec des femmes Rohingyas récemment arrivées au point de transit de Ghumdum, à Ukhiya, au Bangladesh, le 12 février. [EPA/ABIR ABDULLAH]

Des travailleurs humanitaires construisent de nouveaux abris à Kutupalong, alors qu’il n’y a que très peu de place pour y caser même les infrastructures les plus basiques. Les réfugiés y passent donc de longues heures à faire la queue.

Le 23 novembre, le Bangladesh et la Birmanie ont signé un accord prévoyant le rapatriement des Rohingyas dans les deux mois. Le début de ces opérations a cependant été retardé, afin d’assurer un processus stable, a indiqué le ministre adjoint aux Affaires étrangères du Bangladesh, Shahriar Alam.

« Nous prenons notre temps, parce que nous ne voulons pas impliquer l’UNHCR », a-t-il déclaré. « Nous avons notre accord avec eux et nous voulons qu’ils nous voient remplir les formulaires, pour qu’ils ne puissent pas dire que nous les forçons ou que nous les renvoyons contre leur volonté. »

« Nous voulons aussi nous assurer qu’ils ne se retrouveront pas confrontés aux mêmes problèmes à leur retour, c’est pourquoi nous appelons tout le monde à faire preuve de patience », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse.

Rene De Vries, qui dirige le bureau humanitaire de la Commission européenne au Bangladesh, estime en effet qu’il reste un certain nombre de choses à faire pour les réfugiés Rohingyas.

« 700 000 personnes sont arrivées depuis août, en plus des 300 ou 400 000 personnes qui étaient déjà sur le territoire. En termes de population, il s’agit à présent de la quatrième plus large ville du Bangladesh », souligne-t-il.

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