Tusk reconnait l’impuissance européenne face au carnage à Alep

Le président du Conseil, Donald Tusk, a invité le maire d’Alep Est, Brita Hagi Hassan, à s’exprimer au début du sommet devant les 28 dirigeants. [EU Council]

Un Donald Tusk pessimiste a reconnu le 15 décembre que l’Union européenne était impuissante face à l’effusion de sang soutenu par la Russie dans la ville syrienne d’Alep.

« Nous ne sommes pas aussi utiles que nous aimerions l’être, mais nous ne sommes pas indifférents à la souffrance du peuple syrien », a déclaré le président du Conseil européen.

« S’il vous plaît, cessez de blâmer l’UE », a-t-il déclaré, résigné, « car nous ne sommes pas la cause de cette tragédie aujourd’hui ».

« Nous ne sommes pas assez efficaces. Mais je sais qui est assez efficace… pour bombarder », a-t-il ajouté, faisant référence au président russe, Vladimir Poutine, dont le soutien au président syrien Bachar Al-Assad a été stratégique pour la prise d’Alep.

Sanctions suspendues à Donald Trump

Donald Tusk a admis qu’un obstacle majeur aux sanctions économiques contre la Russie était l’incertitude causée par l’élection du président américain Donald Trump. « Nous devons attendre les déclarations formelles du nouveau président ».

Les dirigeants européens n’ont pas discuté de la possibilité de sanctions économiques à l’encontre de Moscou pour sa part de responsabilité dans les atrocités commises à Alep.

Même si un effort franco-allemand pour imposer des sanctions contre la Russie a échoué il y a deux mois, lors du sommet d’octobre, Donald Tusk a affirmé que les chefs d’État et de gouvernement avaient durci leur position vis-à-vis de la Russie. « Les dirigeants aujourd’hui étaient plus radicaux, plus durs qu’ils ne l’étaient il y a un mois, mais nous n’avons pas discuté de sanctions », a expliqué Donald Tusk.

>> Lire : L’Allemagne et la France haussent le ton face à Moscou

Les sanctions européennes nécessitent le soutien unanime de tous les États membres. L’Italie et l’Espagne font partie des pays qui se sont opposés aux mesures d’octobre.

 

Couloir humanitaire

Entouré du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et du Premier ministre slovaque, Robert Fico, Donald Tusk a appelé à l’ouverture de couloirs humanitaires supervisés par les Nations unies et à l’évacuation des habitants d’Alep.

Le Conseil de sécurité de l’ONU se rassemble à huis clos à New York le 16 décembre pour discuter de la crise à Alep depuis que des civils ont commencé à évacuer et que les forces syriennes se sont avancées pour prendre le contrôle de la ville.

« Nous avons accompli certaines choses, dont la mise en place de couloirs sécurisés », a déclaré Donald Tusk. « Il est impossible de mettre un terme à ce conflit par la force. L’UE n’a ni l’intention ni la capacité d’utiliser ce genre de méthodes. »

Maire d’Alep Est

Donald Tusk, qui a invité le maire d’Alep Est à s’exprimer devant les dirigeants européens, a déclaré que l’Europe était le premier et plus grand fournisseur d’aide humanitaire à la population syrienne. « La voix du peuple d’Alep a été entendue, du moins symboliquement », a déclaré Donald Tusk.

Pourtant, peu de différences ont été observées entre les conclusions du Conseil d’octobre et d’hier soir. Les deux condamnent la Russie et les deux se gardent le droit de considérer toutes les options pour réagir aux atrocités en Syrie.

>> Lire : L’UE condamne les bombardements russes en Syrie

Elles diffèrent néanmoins sur la mise en place de quatre mesures d’urgence pour évacuer les habitants d’Alep Est, leur apporter une aide et une protection immédiates, protéger les hôpitaux et pour le retour du droit humanitaire international.

« Le Conseil européen condamne fermement l’attaque perpétuelle d’Alep par le régime syrien et ses alliés, notamment la Russie et l’Iran, qui ciblent délibérément les civils et les hôpitaux », indiquent les conclusions approuvées par les dirigeants européens hier soir.

« Le régime a pris le dessus en faisant usage de violence brutale avec l’aide de la Russie. Je ne crois pas que la solution puisse être purement militaire », a déclaré Angela Merkel. Elle a aussi déclaré que les dirigeants n’excluaient pas d’imposer de nouvelles sanctions contre la Russie à l’avenir pour ses actions en Syrie.

Le Président français François Hollande a accusé la Russie de « prendre des engagements qu’elle ne tient pas », et a appelé Moscou et Téhéran à « prendre leurs responsabilités pour cette situation extrêmement grave ».

Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy a été interrogé sur la réticence de l’Espagne à adopter de nouvelles sanctions contre la Russie pour son action en Syrie. « Les conclusions d’aujourd’hui sont déterminées », a-t-il déclaré, « nous sommes en faveur du consensus ».

« Les 50 000 citoyens d’Alep Est attendent simplement leur mort suite à l’échec de la communauté internationale », a quant à lui déclaré le maire, Brita Hagi Hassan, lors du sommet.

« Le maire d’Alep a déclaré que nous ne pouvions pas ramener à la vie ceux que nous avions perdu, mais que nous pouvions sauver ceux qui restaient et que nous devions le faire maintenant », a souligné la Première ministre britannique, Theresa May, qui a promis environ 24 millions d’euros d’aide pratique aux plus vulnérables.

Annexion de la Crimée

Si les pays européens ont échoué à s’accorder sur des sanctions dans le dossier syrien, celles contre la Russie pour l’annexion de la Crimée ont toutefois été prolongées de six mois. La possibilité de les renouveler pour un an a été discutée, mais écartée.

Donald Tusk a déclaré que les sanctions contre la Crimée étaient plus simples à décider, car elles se basaient sur l’accord de Minsk conclu par la France, l’Allemagne, l’Ukraine et la Russie, et que cette dernière n’a pas respecté.

Conseil européen

  • Conclusions du Conseil du 15 décembre

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.