Bruxelles appelle Ankara à ne pas compliquer la situation chypriote

La Commisison européenne soutient le processus de négociations encadré par l'ONU. [James Crisp/Flickr]

La Commission européenne, qui soutient le processus de paix chypriote parrainé par les Nations unies, appelle la Turquie à ne pas créer de frictions sur l’île coupée en deux.

Tahsin Ertuğruloğlu, ministre des Affaires étrangères de la partie nord de Chypre, turcophone, a récemment enflammé le débat sur la réunification de l’île en parlant de la possibilité d’une « quasi-annexion » du territoire nord-chypriote, l’État autoproclamé uniquement reconnu par la Turquie, depuis 1974.

Le ministre a imaginé l’avenir de la République turque de Chypre du Nord : « une république autonome où la Turquie pourrait se charger de la défense et des affaires étrangères, mais où les autres aspects de la politique s’inscrivent dans la république, comme le modèle établi par le duo France-Monaco, ou celui entre le Royaume-Uni et Gibraltar ».

Recep Akdağ, le vice-premier ministre turc responsable des Affaires chypriotes, n’a pas écarté cette possibilité. « La Turquie et la République turque de Chypre décideront ensemble d’une solution politique », a-t-il indiqué au journal Milliyet.

Des déclarations qui ont entrainé une réaction forte de la part d’Athènes, qui les a qualifiées d’« inacceptables ».

Un tel accord « irait à l’encontre des actions d’António Guterres, le secrétaire général de l’ONU, qui œuvre à la résolution de la question chypriote », a ajouté Giorgos Koumoutsakos, responsable des affaires étrangères au sein du parti d’opposition Nouvelle Démocratie.

La carte de Chypre réunifiée sur la table des négociations

Pour la première fois depuis la division de Chypre il y a 42 ans, les cartes d’un futur État fédéral devaient être échangées mercredi soir à Genève entre délégations rivales grecque et turque et confiées à l’ONU.

Euractiv a voulu savoir si la Commission avait envisagé ce scénario en cas d’échec des négociations. « Nous estimons que tous les acteurs impliqués sont conscients de la nécessité d’éviter tout type de sources de frictions qui pourraient nuire aux relations de voisinage », a répondu un porte-parole.

Il a ajouté que l’UE continuait à soutenir pleinement le processus de résolution « sous les auspices de l’ONU ». « Nous sommes prêts à fournir toute l’assistance que les deux parties et l’ONU déterminent comme utile quand les négociations reprendront », a-t-il conclu.

En juillet, un autre cycle de négociation avait échoué. Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu avait alors indiqué qu’il était impossible de trouver une solution dans le cadre de la mission des Nations unies et qu’il était inutile de continuer dans ces paramètres.

Depuis, Ankara n’a toutefois pas fourni d’alternative. Les déclarations du ministre des Affaires étrangères n’ont en outre jamais été répétées, même si elles n’ont pas été officiellement réfutées.

Lors d’un entretien au mois de juillet, Nikos Kotzias, le ministre grec des Affaires étrangères, avait estimé que la seule solution possible était de passer par l’ONU et, plus généralement, le droit international. « L’imposition de mécanismes et procédures hors du contexte [du droit] international ne peut fournir de solution au problème chypriote », avait-il asséné.

« La Turquie vit encore dans une ère prémoderne »

Exclusif. Le ministre grec des Affaires étrangères estime que l’UE doit cesser de céder aux impulsions de la Turquie et être plus sévère, notamment sur la question chypriote.