L’UE va remanier l’opération « Sophia » pour faire respecter l’embargo sur les armes en Libye

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE vont relancer une mission de surveillance maritime en Méditerranée pour faire respecter un éventuel cessez-le-feu en Libye et l’embargo sur les armes décidé par les Nations unies à l’encontre des belligérants.

Cette décision intervient un jour après que les puissances mondiales se sont engagées, lors de la conférence de Berlin sur la crise libyenne du 19 janvier, à cesser tout soutien militaire aux parties impliquées dans la guerre civile en Libye et à maintenir l’embargo des Nations unies sur les armes.

Pour l’heure, aucun accord de cessez-le-feu juridiquement contraignant n’a été conclu entre le commandant des rebelles, Khalifa Haftar, et le gouvernement libyen du Premier ministre Fayez al-Serraj, reconnu par la communauté internationale. En attendant, des acteurs extérieurs comme la Turquie, la Russie, l’Égypte et la France se sont engagés à cesser leur ingérence dans le conflit libyen, qui s’est transformé en guerre par procuration.

Avant la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE, il avait été question de mettre sur pied une mission militaire européenne pour surveiller un cessez-le-feu, mais à leur arrivée à Bruxelles, les ministres n’ont pas expliqué ce qu’une telle mission aurait signifié en pratique.

Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, en a fait souciller plus d’un en demandant à l’UE, le 17 janvier, d’envisager l’envoi de troupes en Libye pour faire respecter un éventuel cessez-le-feu sur le terrain.

« Il est clair que l’embargo sur les armes implique un contrôle de haut niveau et si vous voulez que le cessez-le-feu perdure, quelqu’un doit en assurer la surveillance », a répété Josep Borrell en arrivant à la réunion, à Bruxelles.

Selon les traités de l’UE, il appartient aux ministres des Affaires étrangères de l’Union de décider du déploiement des missions militaires européennes. Mais jusqu’à présent, l’UE28 s’est montrée prudente lorsqu’elle a envisagé d’envoyer des troupes en Libye.

Recyclage de l’opération Sophia

En attendant la mise en place d’un cessez-le-feu tangible à contrôler, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont évoqué la mobilisation d’une force de l’UE qui aurait pour tâche de surveiller l’embargo sur les armes maritimes et aériennes au large des côtes libyennes, l’idée étant de relancer l’opération Sophia basée à Rome (EUNAVFOR).

Bilan mitigé pour l'opération de lutte contre les passeurs en Méditerranée

Depuis son lancement en juin 2015, la mission de l’UE visant à prévenir l’immigration illégale en Méditerranée, a permis d’arrêter 101 passeurs, de neutraliser 387 bateaux et de porter secours à 33 296 migrants en mer. Un article d’Euractiv Espagne.

Celle-ci a démarré en 2015, dans le but de lutter contre les passeurs opérant depuis les côtes libyennes et pour faire respecter l’embargo sur les armes imposé par les Nations unies aux parties en conflit. Le volet naval de la mission a été suspendu en mars 2019, après que l’Italie s’est opposée au débarquement de migrants dans ses ports. L’opération Sophia se limite désormais à une surveillance aérienne.

Le nom et les objectifs de la nouvelle opération sont susceptibles de changer, ce qui n’a, pour l’heure, pas soulevé d’objections de la part de l’Italie, ont précisé des sources diplomatiques.

« Le mandat de l’opération Sophia sera de se recentrer en particulier sur la question de l’embargo, et pas seulement par voie maritime, (…) mais pour contrôler l’embargo, il faudra des satellites et des outils aériens, qui ne sont pas inclus dans l’opération Sophia d’origine », a indiqué Josep Borrell aux journalistes après la réunion.

Il a cependant refusé de dire si les navires engagés dans le cadre de la nouvelle opération sauveraient les migrants, comme l’exige le droit international.

Litiges sur les zones maritimes

La Turquie, quant à elle, tente d’étendre son influence en Méditerranée, en assumant des rôles diplomatiques et militaires en Libye et en Syrie.

L'UE s'oppose à Ankara sans imposer d'embargo sur les armes

Les ministres des Affaires étrangères européens ont unanimement condamné l’opération militaire menée par la Turquie en Syrie et ont demandé aux États membres de cesser de vendre des armes à Ankara. Ils ne sont toutefois pas allés jusqu’à décréter un embargo.

La Turquie a en outre récemment signé un protocole d’accord avec la Libye pour délimiter les zones maritimes de la région, ce qui a déclenché de vives réactions à Athènes, Nicosie et au Caire, car l’accord turco-libyen ignore l’île de Crète. La Grèce affirme que la Turquie entend créer un précédent juridique avec un protocole d’accord « illégal » au regard du droit international.

Athènes, qui n’a pas été invitée à participer à la conférence sur la Libye, a été troublée par le document conclusif en 55 points du sommet de Berlin, car il ne contient aucune référence au protocole d’accord Turquie-Libye sur les zones maritimes, ont déclaré des sources diplomatiques.

Soulignant à quel point trouver une solution se révélerait complexe pour l’UE, le gouvernement grec a annoncé au cours des jours précédents qu’il n’était pas disposé à accepter un accord politique pour la Libye qui n’annulerait pas l’accord que le gouvernement libyen avait conclu avec la Turquie sur les frontières maritimes.

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont cependant réitéré leur opposition au protocole d’accord lors de leur réunion à Bruxelles le 20 janvier, tandis que des sources ont admis que l’Allemagne faisait des efforts pour gérer la déception de la Grèce de ne pas avoir été invitée à Berlin.

Les tensions avec la Turquie ont également augmenté en raison de ses activités dans la région, Ankara étendant ses revendications sur une vaste zone maritime riche en gaz qui, selon Chypre, comprend ses eaux territoriales.

Selon Josep Borrell, le ministre chypriote des Affaires étrangères, Nikos Christodoulides, a informé ses collègues de l’état actuel des travaux de forage, en particulier après la décision de la Turquie d’utiliser le navire de forage Yavuz au large de Chypre.

Nikos Christodoulides a également demandé à ses collègues « une liste des personnes et entités impliquées dans les activités illégales afin de prendre des décisions sur les sanctions potentielles », a ajouté Borrell.

Selon les diplomates de l’UE, les Scandinaves ont demandé à discuter de la question des sanctions lors du prochain Conseil des affaires étrangères en février, car ils ont exprimé leurs préoccupations concernant certaines questions de procédure à traiter dans leurs parlements respectifs.

À la question de savoir si un pays de l’UE pourrait s’opposer à des sanctions contre la Turquie, des sources ont cité la Hongrie.

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